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Bunny Lake a disparu (Bunny Lake is missing)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Bunny-Lake-a-disparu-11.jpg
 
Synopsis 
 
Venue rejoindre à Londres son frère Steven (Keir Dullea), Ann Lake (Carol Lynley) attend la sortie de sa petite fille, Felicia (surnommée Bunny) au terme de son premier jour à l'école maternelle de Hampstead. Mais elle ne trouve nulle trace de l'enfant. Dans l'établissement même, personne ne se souvient d'elle. Si bien que le superintendant Newhouse (Laurence Olivier), chargé de l’enquête, finit par douter de l'existence même de la fillette. Ne serait-elle finalement pas un fantasme d'Ann et de son imagination de jeune femme frustrée ? 
 
Fiche technique Bunny Lake is missing - Affiche
 
Film américain
Année de production : 1965
Durée : 1h47
Réalisation : Otto Preminger
Image : Denys N Coop
Avec Laurence Olivier (Le superintendant Newhouse), Carol Lynley (Ann Lake), Keir Dullea (Steven Lake), Martita Hunt (Ada Ford), Anna Massey (Elvira)...    
 

 
Critique 
 
Comme je le disais dans un récent article, au sujet de la sortie en DVD et Blu-ray d’Ambre, cette automne 2012 sera celui d’Otto Preminger. En témoigne la publication récente chez Capricci d’une étude consacrée au cinéaste d’origine autrichienne. C’est donc l’occasion de revenir sur l’un de ses chefs-d’œuvre sans doute les plus méconnus : Bunny Lake a disparu. 
 
L’auteur de Laura porte ici à l’écran un roman d’Evelyn Piper -nom de plume de Merriam Modell- dont il tire un fascinant thriller psychologique qui illustre le concept d’inquiétante étrangeté –traduction proposée par Marie Bonaparte pour Unheimliche, terme admettant de nombreuses acceptions, certaines antinomiques, sans équivalent en français- décrit par Ernst Jentsch. L'un des procédés les plus sûrs pour évoquer l'inquiétante étrangeté, relève-t-il dans Zur Psychologie des Unheimlichen, est de laisser le lecteur douter de ce qu'une certaine personne qu'on lui présente soit un être vivant ou bien un automate (Psychiatrisch-neurologisch Wochenschrift, 1906). Et de citer l’exemple du conte d’Hoffmann, L’homme au sable, mettant en scène un étudiant amoureux d’une jeune fille, Olympia, qui se révélera in fine n’être qu’un automate (Lubitsch le porta à l’écran en 1919 sous le titre Die Puppe). 
    Bunny-Lake-a-disparu-9.jpg 
L’idée fut reprise en 1919 par Freud dans un essai intitulé Das Unheimliche. Dans ce texte, l'inquiétante étrangeté est définie comme un phénomène angoissant, rattaché aux choses connues depuis longtemps et de tout temps familières, que le refoulement a transformées.

Pour le psychanalyste, plusieurs situations sont susceptibles de faire naître ce sentiment. A côté des automates, figures de cire et autres simulacres humains, déjà évoqués par Jentsch, il cite la peur de la castration, le thème du double (à mettre en relation avec l’image, fondatrice du narcissisme primaire, que le bébé découvre dans le miroir), la répétition du semblable (retour involontaire à un même point, réapparition d’un même signe…), l’impression de déjà-vu (ou paramnésie)... L'inquiétante étrangeté, écrit Freud, surprend chaque fois où les limites entre imagination et réalité s'effacent, où ce que nous avions tenu pour fantastique s'offre à nous comme réel (ce que l’on peut rapprocher de l’épanchement du songe dans la vie réelle décrit par Nerval dans Aurélia). Elle prend également naissance quand des complexes infantiles refoulés sont ranimés par quelque impression extérieure, ou bien lorsque de primitives convictions surmontées semblent de nouveau être confirmées.
 
 
Bunny Lake a disparu nous immerge dans un climat d’inquiétante étrangeté dès la première scène, qui nous montre Steven ramassant une poupée sur le parterre engazonné d’un jardin (photo), puis quittant une imposante demeure. Rien que de très banal, en apparence. Sauf que l’on ne sait d’abord rien du propriétaire de cette maison -est-ce Steven ?- et que les meubles recouverts de draps (photo) lui confèrent un caractère spectral. De plus, à qui le jouet appartient-il ? Il n’y a pas d’enfant. D’un décor familier, domestique, Preminger fait donc émerger l’insolite, c’est-à-dire le malaise. 
 
Ce trouble est très vite accentué par la perte de repères que fait naître en nous l’architecture labyrinthique de l’école où est scolarisée Bunny. Le spectateur est totalement désorienté dans cet espace construit sans logique, où les personnages paraissent tourner en rond, passant d’une porte à l’autre (photo), d’un escalier à l’autre, pour revenir finalement à leur point de départ (cette impression ne se limite pas à cette seule séquence, mais imprègne tout le film, puisque celui-ci débute et s’achève dans le même lieu, le jardin dont je viens de parler).

Cette expérience répond parfaitement à la définition freudienne d’inquiétante étrangeté, comme le prouve ce récit autobiographique du psychanalyste autrichien : Un jour où, par un brûlant après-midi d'été, je parcourais les rues vides et inconnues d'une petite ville italienne, je tombai dans un quartier sur le caractère duquel je ne pus pas rester longtemps en doute. Aux fenêtres des petites maisons on ne voyait que des femmes fardées et je m'empressai de quitter l'étroite rue au plus proche tournant. Mais, après avoir erré quelque temps sans guide, je me retrouvai dans la même rue où je commençai à faire sensation et la hâte de mon éloignement n'eut d'autre résultat que de m'y faire revenir une troisième fois par un nouveau détour. Je ressentis alors un sentiment que je puis qualifier d'étrangement inquiétant.
 
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L’inquiétante étrangeté est abordée par Freud uniquement sous l’angle du regard et de l’image. Michel Poizat a étendu ce concept à la voix : La voix se présentifie en effet de façon particulièrement inquiétante lorsqu’elle se présente comme le double de sa propre voix (L’inquiétante étrangeté de la voix ou : la voix du loup, La lettre de l'enfance et de l'adolescence, 2004). Et de citer en exemple le profond malaise que l’on éprouve souvent en écoutant notre voix enregistrée. Poizat explique ce phénomène par des causes physiologico-acoustiques : Quand nous parlons, nous nous entendons davantage à travers les résonateurs internes de l’oreille que par le tympan et l’oreille externe. Alors que lorsque nous nous écoutons au magnétophone, seules les stimulations extérieures sont impliquées dans l’écoute. Dans ce processus, notre voix, objet éminemment familier, semble par conséquent détachée de nous-mêmes. 
 
Preminger n’oublie pas l'aspect sonore de l’inquiétante étrangeté. Il ressort dans la séquence mettant en scène Ada Ford, la cofondatrice de l’école, qui vit recluse dans un appartement installé dans les combles de l’établissement (photo). La vieille femme écrit un livre sur l’imagination des enfants. Cette étude l’amène à enregistrer les cauchemars de ses jeunes sujets. Cependant, lorsqu’on entend derrière une porte la voix d’une fillette –on songe à Bunny, évidemment- évoquant sa rencontre avec un chien monstrueux, le spectateur ignore encore tout des recherches de l’enseignante. Il croit donc que la petite fille est physiquement présente dans la pièce où entrent Ann et Steven. Son embarras surgit ici du décalage entre ce qu’il attend et la réalité. 
 
Comme on l’a vu avec Jentsch, l’inquiétante étrangeté peut aussi procéder de la confrontation entre le vivant et l’inanimé. Bunny Lake a disparu nous offre plusieurs situations de ce genre. Tout d’abord dans le logement où s’installent Ann et Steven, quand le déménageur d’origine africaine considère les masques accrochés aux murs (photo). Son regard, puis son refus de recevoir de la part de la jeune femme un pourboire, trahissent son malaise. 
 
La deuxième fait l’objet d’un développement que l’on peut regarder comme le climax du film, car elle croise plusieurs thèmes. Ann se rend dans une clinique de poupées afin de retrouver le jouet de sa fille, et ainsi apporter la preuve de son existence (photo). La poupée, comme l’automate, est une figure archétypale de l’inquiétante étrangeté : Objets hybrides entre le vrai et le simulacre, l’animé et l’inanimé, le jouet et le fétiche, le sacré et le profane, les poupées ne se livrent que dans l’ambiguïté de leur nature (Ces poupées qui ne veulent pas être que des jouets, Martine Lusardy, Cahiers jungiens de psychanalyse, 2006). Cet amalgame entre l’objet d’apparence humaine et le vivant, source d’effroi, se manifeste nettement dans les paroles de l’artisan tenant la boutique. Les poupées qu’on lui confie sont non seulement les enfants de ses petites clientes, mais aussi ses patientes (la frontière incertaine entre le vivant et l’inanimé s’exprime encore dans le surnom de la fille d’Ann, Bunny, qui n’est autre que le nom du compagnon imaginaire que la jeune femme s’était inventée quand elle était enfant). 
    Bunny-Lake-a-disparu-13.jpg     
La séquence se déroulant dans la cave de son atelier retient particulièrement l’attention. Dans ce lieu souterrain et à l’éclairage défaillant -caractéristiques déjà anxiogènes- sont stockées quantité de pièces détachées de poupées (photo) que l’imagination du spectateur, égarée par les subtils jeux d’ombre et de lumière composés par Denys Coop (photo), hybride pour enfanter des créatures effrayantes et fantasmagoriques, dont l’aspect n’est pas sans évoquer La poupée d’Hans Bellmer, une sculpture représentant une jeune fille formée de membres surnuméraires et inspirée par l’Olympia de L’homme au sable (photo). Sa forme surréaliste pouvait évoluer au gré de la fantaisie de l’artiste. Le philosophe Jean Brun écrivit au sujet de l’œuvre de ce dernier : Bellmer a coulé l’angoisse et le merveilleux dans des formes où leur détresse cherche un refuge. (Désir et réalité dans l’œuvre de Hans Bellmer, Obliques, 1975). On pourrait faire la même analyse à propos des intentions de Preminger dans cette scène. 
 
Il est également ici question du double. Le double, dont Freud notait dans Das Unheimliche qu’il est une formation appartenant aux temps psychiques primitifs, où il devait sans doute avoir un sens plus bienveillant. Le double s'est transformé en image d'épouvante à la façon dont les dieux, après la chute de la religion à laquelle ils appartenaient, sont devenus des démons. Cette définition paraît avoir inspiré la composition du reflet d’Ann dans la vitrine de la boutique (photo). Celui-ci ne renvoie en effet pas son image exacte. Il en est un écho assombri, opaque, une sorte de négatif sinistre uniquement souligné d’un liseré argenté, qui est comme l’aura indécise de l’inconscient de la jeune femme. 
 
Il est intéressant de relever que toute cette séquence présente une parenté singulière avec La lampa, un court métrage que Roman Polanski tourna en 1959 dans le cadre de sa formation à l’Ecole nationale de cinéma de Łódź. On trouve dans cette bande de sept minutes les mêmes agrégats aberrants d’épaves de poupées (photo), qui disparaissent finalement dans les flammes (photo), comme le jouet de Bunny, victime de l’autodafé de Steven (photo). On retiendra aussi que le compteur électrique de la boutique, à l’origine de l’incendie, présente la même apparence mystérieuse (photo) que les masques africains décorant l’appartement d’Ann (photo). 
    Bunny-Lake-a-disparu-14.jpg 
On pourrait multiplier les exemples (désir incestueux refoulé de Steven pour sa sœur, comportement déviant du propriétaire de l’appartement d’Ann…). Ce serait toutefois prendre le risque de déflorer de trop nombreux aspects de l’intrigue -ce que nous avons peut-être déjà fait- et de plomber ce texte par une vision trop freudienne, pas vraiment tendance depuis les attaques enragées du surmédiatisé Onfray contre le psychanalyste autrichien. Retenons seulement que Bunny Lake a disparu est par excellence le film de l’inquiétante étrangeté. 
 
Passons donc à des considérations plus cinématographiques. La mise en scène de Preminger est en tout point parfaitement maîtrisée. Mais sa virtuosité n’est pas une fin, comme c’est trop souvent le cas aujourd’hui avec certains réalisateurs de la nouvelle génération, très satisfaits d’eux-mêmes et de leur technique (je ne donnerai pas de nom, cependant ceux qui me lisent régulièrement doivent avoir une petite idée de la personnalité visée par mon propos), un symptôme bien en phase avec notre société, passée d’Œdipe à Narcisse par l’exhibition des egos sur les réseaux sociaux (voir sur cette question les propos du neuropsychiatre Boris Cyrulnik). Cette maîtrise sert le récit. Elle n’est pas gratuite. La caméra d'Otto Preminger suggère remarquablement l’instabilité psychologique des personnages (voir son mouvement d’oscillation quand Ann fait de la balançoire poussée par Steven). 
 
On retiendra également de Bunny Lake a disparu la splendide photographie de Denys Coop (opérateur caméra sur Le troisième homme, Le prince et la danseuse, Lolita…), ainsi que le générique, signé Saul Bass, concepteur graphique, entre autres, pour Sept ans de réflexion, La nuit du chasseur, Sueurs froides, La mort aux trousses, Psychose, Spartacus, West side story, Alien, Les affranchis, et collaborateur régulier de Preminger. Le générique, pour Bass, avait une fonction narrative (par la mise en condition du spectateur), non pas seulement informelle : I saw the title as a way of conditioning the audience, so that when the film actually began, viewers would already have an emotional resonance with it (Saul, can you make me a title ? Pamela Haskins, Film Quarterly 1996). Il nous montre ici une main déchirant un rectangle noir (photo), sous lequel apparaissent les noms des acteurs. Des identités cachées qui nécessitent, pour être révélées, que le voile obscur les recouvrant soit enlevé : c’est un peu une métaphore de la psychanalyse… Le plan précédent le générique de fin ne manque pas non plus d’originalité. Le visage d’Ann et de sa fille s’inscrivent dans une silhouette enfantine découpée (photo), qu’une main referme (photo), laissant finalement, par un mouvement inverse à celui du début, l’écran noir. Une manière de souligner le côté obscur de l’enfance. 
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Aucune fausse note, non plus, côté interprétation. L’histoire est portée par un trio d’acteurs remarquable et complémentaire. Tout d’abord Laurence Olivier, dans un registre éloigné du répertoire shakespearien qui fit sa gloire. Il campe dans ce film une sorte d’inspecteur Columbo britannique (d’aspect moins négligé, donc). La comparaison peut prêter à sourire. Néanmoins, son imperméable (photo), son air de ne pas y toucher, ses réflexions hors sujet (son goût pour le lait caillé, par exemple), ses questions incongrues, pour mettre en confiance ses interlocuteurs, ou les piéger, évoquent les méthodes du héros incarné par Peter Falk. Keir Dullea offre quant à lui une composition glaçante (pour ne pas dire hallucinée dans la scène finale). La juvénilité rassurante de son visage (photo) est un masque effrayant, car dissimulant une psyché des plus tourmentées (photo). A leurs côtés, Carol Lynley -déjà dirigée par Preminger en 1963 dans Le cardinal- incarne avec beaucoup de sensibilité Ann, cette mère sur le point de basculer dans la folie. 
 
Henry Chapier, dans Combat, notait à propos de Bunny Lake a disparu : C’est là qu’on mesure l’impuissance de la critique devant le véritable chef d’œuvre. Un beau film, comme un beau tableau, comme n’importe quelle œuvre d’art, vous rendent muet et triste. D’une mélancolie qui mène à dire qu’on voudrait être au moins capable de cela, de ce frisson, de cette ivresse, de ce choc sublime. C’est ce même sentiment qui me traverse souvent quand j’écris sur ce site. Et qui me donne parfois envie de tout arrêter. Car à quoi tout cela sert-il, in fine ? La démarche du critique est bien stérile au regard de celle du créateur… 
 
A noter, avant de conclure, qu’il fut un temps question d’un remake signé Joe Carnahan (L’agence tous risques) avec Reese Witherspoon dans le rôle d’Ann. Mais l’actrice, qui était également impliquée comme productrice, a fait défection quelques semaines avant le tournage (2007). Ce projet ne semble plus d’actualité. On ne s’en plaindra pas. On sait ce que vaut, artistiquement parlant, ce genre de démarche… 
 
 
Ma note - 4/5
 
A lire : L'inquiétante étrangeté, Sigmund Freud (Editions Gallimard, 1933)
L’inquiétante étrangeté de la voix ou : la voix du loup, Michel Poizat (La lettre de l'enfance et de l'adolescence, 2004)
L’inquiétante étrangeté ou le regard comme modalité de la modernité, Lilyane Deroche-Gurcel (Communications, 2004)


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Les innocents (The innocents)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Les innocents 1
 
Synopsis
 
Miss Giddens (Deborah Kerr) accepte un travail comme gouvernante auprès de deux orphelins, Flora (Pamela Franklin) et Miles (Martin Stephens). Dès son arrivée dans la somptueuse demeure de Bly, où ils vivent avec Mrs Grose (Megs Jenkins), la domestique, des choses étranges surviennent, mettant sa santé mentale à rude épreuve. Ces évènements auraient un rapport avec les précédents tuteurs des enfants, Peter Quint (Peter Wyngarde) et Miss Jessel (Clytie Jessop), morts dans d’étranges circonstances… 
 
Fiche techniqueLes innocents - Affiche
 
Film américain, anglais
Année de production : 1961
Durée : 1h40
Réalisation : Jack Clayton
Avec Deborah Kerr (Miss Giddens), Peter Wyngarde (Peter Quint), Meg Jenkins (Mrs Grose), Martin Stephens (Miles), Pamela Franklin (Flora), Clytie Jessop (Miss Jessel)...
 


Critique

Chef-d’œuvre méconnu du cinéma fantastique, Les innocents est l’adaptation du Tour d’écrou, une nouvelle d’Henry James publiée en 1898. On la doit à Jack Clayton, qui se fit remarquer dès son premier long-métrage, Les chemins de la haute ville, doublement oscarisé en 1960 (Neil Paterson, pour le scénario, et Simone Signoret, récompensée face à –excusez du peu- Katharine Hepburn et Elizabeth Taylor, nommées pour leurs prestations dans Soudain l’été dernier de Joseph L Mankiewicz). 
 
Le pouvoir de fascination du conte de James tient à plusieurs éléments. Tout d'abord à son thème, qui nous replonge dans certaines terreurs de l’enfance. Et si l’écrivain parvient à nous les faire revivre avec tant de force, c’est qu’il puise probablement dans ses propres émotions de jeune lecteur. Certes, ses carnets de travail laissent entendre qu’il s’inspira d’une anecdote que lui rapporta Edward White Benson, alors archevêque de Canterbury (une histoire d’enfants possédés par les fantômes de domestiques dépravés). Cependant, la véritable source du Tour d’écrou est sans doute davantage à chercher dans un récit horrifique, Tentation, que l’auteur aurait lu vers l’âge de douze ans (sur ce point, voir les travaux d’Adeline Tintner). Comment [James] n’a-t-il pas pu […] en être effrayé, écrit Jean Pavans (traducteur français du romancier), s’il a repris […] les noms de deux de ses personnages -le héros de Tentation, Peter Quint, tourmente un dénommé Miles- une quarantaine d’années plus tard ? (Les données intérieures de l’épouvante, préface au Tour d’écrou, Librio, 1998). 
 
Les innocents 2
L’autre réussite du Tour d’écrou vient de son traitement. Ce récit en forme de journal privilégie la dimension psychologique. Ce qui intéresse James, c’est le chaos intérieur de Miss Giddens. L’horreur, elle, n’est jamais abordée frontalement. Elle n’est que suggérée. En témoigne l’échange entre Mrs Grose et la gouvernante au sujet des propos tenus par Flora sur celle-ci. On apprend qu’elle a dit des choses horribles, vraiment choquantes, que cela dépasse tout pour une petite demoiselle. On n’en saura pas davantage. L’impact sur l’imagination du lecteur est bien supérieur à ce que pourraient produire des descriptions On n'en saura pas plus. L'impact sur l'imagination du lecteur est bien supérieur à ce que pourraient produire des descriptions grand-guignolesques ou des révélations plus précises.
 
Toutefois, si cette histoire captive autant, c’est surtout parce que son auteur laisse le lecteur dans l’indécision. Quelle interprétation donner au final ? Les spectres de Quint et Jessel sont-ils réels ? Ou bien sont-ils une création de l’esprit malade de Miss Giddens ? Les deux niveaux de lecture sont possibles Comme le note Jean Pavans, c’est une question de point de vue (artistique ou psychanalytique).Toutefois, si cette histoire captive autant, c’est surtout parce que son auteur laisse le lecteur dans l’indécision. Quelle interprétation donner au final ? Les spectres de Quint et Jessel sont-ils réels ? Ou bien sont-ils une création de l’esprit malade de Miss Giddens ? Les deux niveaux de lecture sont possibles Comme le note Jean Pavans, c’est une question de point de vue (artistique ou psychanalytique).Toutefois, si cette histoire captive autant, c’est surtout parce que son auteur laisse le lecteur dans l’indécision. Quelle interprétation donner au final ? Les spectres de Quint et Jessel sont-ils réels ? Ou bien sont-ils une création de l’esprit malade de Miss Giddens ? Les deux niveaux de lecture sont possibles Comme le note Jean Pavans, c’est une question de point de vue (artistique ou psychanalytique).Toutefois, si cette histoire captive autant, c’est surtout parce que son auteur laisse le lecteur dans l’indécision. Quelle interprétation donner au final ? Les spectres de Quint et Jessel sont-ils réels ? Ou bien sont-ils une création de l’esprit malade de Miss Giddens ? Les deux niveaux de lecture sont possibles Comme le note Jean Pavans, c’est une question de point de vue (artistique ou psychanalytique).Toutefois, si cette histoire captive autant, c’est surtout parce que son auteur laisse le lecteur dans l’indécision. Quelle interprétation donner au final ? Les spectres de Quint et Jessel sont-ils réels ? Ou bien sont-ils une création de l’esprit malade de Miss Giddens ? Les deux niveaux de lecture sont possibles Comme le note Jean Pavans, c’est une question de point de vue (artistique ou psychanalytique).Toutefois, si cette histoire captive autant, c’est surtout parce que son auteur laisse le lecteur dans l’indécision. Quelle interprétation donner au final ? Les spectres de Quint et Jessel sont-ils réels ? Ou bien sont-ils une création de l’esprit malade de Miss Giddens ? Les deux niveaux de lecture sont possibles Comme le


Toutefois, si cette histoire captive autant, c’est surtout parce que son auteur laisse le lecteur dans l’indécision. Quelle interprétation donner au final ? Les spectres de Quint et Jessel sont-ils réels ? Ou bien sont-ils une création de l’esprit malade de Miss Giddens ? Les deux niveaux de lecture sont possibles. Comme le note Jean Pavans, c’est une question de point de vue (artistique ou psychanalytique).

Jack Clayton et son scénariste, l’écrivain Truman Capote, ont su parfaitement percevoir ces éléments et les transposer à l’écran. Dans cette adaptation, pas d’effets inutiles, mais un subtil dosage entre beauté, psychologie et terreur, ce que l’on sait de moins en moins faire aujourd’hui, où l’on privilégie, par facilité, la seule dimension horrifique (on exceptera quand même l’exemple récent de La dame en noir de James Watkins), synonyme trop souvent de gore. 
  Les innocents 3
 
Se situant dans la plus pure tradition du cinéma gothique, Les innocents réserve naturellement une place de premier plan à la demeure hantée. C’est la règle du genre (voir, par exemple, le domaine de Manderley de Rebecca). Le manoir de Bly n’est toutefois pas qu’un simple décor. Il est conçu comme un personnage à part entière, doté d’un corps et d’une âme. Sa partie supérieure est ainsi le siège de l’imagination, du rêve (c’est au sommet de l’une des tours qu’apparaît à Miss Giddens, dans un poudroiement lumineux surnaturel, le fantôme de Quint) et de la mémoire (les souvenirs –jouets des enfants, portrait du domestique décédé…- sont conservés dans le grenier). Les chambres forment le cœur palpitant de Bly. C’est là que les protagonistes connaissent leurs émotions les plus vives. Quant à l’esprit du lieu, tourmenté comme son architecture, il se manifeste tout au long du film, dans l’ondoiement d’une tenture (photo) ou le vacillement de la flamme d’une bougie (photo). 
 
Clayton n’évite pas certains clichés pour accroître la tension (les jump scares, cache-misères du cinéma fantastique contemporain, nous sont heureusement épargnés…). Le cinéaste anglais n’en livre pas moins une œuvre très personnelle. D’abord en allant à contre-courant de la mode, puisque recourant au noir et blanc à une époque où les productions de la Hammer, alors en plein essor, privilégiaient la couleur. Avec son chef opérateur, Freddie Francis (qui collaborera au début des années 1980 avec David Lynch sur Elephant man et Dune), il nous propose un retour aux sources de l’Expressionnisme, avec de puissants contrastes, qui font véritablement vibrer l’ombre, rendant ainsi le film plus inquiétant. 
 
Les innocents 4
On retiendra aussi son usage très particulier des fondus enchaînés. Plusieurs mélangent de multiples images (jusqu’à quatre), formant un alliage surréaliste, qui renforce la confusion entre réalité et visions hallucinatoires (photo). Sa manière de composer certains plans et de jouer avec les reflets contribue également à ce trouble. On trouve un des exemples les plus réussis de ce jeu subtil dans la scène où Miss Giddens fait une partie de cache-cache avec les enfants. La gouvernante s’est dissimulée derrière un rideau, dans le salon. Son visage occupe le premier plan. De l’autre côté de la baie vitrée se dresse une statue. Soudain, émergeant de la nuit, entre la figure de chair et le simulacre de pierre, apparaît le spectre de Quint. Celui-ci contemple un instant la jeune femme, avant de reculer et de se fondre de nouveau dans l’obscurité. Miss Giddens s’élance alors à sa suite, mais l’effrayante apparition s’est évanouie. Revenant ensuite vers la pièce qu’elle vient de quitter, sa silhouette se superpose au reflet de Mrs Grose, qui a été alertée par son cri (photo). Dans cette courte séquence (à peine une quarantaine de secondes), le réel et l’illusion s’entremêlent étroitement, brouillant un peu plus les repères du spectateur. 
 
Mais l’effet le plus saisissant est sans doute celui précédent le générique de début. Initialement, Les innocents devait s’ouvrir sur les obsèques du petit Miles, puis enchaîner sur un flashback. Finalement, le réalisateur opta pour un écran noir, illustré musicalement par la comptine obsédante des enfants. Au début d’une séance, une salle de cinéma bruit toujours de quelques murmures (dans le meilleur des cas…). Cette entrée en matière insolite a le mérite de capter immédiatement l’attention du public. Minimaliste, certes, et cependant d’une extrême efficacité. Au moins autant que la pyrotechnie tape-à-l’œil d'un Nolan (mais ce n'est qu'un exemple...). 
 
Les innocents 5
Au-delà de ses qualités esthétiques, Les innocents propose un fascinant portrait de femme, Miss Giddens, parfaitement incarnée par Deborah Kerr. L’actrice écossaise livre ici une performance au moins égale à celle qu’elle accomplit dans Le narcisse noir. Sœur Clodagh et la gouvernante présentent d’ailleurs une certaine parenté. Toutes deux se trouvent en effet plongées dans un univers qui lui est étranger, un ancien harem perché sur les sommets himalayens pour la religieuse, un luxueux domaine pour Miss Giddens, dont on sait qu’elle est issue d’un milieu modeste (elle est la cadette des nombreuses filles d’un pauvre pasteur de campagne, peut-on lire dans le livre).

Toutes deux, tourmentées par des désirs interdits, basculeront aux frontières de la démence. Car si James, comme je l’ai dis, n’est pas explicite, il n’en laisse pas moins planer des doutes sur le comportement de son héroïne. Ainsi, à la fin, lorsqu’elle partage le repas de Miles, après le départ de sa sœur, remarque-t-elle : Et j’ai eu l’idée saugrenue que nous avions l’air d’être un jeune couple en voyage de noces. Plus loin, elle dit au jeune garçon : Tu peux encore tirer un grand avantage de l’immense intérêt que je te porte. Dans le même chapitre, elle relève que Miles s’exprimait avec une gaieté à travers laquelle elle pouvait discerner un subtil petit frémissement de passion. Le film n’exclut pas cette piste de la séduction, selon l’expression de Freud. I have you ! s’écrit-elle en étreignant l’enfant, avant de déposer un baiser sur ses lèvres.
 
 
Les innocents 6
La théorie de la séduction (ou neurotica) formulée par Freud dans Etudes sur l’hystérie -coécrit avec Joseph Breuer en 1895- expliquait la genèse de cette névrose par un abus sexuel subit dans l’enfance, traumatisme d’abord refoulé, avant d’être révélé au moment de l'adolescence par un évènement souvent anodin (la Nachträglichkeit), à l’origine des troubles. Il n’est pas illégitime de penser que Miss Giddens ait été victime d’une telle agression, qu’elle reproduirait sur Miles et qui expliquerait ses symptômes hystériques. 
 
Le film donne quelques indices dans ce sens. Dans la scène finale, par exemple. Quand la jeune femme presse le petit garçon d’avouer qu’il est sous l’emprise de l’esprit de Quint, celui-ci lui réplique qu’elle a peur de devenir folle, qu’elle veut le faire mentir, le terroriser, comme sa sœur. Certes, en arrière-plan apparaît le visage du domestique, qui semble commander ses paroles. Mais n’est-ce pas une vision de la gouvernante ? Un peu plus loin, l’enfant paraît sur le point de reconnaître sa possession. On peut cependant aussi imaginer que l’attitude de Miss Giddens lui inspire une telle terreur qu’il est prêt à lui céder, pour échapper à sa folie. Ne lui lance-t-il pas, l’instant suivant : You are insane !, tandis que sous le regard halluciné de la gouvernante les statues du jardin paraissent emportées dans une danse macabre (photo). Miss Giddens évoque en fait pour moi Nina, l’héroïne de Black Swan, tantôt cygne blanc (photo), tantôt cygne noir (photo). L’affiche française du film ne fait-elle d’ailleurs pas référence au ballet de Tchaïkovski ?
 
Les innocents 7
 
L’adaptation cinématographique n’apporte donc pas plus de réponses que le livre. D’autant que les enfants jouent parfaitement l’ambiguïté. Ils forment un couple fusionnel particulièrement inquiétant. On songe aux étranges créatures blondes du Village des damnés de Wolf Rilla. Martin Stephens, qui incarne le petit Miles, tenait d’ailleurs le rôle principal de ce film. Pamela franklin, ici dans sa première apparition à l’écran, compose quant à elle une fascinante poupée perverse. On n’oubliera pas la joie sadique illuminant son angélique visage semé d’éphélides devant le spectacle d’un papillon dévoré par une araignée. Ni sa terrifiante crise hystérique au moment où la gouvernante veut l’obliger à regarder le fantôme de Miss Jessel. Et puis, sa première apparition dans le film ne se fait-elle pas sous la forme d’un reflet dans le lac (photo), là même où l’amante de Quint s’est suicidée ? 
 
Les innocents est un authentique chef-d’œuvre du cinéma horrifique, réveillant en nous d’obscures phobies. Il est possible de le découvrir dans une belle édition DVD commercialisée par Opening. La version proposée bénéficie d’un transfert d’excellente qualité. Cerise sur le gâteau, les compléments (Les coulisses d’un film de genre, De la cave au grenier et L’innocence de Henry James) apportent un éclairage essentiel. Ce qui n’est pas toujours le cas…

Album du film

 
  Ma note - 5/5 
   
A lire : Le tour d'écrou     

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Les désarrois de l'élève Törless (Der junge Törleß)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 
 
Un groupe de jeunes gens s’en va à travers la campagne vers la bourgade où se trouve leur collège. Parmi eux se trouve Thomas Törleß (Mathieu Carrière). Cet adolescent sensible et réservé est un nouveau pensionnaire de cet établissement réservé aux fils de bonne famille. Etablissement dont il va peu à peu pénétrer la vie secrète grâce aux liens qui vont l’unir à deux de ses condisciples, Beineberg (Bernd Tischer) et Reiting (Alfred Diertz). Ces derniers développent de singulières théories sur la race des maîtres et celle des esclaves, qu’ils mettent en pratique la nuit, dans un lieu secret, en tourmentant l’un de leur camarade coupable de vol, Anselm von Basini (Marian Seidowsky). Spectateur passif de ces évènements, Törleß va alors essayer de trouver un sens à leurs actes, à leurs motivations… 
 
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Film allemand
Année de production : 1966
Durée : 1h27
Réalisation : Volker Schlöndorff
Image : Franz Rath
Avec Mathieu Carrière (Thomas Törleß), Marian Seidowsky (Anselm von Basini), Bernd Tischer (Beineberg), Barabara Steele (Bozena)...
 

 
Critique 
 
Adaptation d'un roman de Robert Musil (Die Verwirrungen des Zöglings Törleß), Les désarrois de l'élève Törleß, produit par Louis Malle, est la première réalisation de Volker Schlöndorff. 
 
Au-delà de son évocation, somme toute assez conventionnelle, de la vie d’un pensionnat, avec ses rites, ses personnages (tortionnaire, souffre-douleur) et ses thématiques (découverte de la sexualité, homosexualité) incontournables, cette peinture des jeux interdits de l'adolescence est surtout une parabole glaçante sur le nazisme (même si le livre de Musil fut publié en 1906), comme le récent Ruban blanc de Michael Haneke. D'abord en raison de l'origine juive de la victime de Beineberg et Reiting. Ensuite parce que l'attitude de Törleß, partagé entre son désir de comprendre le délire qui anime ses condisciples, la compassion qu'il ressent pour Basini, mais aussi le mépris que suscite en lui la passivité de ce dernier, qui finit dans son esprit par mériter son sort, annonce l'inertie, l'indifférence du peuple allemand face aux crimes du régime hitlérien.
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Les paroles que Törleß prononce devant ses professeurs, avant de quitter l'école, sont édifiantes. Avec la même froideur qui l'animait lorsqu'il voulait pénétrer certains mystères mathématiques, il explique que l'expérience vécue par Basini, ainsi que le comportement de ses persécuteurs, doivent être acceptés, à défaut d'être compris. Le mal existe naturellement chez l'Homme ordinaire, qui a en lui une part d'ombre, comme les nombres complexes ont une partie imaginaire : Quand j'en ai entendu parlé [du vol de Basini], j'ai trouvé ça monstrueux. Je pensais qu'il fallait le livrer à l'autorité. Mais le châtiment m'indifférait. J'avais un autre point de vue sur tout ça. J'étais pris de vertige [...]. Basini était un élève comme les autres. Quelqu'un de tout à fait normal. Soudain, il a connu la chute. J'avais bien sûr déjà réfléchi à l'humiliation, à l'avilissement, mais sans l'avoir jamais vu. Et puis c'est arrivé à Basini. Je devais admettre que cela existe, que l'Homme n'est pas créé bon ou mauvais, mais change perpétuellement. Qu'il est créé par ses actions. Si nous changeons ainsi, si nous pouvons être victime ou bourreau, alors tout est possible. Les pires atrocités sont possibles. Il n'ya pas de mur entre le bien et le mal. Les deux se confondent. Un Homme normal peut faire des choses horribles. La seule question est : comment est-ce possible ? Je n'ai rien dit pour pouvoir observer. Je voulais savoir comment c'est possible. Ce qui se passe quand un être s'humilie ou fait preuve de cruauté. Hier, je pensais que le monde s'écroulerait. Aujourd'hui, je sais que non. Ce qui de loin semble atroce, inconcevable, se produit simplement, tranquillement, naturellement. Et il faut y prendre garde. Voilà ce que j'ai appris. 
 
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Evocation d’une génération qui portera Hitler au pouvoir trente ans plus tard, ce film commence et s'achève par la vue d'une voie de chemin de fer, rappel sinistre de l'entrée d'un camp de concentration. Mais le propos de Volker Schlöndorff déborde le simple cadre historique du Nazisme. L'analyse fine qu'il nous propose des raisons qui poussent les Hommes à chercher des boucs émissaires a en effet une valeur universelle, qui trouve une résonance aujourd'hui, notamment dans le lien établit par certains gouvernements européens (France, Italie...) entre insécurité et accueil des étrangers... 
 
Sur le plan formel, Volker Schlöndorff recourt ici -autre ressemblance avec le film d'Haneke- à un noir et blanc dont la sécheresse expressionniste rend parfaitement compte de l'âpreté des rapports entre les personnages. On est loin, ici, de l’imagerie poétique retenue par Christian-Jaque pour Les disparus de Saint-Agil (1938).

Côté interprétation, on retiendra notamment la composition de Mathieu Carrière (il s'agit de son deuxième film), dont le visage froid et distancié confère à Törleß toute sa complexité. On relèvera aussi la présence au générique de Barbara Steele, une habituée du cinéma d’épouvante (Le masque du démon de Mario Bava, La chambre des tortures de Roger Corman, L'effroyable secret du Dr Hichcock de Riccardo Freda).
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A noter pour conclure que ce film a obtenu en 1966 le prix Fipresci, une récompense remise dans le cadre du Festival de Cannes par un jury constitué de critiques de cinéma internationaux par l'intermédiaire de la Fédération internationale de la presse cinématographique. Il est disponible dans une belle édition DVD éditée par Criterion (zone 1), sous le titre Young Törless. 
 
 Ma note - 4/5

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