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L’étreinte du serpent (Ciro Guerra)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

L’étreinte du serpent (Ciro Guerra)

Un film à la beauté plastique sidérante (pour une fois le mot n’est pas exagéré), qui nous emmène au cœur de l’Amazonie, filmée ici comme un organisme vivant. Bien que blessée par les saignées que lui imposent les Occidentaux, avides d’or blanc (le caoutchouc), elle se défend, s’oppose, hypnotise l’imprudent qui s’aventure dans ses méandres, le faisant basculer dans une folie qui n’est pas sans évoquer celle du colonel Kurtz dans Apocalypse now. Ce poumon vert étouffe celui qui n’est qu’un corps vide, un chullachaqui, selon l’expression de Karamakate, le chaman solitaire du film. Il faut une âme pour vivre en connexion avec cette nature primordiale. Ce que n’ont plus les deux explorateurs Blancs du film qui, à notre image, se montrent infatués de leur technologie (la boussole de Théo), de leur savoir, tout en ne sachant rien…

Ce voyage initiatique nous entraîne Au cœur des ténèbres, aux limites du fantastique, en particulier lorsque nous croisons la route d’un Messie régnant sur une poignée d’adeptes, d’anciens enfants élevés par un prêtre sadique quarante ans plus tôt, adeptes auxquels il offre littéralement son corps, en une eucharistie cannibale.

Une belle année pour le cinéma d’Amérique du Sud ou Centrale, qui nous a également offert Le bouton de nacre et Ixcanul !

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La montagne magique (Anca Damian)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

La montagne magique (Anca Damian)

Un documentaire d'animation singulier, mélangeant les styles et les techniques, ainsi que les références culturelles (Les Nibelungen de F. Lang, entre autres), pour narrer l'histoire d'Adam Jacek Winker, un Polonais ayant combattu les nazis, puis les soviétiques, notamment au côté du commandant Massoud. Il en ressort souvent une très grande poésie, en particulier dans les petits détails qui jalonnent la grande histoire (la mort du cheval du narrateur, par exemple) ou lorsque le récit se fait onirique (la magnifique scène du Phoenix, pour illustrer la capacité du héros à sans cesse échapper à la mort). Une petite merveille, portée par les belles voix de Miossec et Lizzie Brocheré... Eh oui, il n'y a pas que SW 7 dans la vie !

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Au-delà des montagnes (Jia Zhangke)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Au-delà des montagnes (Jia Zhangke)

Un film d’une ampleur rare, qui nous entraîne à travers le temps (trois époques : 1999, 2014 et… 2025) et l’espace, d’où surgit une vague (comme le prénom de l’héroïne, Tao) d’émotions.

Jia Zhangke nous propose ici une double fresque, à la fois individuelle, à travers le destin d’une femme, magnifiquement incarnée par Zhao Tao (femme et égérie du cinéaste), et collective, où l’auteur de Still life nous donne à voir son pays basculant dans un capitalisme sauvage, brisant les êtres, leurs sentiments, leurs liens… Pour mieux rendre cette évolution, il multiplie les formats, passant du 1.37 pour nous décrire une Chine encore industrielle et rurale, au 1.85 et, enfin, au 2.35, dans le final, un futur - proche - aseptisé (à l’image des tablettes, devenues transparentes) où la difficulté de communiquer est douloureusement rendue par la nécessité, pour le fils, de prendre son professeur comme interprète pour s’adresser à son père…

La scène qui clôt Au-delà des montagnes est d’une beauté absolument renversante. S’il se résumait à elle seule, ce film serait déjà un chef-d’œuvre…

Go West… Cette chanson des Pet Shop Boys ouvre et ferme le film. Sur la première image, Tao est tout sourire. Sur la dernière, nous sommes comme elle… En larmes. Le rêve d'un monde meilleur, où tout serait possible, est illusoire...

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Le pont des espions (Steven Spielberg)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Le pont des espions (Steven Spielberg)

Probablement pas le meilleur Spielberg, mais on retrouve ce formidable sens de la narration qui fait une grande part de son talent. Avec le concours, ici, des frères Coen, collaboration qui transparaît dans une forme d’humour absurde assez réjouissante ! La reconstitution du Berlin Est de la Guerre froide est très soignée. Tom Hanks est impeccable. Effort appréciable, pour un film américain : les Allemands parlent essentiellement allemands (on a le plaisir de retrouver le héros de La vie des autres, Sebastian Koch), les soviétiques parlent russe, ce qui donne de la crédibilité au propos…

Avec ce film, Spielberg montre qu’il sait se renouveler. Et en ces temps où les jeunes cinéastes se contentent de régler leurs pas sur ceux de leurs aînés (JJ Abrams, le « demi-dieu » du moment, à qui l’on doit les très « originaux »… Mission Impossible 3, Star Trek 11 et 12, ainsi que Star Wars 7, sans oublier les scénarios de Mission Impossible 4 et 5), c’est rafraichissant !

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Ixcanul (Jayro Bustamant)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Ixcanul (Jayro Bustamant)

Ce premier film est une absolue merveille. Je l’ai vu le même soir que Knight of cups, de Malick. Il y a un monde entre le propos dérisoire du cinéaste américain - jamais je n’aurai cru écrire cela à son sujet - et la densité, la beauté de cette œuvre à la limite du documentaire, qui nous dépeint le drame d’une famille appartenant à une ethnie minoritaire du Guatemala (les Kaqchikels). La dureté de ces existences est certes montrée à l’écran, mais le regard du réalisateur n’est jamais misérabiliste. Car la formidable énergie de ses deux héroïnes, la mère et la fille, emporte tout. Elles ne s’apitoient pas sur elles-mêmes, elles cherchent des solutions, rationnelles ou non (offrandes au volcan), elles se battent, se révoltent. Elles rencontrent parfois la défaite, mais elles ne capitulent jamais, même face au pire (l’enlèvement de l’enfant de la jeune fille). Tout le contraire de nos sociétés occidentales chloroformées. Tout le contraire des ombres ennuyeuses hantant le dernier Malick. Sur les pentes cendreuses et grondantes de leur volcan, ces gens ont une âme. Ils vivent. Nous ne sommes plus que des masses organiques conditionnées pour consommer.

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Docteur Frankenstein (Paul McGuigan)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Docteur Frankenstein (Paul McGuigan)

Ce Docteur Frankenstein est à l’œuvre de Mary Shelley ce que le Sherlock Holmes de Guy Ritchie est à celle de Conan Doyle, un hideux et grotesque alliage steampunk, destiné à contenter le public geek. La pyrotechnie et le bruit y remplacent l’atmosphère et l’intelligence. Bref, un film sans intérêt, où Daniel Radcliffe se montre aussi peu à son avantage que sa copine Emma Watson dans le dernier film d’Amenábar, Regression. J’ai même eu un peu pitié de lui au début du film, en le voyant en clown bossu. Le pauvre…

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Knight of Cups (Terrence Malick)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Knight of Cups (Terrence Malick)

Nouvelle errance existentielle pour Malick. La technique est toujours là, hypnotique, fascinante. Mais elle ne pare plus que le vide, l’insignifiant. A l’image de Sofia Coppola (on voit d’ailleurs, à l’occasion d’une courte séquence, une sorte de Marie-Antoinette arpentant une allée de studio), l’auteur de La ligne rouge s’intéresse ici à la vacuité de la vie des riches résidents d’Hollywood. De nombreux plans de piscines, des chiens de race (parfois, eux aussi, dans une piscine), quelques gogo-danseuses, des filles plus ou moins dénudées (voire complètement), jeunes, très jeunes, même, surtout blondes (Imogen Poots, Allison Ott, Nicky Whelan, Isabel Lucas, Tara Beaulieu, Madeleine Wade, Christie Beran, Halle Arbaugh, Mena Lovin…), de nombreux avions traversant le ciel, des hélicoptères également, des intérieurs d’une vulgarité sans nom, beaucoup de Champagne, des stars (nombreuses !), des monologues plus décousus que jamais, l’océan, des couchers de soleil, un sculpteur sur glace… Voilà à quoi se résume ce film. Ou à peu près.

Malick s’est toujours intéressé à l’histoire de l’Amérique : Les moissons du ciel, La ligne rouge, Le nouveau monde… Ici : Hollywood. Mais il donnait à cette histoire une dimension universelle, en dotant ses personnages d’une âme, en sorte que chaque humain pouvait se sentir concerner par son propos. Là, ce ne sont plus que des coquilles vides, des fantômes. Impossible de ressentir de l’empathie pour eux. On les regarde avec autant d’intérêt que s’il s’agissait de poissons rouges tournant dans un bocal.

Knight of Cups offre la confirmation d’un auteur devenu nombriliste, se répétant à l’infini, au point de se parodier… Un effet de sa Palme d’Or ? Triste… Où est la grâce ?

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