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Super 8

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Super 8 - CL

 

Synopsis

 

Joe (Joel Courtney) vient de perdre sa mère, Elizabeth (Caitriona Balfe), victime d’un terrible accident du travail. La douleur affective provoquée par cette disparition est ressentie d'autant plus vivement par l'adolescent que la jeune femme était toute sa vie, son père (Kyle Chandler), adjoint du shérif, étant souvent absent. Pour échapper à sa tristesse, il ne reste au jeune garçon que ses camarades de classe, avec lesquels il partage une même passion du cinéma : Charles (Riley Griffiths), le réalisateur ; Cary (Ryan Lee), le spécialiste des effets spéciaux ; Preston (Zach Mills), le technicien ; et Martin (Gabriel Basso), l’acteur. Joe, quant à lui, s’occupe du maquillage. La petite équipe tourne un film de zombies qu’elle espère voir sélectionner dans un important festival. Pour pimenter l’intrigue, Charles décide d’inclure dans le scénario une histoire d’amour. Ce qui l’amène à recruter Alice (Elle Fanning). Il s’agit en fait d’un stratagème pour rencontrer celle dont il est secrètement amoureux. Arrive bientôt le premier jour de tournage de la jeune fille. L’apprentie comédienne se révèle très vite sublime. Mais alors qu’elle répète son rôle avec son partenaire, sur le quai d’une gare désaffectée, un train se profile à l’horizon. Charles voit immédiatement le parti qu’il peut tirer de la situation. Cependant, tout ne va pas se passer comme il l’imaginait…

 

Fiche techniqueSuper 8 - Affiche

 

Film américain

Année de production : 2011

Durée : 1h52

Réalisation : JJ Abrams

Scénario : JJ Abrams

Image : Larry Fong

Avec Joel Courtney (Joe Lamb), Kyle Chandler (Jackson Lamb), Elle Fanning (Alice Dainard), Riley Griffiths (Charles), Ryan Lee (Cary), Gabriel Basso (Martin), Zach Mills (Preston), Caitriona Balfe (Eilzabeth Lamb)... 

 


 

Critique

 

Pour le quadragénaire que je suis, Super 8 est d’abord une plongée nostalgique dans mes premières émotions de cinéphile. J’avais 14 ans en décembre 1982, lorsque je découvris ET l’extraterrestre. Je me rappelle cette séance comme si elle avait eu lieu hier. Je vais vous parler d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître… Alors les magnétoscopes -pour les plus jeunes, je précise qu’il s’agit d’un appareil électronique destiné à l'enregistrement sur une bande magnétique d'un signal vidéo et du son associé - n’en étaient qu’à leurs balbutiements et étaient réservés aux plus aisés. Canal+ n’avait pas encore été créée. La VOD et le téléchargement étaient évidemment inimaginables. Par conséquent, si l’on manquait un film en salle, il y avait peu de chance pour qu’on le vît avant de nombreuses années. Aller au cinéma était donc encore un évènement (en évoquant cette époque -cet âge d’or ?-, je passe sans doute pour un préhominien, mais peu importe…). En sorte que j’ai de bonnes raisons de me souvenir précisément de ce mercredi après-midi où je découvris le cinéma de Spielberg. Je garde particulièrement en mémoire les regards des spectateurs –émerveillés pour les uns, embués pour les autres- au moment où se rallumèrent les lumières. L’histoire du petit extraterrestre abandonné par les siens sur Terre n’avait laissé personne indifférent...

 

C’est cette communion d’émotions que ravive JJ Abrams avec cet hommage au magicien Spielberg. Et quel hommage ! Tout est là : gamins sillonnant en BMX les rues d’une petite ville américaine (ET l’extraterrestre), vue surplombante et nocturne d’un paysage urbain (Rencontre du troisième type), parcours initiatique d’un enfant séparés de ses parents (L’empire du soleil), attaque d’un véhicule par un monstre (Jurassic park), déroute de forces militaires face à une créature extraterrestre (La guerre des mondes), et, sur le plan esthétique, irradiations lumineuses bleutées -des lens flares, comme je l’ai lu dans les Cahiers du cinéma- découpant l’image… Le réalisateur ne se contente cependant pas de citer son maître. Il convoque bien d’autres œuvres phares des années 1980, comme Poltergeist (Tobe Hooper), Les Goonies (Richard Donner) ou encore Stand by me (Rob Reiner).

 

Super 8 4

 

Super 8 n’est toutefois pas qu’une simple duplication. Il est aussi une œuvre originale, portant la marque de son auteur. Et pas seulement parce que Abrams évoque ses propres créations par de discrètes allusions (voir, par exemple, l’affichette Lost épinglée sur le panneau des chiens disparus). Super 8 diffère sur plus d’un point de ses modèles, notamment spielbergiens. Il est en effet sensiblement plus violent, plus nerveux et, surtout, plus empreint de féminité, grâce à deux figures essentielles : la mère de Joe et Alice.

 

Le fantôme d’Elizabeth est un personnage fondamental. Si important qu’il est lié à quatre des cinq scènes les plus marquantes du film (la cinquième étant celle du déraillement, saisissante de virtuosité). Il y a d’abord ce plan initial où un ouvrier d’une usine métallurgique indique sur un tableau le nombre de jours écoulés depuis le dernier accident : le chiffre 1 nous apprend, par une ellipse d’une grande beauté, la mort de la jeune femme. Il y a ensuite cette séquence bouleversante où Alice et Joe regardent, dans la chambre de celui-ci, un petit film amateur ressuscitant la défunte. Il y a également cette confrontation entre Joe et le monstre, dont le regard presque maternel est le résultat –génial- de l’incrustation des yeux de l’actrice interprétant la mère (Caitriona Balfe) sur la créature numérique (voir à ce sujet l’entretien accordé aux Cahiers du cinéma par JJ Abrams). Enfin, il y a ce final sublime (comme quoi, poésie et blockbuster peuvent faire bon ménage…) où Joe abandonne au vaisseau extraterrestre s’élevant vers les étoiles la médaille de sa mère. Une manière symbolique de couper le cordon, de devenir adulte…

 

Alice est l’autre héroïne du film. En témoigne la scène de répétition sur le quai de la gare. Par son jeu, elle devient immédiatement le centre d’intérêt du groupe de cinéphiles en herbe. Si bien que le cœur du récit se déplace assez vite de la résolution du mystère -comme toujours assez décevant- entourant la cargaison du train à l’histoire d’amour naissante entre Alice et Joe, puis au sauvetage de la jeune fille par ce dernier. Une trame sentimentale qui ne me semble pas avoir d’équivalent chez Spielberg (du moins, aucun exemple de me vient à l’esprit à l’instant où j’écris ces lignes). 

 

Un mot sur l’interprétation. Le casting des enfants ne souffre d’aucune faiblesse. Chacun d’eux joue juste. Une mention particulière, tout de même, pour Elle Fanning, dont le personnage est moins archétypal. De plus, comme dans le décevant Somewhere, elle illumine l’écran par sa grâce éthérée et sa sensibilité à fleur de peau. Probablement une immense comédienne en devenir (sur ce point, je ne partage pas l'avis de l'ami Neil, ce qui est suffisamment rare pour être signalé)…

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Evidemment, je ne prétends pas que Super 8 soit parfait. Le style de JJ Abrams est parfois un peu maniéré. Les esprits chagrins ne manquent d’ailleurs pas de relever son usage un brin abusif des fameux lens flares (je fais le malin, maintenant que je connais le terme !). Le scénario n’est pas non plus très original (la théorie du complot militaire n’est pas nouvelle), ni toujours vraisemblable (on a du mal à croire à tout ce que font ces adolescents). Il n’empêche, ce pèlerinage -réussi- aux sources de ma passion justifie pleinement ma note élevée.

 

Avant de conclure, je conseille à ceux qui prendront le temps (la peine ?) de lire cette critique  de ne pas être trop impatients de quitter la salle à la fin du film, car le générique nous propose de découvrirThe case, le court métrage tourné par les jeunes héros. Un pur régal. Et un final très hitchcockien

 

Ma note - 3,5/5

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L'ange de la rue (Street angel)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 
 
Angela (Janet Gaynor) vit dans les bas-fonds de Naples. La santé défaillante de sa mère exige des soins particuliers, notamment l’achat d’un médicament coûteux pour combattre la fièvre. Une dépense que la jeune fille, sans emploi, ne peut assumer. Apercevant par la fenêtre de son logement une prostituée, elle se résout à contrecœur à devenir un ange de la rue. Elle se comporte cependant d’une manière si maladroite qu’aucun homme ne fait attention à elle. Pour trouver les vingt lires nécessaires au traitement de sa mère, il ne lui reste donc plus que le vol. Mais surprise par les carabiniers au moment où elle tente de s’emparer d’une somme d’argent déposée sur l’étal d’un vendeur ambulant, elle est arrêtée et condamnée à une année de travail forcé. Sur le chemin du pénitencier, elle parvient toutefois à se soustraire à la surveillance de ses gardiens, et se précipite chez elle, où elle découvre sa mère morte. Cernée par la police, elle s’enfuit par les toits et trouve refuge auprès de saltimbanques, qui la cachent, avant de la recueillir dans leur troupe.

Devenue acrobate dans le petit cirque, Angela fait la connaissance d’un peintre bohême, Gino (Charles Farrell), qui insiste pour faire son portrait. Elle refuse d’abord catégoriquement. Cependant, devant son entêtement, elle finit par céder à sa demande. Mais pour la peindre telle qu’elle est, Gino doit d’abord faire tomber le masque qu’elle s’est forgée au cours des épreuves. Par l’amour qu’il lui porte et sa sensibilité artistique, il parvient finalement à révéler à la jeune fille sa véritable nature, douce et pure, éveillant ainsi en elle de tendres sentiments. Le bonheur des deux amants va toutefois être de courte durée, le passé d’Angela ressurgissant bientôt en la personne de Neri (Guido Trento), le policier qui l’avait arrêtée…
 
Fiche techniqueL'ange de la rue - Affiche 

Film américain
Année de production : 1928
Durée : 1h42
Réalisation : Frank Borzage
Scénario : Marion Orth
Image : Ernest Palmer
Avec Janet Gaynor (Angela), Charles Farrell (Gino), Natalie Kingston (Lisetta), Henry Armetta (Mascetto), Guido Trento (Neri), Alberto Rabagliati (Policier), Cino Conti (Policier)... 
 

 
Critique 
 
En 1927, Frank Borzage tourna L’heure suprême, premier chef-d’œuvre du cinéaste, mélodrame sublime mettant en scène ses deux acteurs fétiches : Charles Farrell et Janet Gaynor (on les retrouve à l’affiche de Lucky star en 1929). L’immense succès du film, aussi bien public que critique (il valut à son auteur et à son interprète féminine d’être récompensé à la première cérémonie des Oscars, en 1929), incita la Fox a imaginé une sorte de suite reprenant les mêmes ingrédients et, surtout, le même couple vedette. Ainsi vit le jour L’ange de la rue.
 
Borzage (prononcez Borzégui, qui est l’anglicisme de Borzaga, le nom de son père, d'origine italienne) porte ici à l’écran la pièce de Monckton Hoffe, The lady Cristilinda. Cette adaptation assez libre -le réalisateur modifie de nombreux éléments de l’intrigue, dont le lieu, déplacé de Londres à Naples- raconte, comme dans L’heure suprême, l’histoire d’un amour passionné et pur en butte aux bassesses du monde. Un combat spirituel mis en image avec un lyrisme qui n’a rien à envier aux grands maîtres du muet, tel Murnau. La traduction expressionniste des états d’âme par les jeux d’ombres et de lumières révèle d’ailleurs fortement l’influence du metteur en scène allemand sur Borzage, qui avait assisté au tournage de quelques scènes de L’aurore. Murnau connaissait bien lui aussi l’œuvre de son confrère (il alla même jusqu’à regretter de ne pas s’être vu confier le projet de L’heure suprême à la place de L’aurore !). On notera ici l’un des aspects les plus intéressants du travail en studio, qui permettait, par la proximité des plateaux, la rencontre, l’échange entre cinéastes. Ce n’est pas le seul exemple. On peut citer aussi les visites d’Hitchcock sur le tournage des Nibelungen de Lang (dont il utilisa les décors pour une scène de The blackguard) ou du Dernier des hommes de Murnau. Il me semble -mais je peux me tromper- qu’il y a aujourd’hui, à l’image de ce que l’on observe dans la société, plus d’individualisme dans le monde du cinéma. Même s’il existe des exceptions, comme Spielberg, qui a tissé des liens forts avec nombre de ses collègues, quelles que soit les générations (Clint Eastwood, Peter Jackson, JJ Abrams…). Cette attitude tient évidement à sont activité de producteur. Je pense également que sa cinéphilie n’y est pas étrangère…
 
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L’ange de la rue ne vaut cependant pas que pour ses qualités esthétiques. La mise en scène de Borzage est également très novatrice -le cinéaste expérimente ici le son- et incroyablement virtuose. Au centre de l’immense décor circulaire conçu par Harry Oliver était installée une grue capable de pivoter à 360°, offrant ainsi beaucoup de fluidité aux mouvements de la caméra, qui pouvait passer d’un quartier à l’autre en de longs plans-séquences. 
 
Subtile alliance de l’art et de la technique, L’ange de la rue connut un succès encore plus grand que L’heure suprême, enregistrant lors de sa première semaine d’exploitation des recettes sept fois supérieures. Comme je l’ai déjà dit, il permit à Janet Gaynor d’obtenir, à seulement 22 ans, le premier Oscar de la meilleure actrice. Une récompense qu'elle reçut cette année-là pour ses prestations dans deux autres films : L’aurore et L’heure suprême (à l'époque, un comédien pouvait être en compétition pour plusieurs rôles à la fois). Cela fait rêver, non ?

Une fois n'est pas coutume, nous disposons en France d'une très belle édition DVD pour cette oeuvre. Commercialisée par Carlotta dans un somptueux coffret Borzage, elle propose en suppléments un passionnant entretien avec Hervé Dumont, auteur d'un livre de référence sur le cinéaste (Sarastro à Hollywood), une analyse de Michael Wilson (Frank Borzage : les ailes du désir) et un épisode de la série Screen director's playhouse signé Borzage (A ticket for Thaddeus).
 Ma note - 5/5

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Programme de la Cinémathèque française pour la saison 2011-2012

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Alors que l’exposition Stanley Kubrick est sur le point de s’achever, la Cinémathèque française vient de présenter son programme de manifestations pour l’année à venir. Deux expositions rythmeront cette saison 2011-2012. La première s’articulera autour d’un film-phare de l’histoire du Septième art : Metropolis. Elle se déroulera du 19 octobre au 29 janvier 2012. Conçue en 2009 par la Deutsche Kinemathek de Berlin, elle permettra de découvrir la version inédite et complète de cette œuvre, comprenant les scènes retrouvées au Musée du cinéma de Buenos Aires. Les six grandes séquences du film (La cité des fils, La ville ouvrière, La ville haute, Le laboratoire Rotwang, Les catacombes, La cathédrale) serviront de parcours à l’exposition, où seront présentées des pièces uniques : photographies de plateau, dessins originaux des décorateurs Erich Kettelhut et Otto Hunte, robot de la femme-machine… Cet évènement sera également l’occasion d’une rétrospective intégrale de l’œuvre du cinéaste allemand et d’un cycle intitulé Cités futuristes (utopies de cinéma), destiné à montrer l’influence de Metropolis sur le cinéma de science-fiction. Une nouvelle édition DVD et Blu-ray sera par ailleurs commercialisée par TF1 vidéo et MK2 à partir du 5 octobre. Elle comprendra de nombreux compléments et un livret de 16 pages. L’ouvrage de référence de Bernard Eisenschitz, Fritz Lang au travail, sera aussi réédité (Phaidon - Cahiers du cinéma).

 

La seconde exposition, organisée du 7 mars au 5 août 2012, sera conçue autour de Tim Burton. Elle explorera toute l’étendue de l’œuvre de l’auteur d’Edward aux mains d’argent. Elle permettra ainsi de découvrir l‘originalité de ses premiers travaux artistiques, réalisés à l’époque où il était adolescent à Burbank, puis étudiant dans la prestigieuse école de CalArts créée par Walt Disney. L’exposition révèlera également l’envers du décor de ses derniers films. Elle rassemblera aussi dessins, peintures, photographies, story-boards, maquettes, figurines et costumes originaux, ainsi que de rares super 8mm ou 16mm réalisés par le réalisateur dans sa jeunesse. Une rétrospective intégrale complétera ce programme. Sur le plan éditorial, un ouvrage reproduisant plus de mille dessins du cinéaste sera proposé à la vente (The art of Tim Burton). 

 

En dehors de ces deux moments forts, plusieurs cycles, hommages ou rétrospectives seront organisés. Citons, entre autres, des intégrales Blake Edwards, Steven Spielberg (en présence de ce dernier, ce qui représente un véritable évènement), Robert Altman, ou encore Jacques Feyder. Pour les amateurs de cinéma muet, signalons que ce cycle sera accompagné de l’édition par Arte d’un coffret comprenant Gribiche (1925), Carmen (1926) et Les nouveaux messieurs (1928), lequel sera en outre programmé sur la chaîne franco-allemande (date indéterminée).
    
A consulter : Programme de la Cinémathèque française (2011-2012) 

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Le jour se lève

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 

 

Sur une place, dans une banlieue ouvrière, s'élève un immeuble vétuste. Au dernier étage, un coup de feu retentit. Un homme sort aussitôt d’un logement. Blessé au ventre, il trébuche, roule et tombe dans l'escalier. La police arrive bientôt sur place. Mais quand elle se présente devant la porte de l’appartement, plusieurs coups de révolver répondent à ses sommations. Le tireur s’appelle François (Jean Gabin). Retranché dans sa chambre, dans l'attente d'un ultime assaut des forces de l'ordre, il va se souvenir des jours qui viennent de s'écouler…

 

Fiche techniqueLe-jour-se-leve---Affiche.jpg

Fim français

Année de production : 1939

Durée : 1h33

Réalisation : Marcel Carné

Scénario : Jacques Viot, Jacques Prévert

Image : Curt Courant, Philippe Agostini, Albert Viguier, André Bac

Avec Jean Gabin (François), Jules Berry (Valentin), Arletty (Clara), Jacqueline Laurent (Françoise), Mady Berry (La concierge), René Génin (Le concierge), Bernard Blier (Gaston)... 

 


 

Critique

 

La réussite du Jour se lève repose sur la conjonction exceptionnelle de nombreux talents. Au-delà du génie de Carné, on retiendra ainsi le remarquable travail du directeur de la photographie, Curt Courant, qui avait auparavant travaillé, entre autres, avec Fritz Lang (La femme sur la Lune), Alfred Hitchcock (L’homme qui en savait trop) ou Jean Renoir (La bête humaine). Son approche expressionniste de l'image sublime les décors d'Alexandre Trauner, lequel, en concevant sur une place au caractère encore champêtre un bâtiment tout en verticalité, anticipe l'évolution future des banlieues ouvrières. Le spectateur goûtera également la verve poétique des dialogues signés Prévert :

 

 Clara (Arletty), parlant de Valentin - Vous avouerez qu'il faut de l'eau dans le gaz et des papillons dans le compteur pour être restée trois ans avec un type pareil !
François (Jean Gabin), s'adressant à Valentin - Il est gratiné, le père. Il met sa fille au garde-meuble (l'Assistance publique) et puis, 15 ans après, 20 ans plus tard, il revient sur la pointe des pieds, des larmes dans les yeux, pour faire quoi, je vous le demande, des leçons de morale !
Clara (Arletty), s'adressant à François - Des souvenirs ! Est-ce que j'ai une gueule à faire l'amour avec des souvenirs ?

 

L'interprétation est au diapason, notamment celle de Jean Gabin, figure centrale du film. Derrière son sourire doux et triste, on soupçonne une violence contenue, mais prête à tout moment à se déchaîner. Ainsi que le remarque sa bien-aimée, il est comme son ours en peluche, avec un œil gai et l'autre un tout petit peu triste. Les tourments de son personnage sont par ailleurs parfaitement illustrés par la partition de Maurice Jaubert, sorte de mélopée rythmée évoquant les battements d'un cœur, pour reprendre l'expression de François Porcile, à qui l'on doit une passionnante analyse de la musique du film (à lire sur ce site). Arletty est également parfaite d’ironie cruelle. On retiendra particulièrement cette scène où, par dépit de voir François incapable d’oublier la jeune fleuriste, elle lui révèle comment Valentin remercie les femmes qui lui ont cédé : C'est Valentin qui ma l'a donnée [une broche]... Ça te choque ? Il en avait un stock... Alors, je lui ai pris son p'tit stock, pour qu'il en achète d'autres... Tu veux les voir ? C'est pas difficile ! C'est un lot, c'est une affaire... Et c'est joli... Ça vient d'Italie... Tiens, regarde, c'est beau comme tout ! Il en donne une à chaque femme qui couche avec lui... Elle en a une aussi, la petite (Françoise), hein ? Des mots qui feront vaciller François, qui avait cru trouver dans l'amour une échappatoire à sa misère...

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Le jour se lève se distingue également par le caractère audacieux, pour ne pas dire révolutionnaire, de sa construction, puisqu'il est l'un des premiers films parlants à rompre avec la traditionnelle linéarité du récit, en recourant au flash-back (deux ans avant Citizen Kane) par le biais de fondus enchaînés. Un procédé si déroutant pour les spectateurs de l'époque que les producteurs du film jugèrent utile de faire précéder chaque séquence l'utilisant d'un texte explicatif. 

 

Mais en plus de ses qualités artistiques, Le jour se lève est aussi -à l'instar desTemps modernes de Charlie Chaplin, sorti trois ans plus tôt- une critique du progrès industriel, qui broie les ouvriers, les déshumanise. Ainsi, dans l'usine qui les emploie, François et ses collègues, dans leur tenue de protection et derrière leur masque, n'ont plus d'identité. Et dans cette atmosphère inhumaine, même les fleurs apportées par Françoise dépérissent. La scène où François, penché à sa fenêtre, hurle à la foule qui se presse au bas de son immeuble son désespoir (autant sentimental que social), est à cet égard bouleversante, car elle illustre avec force la violence faite à ses semblables :

 

Qu'est-ce que vous regardez ?
Qu'est-ce que vous guettez ?
J'suis pas une bête curieuse, moi ! Qu'est-ce que vous attendez ? Ah ! vous attendez que j'saute ! Ah ! un assassin, c'est intéressant un assassin ! J'suis un assassin ! Mais les assassins, ça court les rues ! Y'en a partout ! Tout le monde tue ! Tout le monde tue un p'tit peu ! Seulement, on tue en douceur, alors ça s'voit pas ! C'est comme le sable, c'est en dedans ! Là, en dedans (il frappe sa poitrine) !
Alors, foutez le camp ! Foutez le camp ! Allez-vous en ! Rentrez chez vous, vous lirez ça dans le journal ! Ça sera imprimé ! Tout sera imprimé ! Tout ! Et puis vous le lirez ! Et puis vous le croirez ! Parce que, dans les journaux, on raconte tout ! Hein ! Y sont bien renseigné les journaux ! Allez, foutez le camp, vous allez attraper froid ! Débinez-vous ! Laissez-moi seul ! Tout seul, vous entendez ! J'veux qu'on m'foute la paix ! La paix ! J'suis fatigué ! J'ai plus confiance ! C'est fini ! Fini, vous entendez !

    Le jour se lève 4

 

A noter que ce film fut interdit quelques mois après sa sortie par les autorités de Vichy, qui le jugeaient trop démoralisant. Un plan montrant Arletty sous sa douche fut en outre censuré... et jamais remonté depuis 1939. Il ne subsiste de cette séquence qu'une photographie, reproduite dans l'ouvrage de Joseph-Marie Lo Duca, L'érotisme au cinéma (Jean-Jacques Pauvert).

 

Un mot, enfin, sur les éditions DVD du Jour se lève. Celle proposée par Studio Canal est assez décevante, avec une image faiblement contrastée et une bande son parfois à peine audible. Côté bonus, l'éditeur assure un service minimum, avec seulement la bande annonce de l'époque et la présentation de la Collection Gabin. L'édition commercialisée par Criterion (zone 0) n'est pas plus riche en supplément. Le packaging est cependant plus séduisant.

Album du film

 

Ma note - 5/5

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Les aventures extraordinaires de Saturnin Farandoul de Luigi Maggi et Marcel Fabre (Arte, 25 juillet 2011 à 23h55)

Publié le par Christophe Lefevre

Arte proposera le 25 juillet prochain Les aventures extraordinaires de Saturnin Farandoul, de Luigi Maggi et Marcel Fabre (autre nom de Marcel Perez). Tourné en 1913, ce film peu connu est l’adaptation d’une parodie des Voyages extraordinaires de Jules Verne, signée Albert Robida. Il narre les aventures picaresques de Saturnin Farandoul, étrange personnage élevé par des singes et devenu capitaine d’une frégate. Au cours de ses voyages, il rencontre l'amour sous la mer, affronte un savant fou, un mandarin machiavélique, des Apaches sanguinaires...

 

On doit évidemment saluer l'action d'Arte en faveur de la découverte du cinéma muet, notamment grâce à la diffusion d'œuvres rares et souvent parfaitement restaurées. Cependant, on peut regretter que cette diffusion intervienne seulement un an après une première programmation sur cette même chaîne (juin 2010). J’avais déjà déploré cet état de fait lors de la rediffusion de La grève, d’Eisenstein, le 29 mars dernier. Comme je l’avais noté alors, ce genre ne manque pourtant pas de classiques, rarement vus à la télévision (Les rapaces, d’Erich von Stroheim, par exemple).

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Hanna

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Hanna (Saoirse Ronan), 16 ans, vit avec son père, Erik (Eric Bana), dans une région isolée du nord de l’Europe. Ce dernier, un ancien espion, a fait d’elle une redoutable combattante en vue d’éliminer Marissa Wiegler (Cate Blanchett). Lorsque l’adolescente se sentira prête à affronter cet agent de la CIA qui, prétend-il, a tué sa mère, elle n’aura qu’à déclencher une balise. Ce qu’elle fait un jour où Erik part à la chasse. Rapidement retrouvée par un groupe d’intervention, Hanna est exfiltrée vers une base secrète, au Maroc. Au terme d’un premier interrogatoire, une jeune femme rousse vient la retrouver. Croyant avoir affaire à Marissa, elle tue celle-ci, puis se débarrasse de ses gardiens, avant de s’échapper dans le désert. Hanna n’a désormais plus qu’une obsession : retrouver son père, qui lui a donné rendez-vous à la maison Wilhelm Grimm du Spreepark Plänterwald de Berlin. Mais il lui faudra échapper aux hommes de Marissa, qui n’est pas morte. Et faire face à de stupéfiantes révélations sur son identité… 
 
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Film américain, britannique, allemand
Année de production : 2011
Durée : 1h51
Réalisation : Joe Wright
Scénario : Seth Lochhead, David Farr 
Image : Alwin H Kuchler
Avec Saoirse Ronan (Hanna), Eric Bana (Erik), Cate Blanchett (Marissa Wiegler), Jessica Barden (Sophie), Vicky Krieps (Johanna Zadek)...  
 

 
Critique
 
Déjà auteur de trois longs métrages -Orgueil et préjugés, adaptation tout à la fois classique et sensible de Jane Austen, Reviens-moi (également avec Saoirse Ronan), mélodrame passablement ennuyeux, et Le soliste (que je n’ai pas vu)- Joe Wright se lance ici dans un exercice de style audacieux : faire se rencontrer conte de fée -la référence aux frères Grimm sous-tend tout le film- et thriller. Un projet original, donc, mais aussi périlleux, dont le cinéaste anglais se sort avec plus ou moins de bonheur. Au rang des réussites, on citera d’abord la séquence introductive, esthétiquement splendide, dans la neige finlandaise, où le spectateur se trouve immédiatement sous le charme ambigu de Saoirse Ronan, tout à la fois ingénue et guerrière impitoyable. Il y a également ces deux scènes d’action pure où le réalisateur fait preuve d’une maîtrise qui n’a rien à envier aux spécialistes du genre, tel Paul Greengrass : celle où Hanna s’évade de la base secrète de la CIA, saisissante de virtuosité, et la poursuite sur les docks. 
 
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L'interprétation est également à mettre au crédit du film. Saoirse Ronan (Lovely bones) offre une prestation en tous points remarquable. Et de même qu’elle s’imposait, malgré sa gracilité juvénile, face à Colin Farrell et Ed Harris dans Les chemins de la liberté, la jeune irlandaise aux faux airs de Ludivine Sagnier impressionne dans un rôle complexe et très physique. Cate Blanchett, toujours d’une classe absolue, campe avec conviction un personnage à des lieux de ses rôles habituels, sorte de sorcière cruelle, ou plutôt de vampire, si l’on se réfère à son obsession pour son hygiène dentaire. Eric Bana est moins à son aise. Il est vrai, cependant, que je ne l’ai jamais connu très expressif…
 
La séquence finale, dans le parc d’attraction à l'abandon, est une idée géniale. Avec sa grande roue immobile, ses manèges étouffés par la végétation, ses dinosaures rouillés, le Spreepark offre en effet un décor idéal pour l’ultime confrontation entre Hanna et Marissa. J’ai été d’autant plus sensible à cette trouvaille qu’elle évoque pour moi les œuvres d’exploration urbaine, ou Urbex, mouvement artistique que j’ai découvert il y a peu, et qui me fascine, car redonnant de la vie à des lieux -hôpitaux, usines, installations minières, hôtels…- délaissés.
 
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En dépit de ses qualités, Hanna souffre quand même de sérieuses ruptures de rythme. Ainsi, tout le périple marocain de l'adolescente, que l'on peut regarder comme un parcours initiatique, aurait dû être plus resserré : trop d'éléments parasitent cette partie. En outre, la description de la famille anglaise avec laquelle Hanna voyage -plus ou moins clandestinement- est assez caricaturale. De ce passage, je retiens surtout le baiser qu'elle échange avec la fille du couple, Sophie (Jessica Barden, vue dans Tamara Drewe). Fantasme de vieux pervers ! s'exclameront à la lecture de ces lignes certains lecteurs à l'esprit vipérin (et j'en connais de fort malveillants !). Que nenni ! Cette scène est belle, car filmée avec beaucoup de pudeur. De plus, elle trouve sa juste place dans la quête identitaire de la jeune fille... 
 
Ma note - 3/5

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Derrière les murs

Publié le par Christophe Lefevre

Derrière les murs 2

 

Synopsis

 

Suzanne (Lætitia Casta), écrivain en panne de créativité depuis la mort de sa fille, part s’installer dans une maison isolée, dans la campagne auvergnate. Son éditeur espère que ce nouvel environnement lui fera oublier son deuil et lui redonnera le goût d’écrire. Un espoir bientôt satisfait, puisque l’inspiration lui revient dès qu’elle découvre dans le sous-sol de la vieille demeure une cave murée. Cependant, dans ce lieu inquiétant où elle se retire chaque nuit, ce ne sont plus des histoires sentimentales qu’elle imagine, comme au temps de son bonheur, mais des récits horrifiques, qui ébranlent encore plus sa raison rendue déjà défaillante par ses abus d’absinthe et de laudanum. La jeune femme finit par être victime d’hallucinations. Or, dans le même temps, plusieurs disparitions d’enfants sont enregistrées dans la région, dont la petite Valentine, la fillette à qui elle apprend à lire (Emma Ninucci). La Parisienne , comme la surnomme avec animosité certains habitants du village voisin, notamment la femme du maire, qui craint de voir son mari succomber aux charmes de la romancière, ne serait-elle pas responsable de ces évènements dramatiques ? Suzanne, qui est au bord de la folie, n’est pas loin de le croire elle aussi…

 

Fiche techniqueDerrière les murs - Affiche

Film français
Année de production : 2011
Durée : 1h30
Réalisation : Julien Lacombe, Pascal Sid
Scénario : Julien Lacombe, Pascal Sid
Image : Nicolas Massart
Avec Laetitia Casta (Suzanne), Thierry Neuvic (Philippe), Jacques Bonnaffé (Paul), Roger Dumas (Père Francis), Anne Benoit (Catherine Luciac)...  

 


 

Critique

 

Premier long métrage de Julien Lacombe et Pascal Sid (les deux hommes ont déjà à leur actif plusieurs courts), Derrière les murs aborde un genre peu goûté par les cinéastes hexagonaux : l’horreur psychologique. C’est donc une curiosité. Et même un peu plus. Car le tandem réussit son examen de passage. Sans chercher à faire le buzz, comme tant de films de genre à petit budget depuis Le projet Blair Witch, avec une caméra et un montage apaisés, loin des tentations schizophréniques à la mode, tout en évitant les excès gores et malsains, les deux réalisateurs parviennent en effet à créer une ambiance digne d’un roman de Lovecraft. Il faut dire que Derrière les murs ne manque pas de qualités esthétiques. Notamment dans le traitement des scènes nocturnes, de toute évidence influencées par L’orphelinat, de Juan Antonio Bayona.

 

Julien Lacombe et Pascal Sid surprennent également dans leur manière d’aborder la 3D. J’ai eu maintes fois l’occasion (Pirahna 3 D, The green hornet, Tron : l'héritage…) d’affirmer mon peu d’intérêt pour cette technologie, qui est pour moi surtout une attraction de foire. Pourtant, cette fois, j’ai été séduit par la discrétion des effets. Ici, rien de spectaculaire (lorsqu’une pierre est lancée dans un carreau, on ne reçoit pas à la figure des éclats de verre...), simplement une profondeur de champ accentuée, comme dans la vie, pourrait-on dire. Une vision au naturel qui donne, enfin, sa justification à la 3D et permet de plonger véritablement au cœur de l'intrigue, donc de ressentir pleinement les tourments de l'héroïne. 

 Derrière les murs 3 

Autre bonne surprise : l’interprétation de Lætitia Casta. Jusqu’à Gainsbourg, vie héroïque, où elle incarne Bardot, elle n’était pour moi qu’une -très- jolie fille récitant maladroitement un texte. Le film de Joann Sfar laissait cependant entrevoir une évolution dans son jeu. Mais le personnage qui lui était alors confié était fait pour elle. De plus, elle ne faisait qu'une apparition. Là, elle se voit confier un vrai rôle dramatique, dense, tout en intériorité. Et force est de reconnaître qu’elle s’en sort avec brio. J’ai toujours pensé que l’art de l’acteur ne s’apprend pas. Il semble toutefois qu’une sincère passion -dont on ne peut guère douter dans le cas de Casta, qui s’est risquée plusieurs fois au théâtre- soit un moteur suffisant pour progresser.

 

Même si le scénario de Derrière les murs s’égare par instant sur des chemins sans issue (on s’interroge un peu sur l’intérêt du personnage joué par Thierry Neuvic) et si la direction d’acteur est parfois hésitante (Jacques Bonnaffé n’est pas complètement convaincant), cette première œuvre sans esbroufe a tout pour séduire le spectateur. Une belle découverte, à laquelle j'attribue une note certes un peu généreuse, néanmoins le pari risqué (film de genre, 3D...) de Julien Lacombe et Pascal Sid mérite d'être salué. Un peu comme celui d'Eva Ionesco avec My little princess

  

Ma note - 3/5

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Actualité DVD - Blu-ray

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Une actualité qui n’en est plus vraiment une, puisque cette édition Blu-ray d’Apocalypse now (annoncée comme définitive) est sortie dans le commerce le 27 avril dernier. L’exceptionnelle qualité du produit mérite quand même que l’on s’y attarde un instant.

 

DVD Apocalypse Now

 

Pathé nous propose ainsi non seulement les deux versions du chef-d’œuvre de Coppola dans leur format d’origine 2.35:1, mais également Au cœur des ténèbres, documentaire réalisé en 1991 par Fax Bahr et George Hickenlooper d’après des images d’archives gravées par Eleanor Coppola lors du tournage, et de très nombreux suppléments, impossible à énumérer ici (documentaire sur le traitement de l’image, bande originale du film, émission de radio d'Orson Welles sur le roman de Joseph Conrad adapté pour Apocalypse now, Heart of darkness). Cette édition inclus en outre un livret de 100 pages contenant des photos et notes de production. 

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Insidious

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Insidious 1
 
Synopsis 
 
Josh (Patrick Wilson), son épouse Renai (Rose Byrne) et leurs trois enfants vivent depuis peu dans leur nouvelle maison lorsque l’aîné tombe dans un coma inexpliqué. Une succession de phénomènes paranormaux débute peu après. Un médium leur révèle alors que l’âme de leur fils se trouve quelque part entre la vie et la mort, dans la dimension astrale, et que les manifestations sont l’œuvre de forces maléfiques voulant s’emparer de son enveloppe corporelle. Pour le sauver, Josh va devoir lui aussi quitter son corps et s’aventurer dans l’au-delà ... 
 
Fiche techniqueInsidious - Affiche
 
Filma américain
Année de production : 2010
Durée : 1h43
Réalisation : James Wan
Scénario : Leigh Whannell
Avec Patrick Wilson (Josh Lambert), Rose Byrne (Renai Lambert), Ty Simpkins (Dalton Lambert), Lin Shaye (Elise Rainier)...  
 


Critique
 
La première partie d'Insidious respecte le cahier des charges habituel d’un film de maison hanté : portes qui claquent, grincements, lumières hésitantes, chuchotements inquiétants, jump scares supposés faire sursauter, apparitions furtives et malveillantes… Rien que de très convenu. Et pourtant, à ma grande surprise, je n’ai pas été insensible à ces effets classiques. Quelques frissons ont même parcouru mon échine percluse de douleurs…
 
Insidious 2 
Malheureusement, l'intrusion des deux comiques, je parle évidemment des chasseurs d’ectoplasmes tout droit sortis de Ghostbusters (on s'attend presque à entendre, au détour d'une scène, There's something strange and it dont't look good, who're you gonna call...) gâche tout. La rupture de ton est terrible. Et le film ne s’en remet pas. On peine d’abord à garder son sérieux, notamment lors de l'inénarrable séance médiumnique, lorsque Elise (Lin Shaye, rescapée des Griffes de la nuit et d'Amityville) met un masque à gaz relié à l'oreille d'un des deux clowns. Puis, peu à peu, on est gagné par l’ennui. A tel point que j’ai cru, moi aussi, faire un voyage astral, comme Dalton. Heureusement, il y a l’émouvant et doux minois de la craquante Rose Byrne pour empêcher le spectateur de sombrer dans un coma profond ! Car ce n’est pas la fin, prévisible à des kilomètres, qui est en mesure de retenir son attention…  
 
Bref, passez votre chemin, il n’y a pas grand chose à voir. Mais pouvait-on attendre autre chose du créateur de Saw ? Le plus triste, c'est que dans son numéro de juin, Mad Movies titre en couverture : Insidious, le film le plus terrifiant de l'année ? Il est vrai que l'auteur de cette accroche est assez prudent pour mettre un point d'interrogation... 
 
Ma note - 1,5/5

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My little princess

Publié le par Christophe Lefevre

My little princess 1   

Synopsis

 

Violetta (Anamaria Vartolomei), 10 ans, vit avec sa grand-mère (Georgetta Leahu). La mère de la petite fille, Hanna (Isabelle Huppert), ne fait que de courtes apparitions dans leur vie. Jusqu’au jour où Ernst (Denis Lavant), un ami peintre, lui offre un appareil photo. Elle propose alors à Violetta de poser pour elle. Cette dernière, heureuse de susciter enfin l’intérêt de sa mère, accepte d’abord toutes ses extravagances, les prenant comme un jeu. Rapidement, ces clichés dans lesquels elle apparaît en Lolita baroque et dénudée font sensation au sein du milieu branché parisien. Mais Hannah place la fillette dans des situations de plus en plus érotiques, la jetant même dans les bras d’un dandy anglais (Jethro Cave). Violetta va peu à peu se rebeller…

 

Fiche techniqueMy-little-princess---Affiche.jpg

 

Film français

Année de production : 2010

Durée : 1h45

Réalisation : Eva Ionesco

Scénario : Eva Ionesco, Philippe Le Guay, Marc Cholodencko

Image : Jean Lapoirie

Avec Isabelle Huppert (Hanna), Anamaria Vartolomei (Violetta), Georgetta Leahu (La grand-mère), Denis Lavant (Ernst), Jehthro Cave (Updike)...

 


 

Critique

 

Peut-on tout se permettre au nom de la liberté d’expression ? Telle est la question que pose -avec intelligence et profondeur- My little princess. Et personne n’est plus à même de répondre à cette interrogation qu’Eva Ionesco, icône -bien malgré elle- des années 1970, mise en scène dès son plus jeune âge par sa mère, Irina, dans des compositions certes esthétiquement séduisantes (comme le reconnaît elle-même la cinéaste dans un entretien accordé au journal Le Monde), mais dont la beauté est empoisonnée, vénéneuse.

 

Bien sûr, le cas d’Eva est très spécifique, puisqu’elle était mineure à l’époque des faits. Cette réflexion sur les limites de l’art, sur ses dérives, n’en est pas moins très actuelle. Pour s’en convaincre, il suffit de considérer certaines performances artistiques relevant à mon sens davantage de l'exhibitionnisme et du voyeurisme que de la création. En guise d'exemple, je vous invite à regarder cette vidéo d'Edwige Mandrou (Confidence 1) dans laquelle l'artiste apparaît robe relevée, écrasant avec ses fesses des œufs contenus dans une corne d'abondance (pour ceux qui ne veulent pas regarder cette scène en entier, je signale que la partie intéressante commence à 7 minutes 14). Après tout, pourquoi pas ? Si certains ont envie de se rincer l'œil. Et elle de s'exhiber. Mais parler de message me semble d'une rare hypocrisie. Et tant pis si mes propos me font passer pour un réactionnaire ! Pour conclure sur ce sujet, je recommande la lecture de Clara et la pénombre, fascinant roman de l’écrivain d’origine cubaine José Carlos Somoza, qui nous décrit un futur dans lequel les œuvres d'art sont des êtres humains, de préférence très jeunes, traités et apprêtés comme de simples supports artistiques. 

 

My little pincess 3

 

My little princess est également la peinture glaçante d’une relation destructrice entre une mère et sa fille, la première, créature nocturne et gothique, vampirisant la seconde (l’image est à peine exagérée). Pour autant, ce film n’est pas un règlement de compte. Car même si Hannah nous est présentée comme une sorte d’Erzsébet Báthory moderne, son portrait n’est pas une charge. En outre, l’attitude de Violetta n’est pas dénuée d’ambiguïté. Jusqu’à ce qu’elle exprime son dégoût, lors de la séance dans le manoir anglais, elle se livre en effet aux fantasmes les plus scabreux de sa mère sans réels états d’âme. Evidemment, son extrême jeunesse ne lui permet pas de prendre conscience du caractère pernicieux de ce que lui demande Hannah, qui joue en outre de la manière la plus perverse qui soit sur son besoin d’amour. Cependant, même après sa révolte, la fillette acceptera de nouveau de poser, mue par la jalousie de s’être vue dépossédée, par un nouveau modèle, de la robe Saint Laurent que lui destinait sa mère. Eva Ionesco reste donc mesurée dans cet aspect très autobiographique de son récit.

 

My-little-princess-3.jpg    

Isabelle Huppert, comme toujours, est exemplaire. Elle ne joue pas : elle est Hannah. Il suffit de la voir, lors de la première séance avec Violetta, charger son appareil photo comme une arme. Anamaria Vartolomei (le prénom de son personnage fait-il référence à la Violet de La petite, autre Lolita du cinéma à l'enfance sacrifiée ?) est une véritable révélation, dans un rôle pourtant complexe pour son très jeune âge. Elle s'en sort toutefois formidablement. Il faut dire que la caméra d'Eva Ionesco sait, en dépit de situations parfois délicates, préserver l'innocence de la fillette.

 

My little princess est évidemment un conte dérangeant. Mais jamais il ne bascule dans le sordide. Un nouvel auteur à suivre, donc...

 

Ma note - 3/5

 

A consulter : Press-book du film   

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