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La Marseillaise

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

La Marseillaise 3
   
Synopsis
 
Au soir du 14 juillet 1789, le duc de La Rochefoucauld-Liancourt (William Aguet) se présente à Versailles et demande au gentilhomme de service à voir de toute urgence le Roi (Pierre Renoir). Celui-ci, harassé par une furieuse partie de chasse, le reçoit dans son lit. La Rochefoucauld apprend alors au souverain que les Parisiens ont pris la Bastille dans le journée. C'est donc une révolte ! s'exclame Louis XVI à cette annonce. Non, sire, une révolution ! lui répond le duc. 
 
Quelques mois plus tard, dans un village de Provence. Anatole Roux, di Cabri (Edouard Delmont) est arrêté pour avoir tué un pigeon. Déféré aussitôt devant la justice, il devient l'objet d'une dispute entre le seigneur du village (Maurice Escande), qui demande sa condamnation aux galères, et le maire, Paul Giraud (Jean Aquistapace), qui plaide pour son élargissement. Le débat devient bientôt si vif que personne ne se soucie plus de l'accusé, qui en profite pour s'échapper. Trouvant refuge dans les collines, Cabri fait la connaissance de deux autres fugitifs, Honoré Arnaud (Andrex), un commis aux douanes du port de Marseille, et Jean-Joseph Bomier, (Edmond Ardisson), un maçon. C'est de là que les trois hommes assistent aux premiers soubresauts de la Révolution, avec l'incendie de deux châteaux… 
 
Fiche techniqueLa-Marseillaise---Affiche.jpg
 
Film français
Année de production : 1938
Durée : 2h15
Réalisation : Jean Renoir
Avec Pierre Renoir (Louis XVI), Lise Delamare (Marie-Antoinette), Léon Larive (Picard), William Aguet (Le Duc de La Rochefoucauld-Liancourt), Louis Jouvet (Roederer)... 
 

 
Critique

La Marseillaise
est un Renoir atypique, dont l'accent provençal et le caractère parfois un peu (trop) folklorique évoquent par instants le cinéma de Pagnol. On retrouve d'ailleurs à son générique plusieurs habitués des films du cinéaste d'Aubagne, tel Edouard Delmont, qui tourna sous sa direction Jofroi (1933), Angèle (1934), César (1936), Regain (1397) ou encore La femme du boulanger (1938). On citera aussi Andrex, présent également dans Angèle. A noter que ces deux comédiens partagèrent en 1935 l'affiche de Toni, de Renoir.
 La Marseillaise 1
 
Œuvre de commande destinée à célébrer le 150ème anniversaire de la Révolution, La Marseillaise est fortement marquée par le contexte politique de l'époque (le tournage eut lieu en plein Front populaire) et sa principale source de financement (ce film fut en partie produit par la CGT grâce à un système de participation où les spectateurs préachetaient leur place). En sorte que son auteur nous livre une vision un brin caricaturale (ou à tout le moins digne de l'imagerie d'Epinal) des évènements révolutionnaires et des personnages qui les ont traversés. Ainsi, si le portrait de Louis XVI reste plutôt mesuré, celui de Marie-Antoinette apparaît très à charge. Tout comme ceux des aristocrates, qui, exception faite du marquis de Saint-Laurent (incarné par Aimé Clarion), sont tous dépeints au mieux comme des êtres futiles (voir la scène située dans l'hôtel de Coblence), au pire comme d'aveugles réactionnaires. En fait, les moments les plus justes et les plus émouvants du film sont ceux où Renoir se fait moins ouvertement le chantre d'une idéologie et renonce à son ambition de réaliser une fresque historique (on peut tout de même saluer la parfaite maîtrise de sa mise en scène). Situant alors son récit à une échelle plus intime, il retrouve le bel humanisme qui imprègne l'ensemble de son œuvre. 
 
La Marseillaise 2 
Plus impersonnel que les autres réalisations de l'auteur, La Marseillaise n'est donc pas un Renoir majeur. On retiendra cependant le soin accordé aux reconstitutions et les prestations de grands acteurs, comme Pierre Renoir ou Louis Jouvet. On relèvera également le très beau travail des différents opérateurs ayant officié sur le film : Jean-Paul Alphen, qui assista Jacques Lemare sur La règle du jeu ; Jean Bourgoin, assistant caméraman sur La grande illusion, mais également directeur de la photographie de Welles (Mr Arkadin) ou Tati (Mon oncle) et oscarisé en 1963 pour Le jour le plus long (récompense partagée avec Walter Wottitz) ; Alain Douarinou, l’un des cadreurs attitrés de Max Ophüls (La ronde, Le plaisir, Madame de…, Lola Montès) ; Jean-Marie Maillols, notamment assistant caméraman sur Le procès de Jeanne d’Arc de Bresson.

Il n'existe malheureusement pas de bonne édition DVD de ce film (du moins à ma connaissance). La seule disponible en zone 2 est commercialisée par Studio Canal (sans aucun bonus). Il existe en zone 1 un coffret collector comprenant, outre La Marseillaise, La jeune fille de l'eau, Nana, Sur un air de charleston, Le testament du docteur Cordelier et Le caporal épinglé.
 
 
Ma note - 3,5/5

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Beau Geste

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Beau Geste 1

 

Synopsis 

 

Alors qu’elle pénètre à l’intérieur du fort Zinderneuf, une colonne de la Légion étrangère commandée par Henri de Beaujolais (James Stephenson) découvre que tous les hommes de la garnison ont été tués, victimes d’une attaque touareg. Parmi les cadavres se trouve celui d'un sergent, dont le corps est transpercé par une baïonnette. Il sert dans sa main une lettre dans laquelle il confesse le vol d’un célèbre saphir, le Blue water, appartenant à la famille Brandon. Le commandant de Beaujolais se souvient alors que, quinze ans auparavant, il avait été reçu par son amie Lady Patricia (Heather Thatcher) à Brandon Abbas, où il avait pu admirer cette fameuse pierre précieuse. Il avait également fait la connaissance de trois orphelins recueillis par son hôtesse : Michael (Garry Cooper), dit Beau, John (Ray Milland) et Digby Geste (Robert Preston)… 

 

Fiche techniqueBeau-Geste---Affiche.jpg

 

Film américain

Année de production : 1939

Durée : 1h52 

Réalisation : William A Wellman 

Scénario : Robert Carson 

Image : Theodor Sparkuhl, Archie Stout 

Avec Gary Cooper (Michael Beau Geste), Ray Milland (John Geste), Robert Preston (Digby Geste), Bryan Donlevy (Sergent Markoff), Heather Thatcher (Lady Patricia Brandon), Susan Hayward (Isobel Rivers)... 

 


 

Critique 

 

Cette transposition à l’écran du roman éponyme de Percival Christopher Wren -la troisième après celles d’Herbert Brenon (Beau Geste et Beau ideal) et de John Waters (Beau sabreur), avec déjà Gary Cooper, mais dans le rôle d’Henri de Beaujolais- s’inscrit dans un genre très en vogue pendant l’Entre-deux-guerres. Ayant pour cadre la Légion étrangère, il compte, entre autres réussites, Morocco, de Josef von Sternberg (encore avec Gary Cooper…) ou La bandera, de Julien Duvivier. On pourrait aussi ajouter à cette liste, même si ces films mettent en scène une patrouille britannique, Lost patrol, de Walter Summers, et son remake américain, The lost patrol, de John Ford, qui baignent dans le même climat exotique et héroïque.

 

Beau-Geste---Herbert-Brenon.jpg 

 Beau Geste, Herbert Brenon (1926)

 

Beau Geste est à la fois une très belle ode à la fraternité, qu’illustre le proverbe arabe cité en exergue (L'amour d'un homme pour une femme croît et décroît comme la lune. Mais l'amour d'un frère pour un frère est immuable comme la parole du Prophète), une évocation pittoresque de la vie des légionnaires et un palpitant film d'aventure. Ce dernier aspect repose sur quelques scènes particulièrement intenses (telle celle où la colonne de secours décrouvre, en position de combat sur les créneaux du fort, les soldats morts) et l'affrontement entre les Geste et le sergent Markoff (remarquable Brian Donlevy), dont la cupidité et le sadisme forment un contraste puissant avec la noblesse de coeur des trois frères.

 

Beau-Geste-2.jpg 

Bien sûr, quelques grincheux ne manqueront pas de reprocher à ce film son côté un peu suranné, ses sentiments d'un autre temps (sens de l'honneur, du sacrifice...). Mais c'est ce qui fait aussi son charme, surtout à notre époque cynique... 

 

A noter pour conclure que trois des acteurs du film tourneront en 1942 sous la direction de Cecil B DeMille dans Les naufrageurs des mers du sud, dont j'ai parlé il y a peu : Ray Milland, Robert Preston et Susan Hayward. Par ailleurs, ce film bénéficie depuis le 7 septembre 2010 d'une nouvelle édition DVD (Universal Classics), malheureusement dépourvue de bonus. Si le confort de visionnage est assez satisfaisant, l'image manque cependant de contraste et est troublée par quelques scories. 

 

Ma note - 3,5/5

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Le jour se lève

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Le-jour-se-leve-1.jpg

 

Synopsis 

 

Sur une place, dans une banlieue ouvrière, s'élève un immeuble vétuste. Au dernier étage, un coup de feu retentit. Un homme sort aussitôt d’un logement. Blessé au ventre, il trébuche, roule et tombe dans l'escalier. La police arrive bientôt sur place. Mais quand elle se présente devant la porte de l’appartement, plusieurs coups de révolver répondent à ses sommations. Le tireur s’appelle François (Jean Gabin). Retranché dans sa chambre, dans l'attente d'un ultime assaut des forces de l'ordre, il va se souvenir des jours qui viennent de s'écouler…

 

Fiche techniqueLe-jour-se-leve---Affiche.jpg

Fim français

Année de production : 1939

Durée : 1h33

Réalisation : Marcel Carné

Scénario : Jacques Viot, Jacques Prévert

Image : Curt Courant, Philippe Agostini, Albert Viguier, André Bac

Avec Jean Gabin (François), Jules Berry (Valentin), Arletty (Clara), Jacqueline Laurent (Françoise), Mady Berry (La concierge), René Génin (Le concierge), Bernard Blier (Gaston)... 

 


 

Critique

 

La réussite du Jour se lève repose sur la conjonction exceptionnelle de nombreux talents. Au-delà du génie de Carné, on retiendra ainsi le remarquable travail du directeur de la photographie, Curt Courant, qui avait auparavant travaillé, entre autres, avec Fritz Lang (La femme sur la Lune), Alfred Hitchcock (L’homme qui en savait trop) ou Jean Renoir (La bête humaine). Son approche expressionniste de l'image sublime les décors d'Alexandre Trauner, lequel, en concevant sur une place au caractère encore champêtre un bâtiment tout en verticalité, anticipe l'évolution future des banlieues ouvrières. Le spectateur goûtera également la verve poétique des dialogues signés Prévert :

 

 Clara (Arletty), parlant de Valentin - Vous avouerez qu'il faut de l'eau dans le gaz et des papillons dans le compteur pour être restée trois ans avec un type pareil !
François (Jean Gabin), s'adressant à Valentin - Il est gratiné, le père. Il met sa fille au garde-meuble (l'Assistance publique) et puis, 15 ans après, 20 ans plus tard, il revient sur la pointe des pieds, des larmes dans les yeux, pour faire quoi, je vous le demande, des leçons de morale !
Clara (Arletty), s'adressant à François - Des souvenirs ! Est-ce que j'ai une gueule à faire l'amour avec des souvenirs ?

 

L'interprétation est au diapason, notamment celle de Jean Gabin, figure centrale du film. Derrière son sourire doux et triste, on soupçonne une violence contenue, mais prête à tout moment à se déchaîner. Ainsi que le remarque sa bien-aimée, il est comme son ours en peluche, avec un œil gai et l'autre un tout petit peu triste. Les tourments de son personnage sont par ailleurs parfaitement illustrés par la partition de Maurice Jaubert, sorte de mélopée rythmée évoquant les battements d'un cœur, pour reprendre l'expression de François Porcile, à qui l'on doit une passionnante analyse de la musique du film (à lire sur ce site). Arletty est également parfaite d’ironie cruelle. On retiendra particulièrement cette scène où, par dépit de voir François incapable d’oublier la jeune fleuriste, elle lui révèle comment Valentin remercie les femmes qui lui ont cédé : C'est Valentin qui ma l'a donnée [une broche]... Ça te choque ? Il en avait un stock... Alors, je lui ai pris son p'tit stock, pour qu'il en achète d'autres... Tu veux les voir ? C'est pas difficile ! C'est un lot, c'est une affaire... Et c'est joli... Ça vient d'Italie... Tiens, regarde, c'est beau comme tout ! Il en donne une à chaque femme qui couche avec lui... Elle en a une aussi, la petite (Françoise), hein ? Des mots qui feront vaciller François, qui avait cru trouver dans l'amour une échappatoire à sa misère...

         Le-jour-se-leve-2.jpg

 

Le jour se lève se distingue également par le caractère audacieux, pour ne pas dire révolutionnaire, de sa construction, puisqu'il est l'un des premiers films parlants à rompre avec la traditionnelle linéarité du récit, en recourant au flash-back (deux ans avant Citizen Kane) par le biais de fondus enchaînés. Un procédé si déroutant pour les spectateurs de l'époque que les producteurs du film jugèrent utile de faire précéder chaque séquence l'utilisant d'un texte explicatif. 

 

Mais en plus de ses qualités artistiques, Le jour se lève est aussi -à l'instar desTemps modernes de Charlie Chaplin, sorti trois ans plus tôt- une critique du progrès industriel, qui broie les ouvriers, les déshumanise. Ainsi, dans l'usine qui les emploie, François et ses collègues, dans leur tenue de protection et derrière leur masque, n'ont plus d'identité. Et dans cette atmosphère inhumaine, même les fleurs apportées par Françoise dépérissent. La scène où François, penché à sa fenêtre, hurle à la foule qui se presse au bas de son immeuble son désespoir (autant sentimental que social), est à cet égard bouleversante, car elle illustre avec force la violence faite à ses semblables :

 

Qu'est-ce que vous regardez ?
Qu'est-ce que vous guettez ?
J'suis pas une bête curieuse, moi ! Qu'est-ce que vous attendez ? Ah ! vous attendez que j'saute ! Ah ! un assassin, c'est intéressant un assassin ! J'suis un assassin ! Mais les assassins, ça court les rues ! Y'en a partout ! Tout le monde tue ! Tout le monde tue un p'tit peu ! Seulement, on tue en douceur, alors ça s'voit pas ! C'est comme le sable, c'est en dedans ! Là, en dedans (il frappe sa poitrine) !
Alors, foutez le camp ! Foutez le camp ! Allez-vous en ! Rentrez chez vous, vous lirez ça dans le journal ! Ça sera imprimé ! Tout sera imprimé ! Tout ! Et puis vous le lirez ! Et puis vous le croirez ! Parce que, dans les journaux, on raconte tout ! Hein ! Y sont bien renseigné les journaux ! Allez, foutez le camp, vous allez attraper froid ! Débinez-vous ! Laissez-moi seul ! Tout seul, vous entendez ! J'veux qu'on m'foute la paix ! La paix ! J'suis fatigué ! J'ai plus confiance ! C'est fini ! Fini, vous entendez !

    Le jour se lève 4

 

A noter que ce film fut interdit quelques mois après sa sortie par les autorités de Vichy, qui le jugeaient trop démoralisant. Un plan montrant Arletty sous sa douche fut en outre censuré... et jamais remonté depuis 1939. Il ne subsiste de cette séquence qu'une photographie, reproduite dans l'ouvrage de Joseph-Marie Lo Duca, L'érotisme au cinéma (Jean-Jacques Pauvert).

 

Un mot, enfin, sur les éditions DVD du Jour se lève. Celle proposée par Studio Canal est assez décevante, avec une image faiblement contrastée et une bande son parfois à peine audible. Côté bonus, l'éditeur assure un service minimum, avec seulement la bande annonce de l'époque et la présentation de la Collection Gabin. L'édition commercialisée par Criterion (zone 0) n'est pas plus riche en supplément. Le packaging est cependant plus séduisant.

Album du film

 

Ma note - 5/5

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Peter Ibbetson

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Peter-Ibbetson-1.jpg
 
Synopsis
 
Dans les environs de Paris, au XIXème siècle, une veuve d'origine anglaise, madame Pasquier (Elsa Buchanan), vit avec son jeune fils de 8 ans, Peter (Dickie Moore), surnommé Gogo. Une simple grille sépare leur propriété de celle qu’habitent Mimsey (Virginia Weidler), une petite anglaise, et ses parents. Gogo et Mimsey, malgré quelques querelles enfantines (ainsi se disputent-ils la possession de planches, le premier pour construire un chariot, la seconde afin de bâtir une maison pour ses poupées), sont unis par un amour pur. La mort de madame Pasquier va toutefois brutalement les arracher l’un à l’autre. Le garçonnet est en effet confié à son oncle, le colonel Forsythe (Douglass Dumbrille), qui l’emmène en Angleterre

Quelques années plus tard, Peter (Gary Cooper) est devenu architecte chez Throckmorton et Slade, à Londres. Mais las de son travail, il annonce à son employeur son intention de démissionner et de partir en Amérique. Celui-ci, cependant, l’en dissuade, l’engageant à prendre quelques jours de vacances à Paris.

Lors de son séjour, il croise le major Duquesnois (Christian Rub), un ancien soldat de Napoléon qui fréquentait autrefois la maison de Mimsey. Une rencontre qui lui donne envie de revoir les lieux de son enfance. Accompagné d’une jeune femme (Ida Lupino) dont il a fait la connaissance dans un musée, il se rend donc dans la propriété où il a grandi. Se promenant dans le parc à l’abandon, il revit alors avec émotion les étapes de sa tentative de fuite avec Mimsey, le jour de son départ avec son oncle.

Son travail le rappelle bientôt en Angleterre. On lui demande de se rendre dans le Yorkshire, pour élaborer les plans des nouvelles écuries du duc de Towers (John Halliday). Mais ne partageant pas les vues du duc, qui souhaite faire construire de nouveaux bâtiments, tandis qu’une restauration lui semble préférable, il s’apprête à regagner Londres. Sa rencontre avec la duchesse Mary (Ann Harding) va cependant l’inciter à rester. Les jeunes gens vont peu à peu s’éprendre l’un de l’autre. Ayant percé leurs sentiments, le duc profite d’un dîner pour leur demander de s'expliquer. Peter avoue alors que la duchesse l’a délivré de son obsession pour Mimsey. Que son visage est le seul à avoir réussi à effacer celui de la fillette. Mary comprend soudain que l’architecte n’est autre que Gogo, son ami d'enfance...    
 
Fiche techniquePeter Ibbetson - Affiche 

Film américain
Année de production : 1935
Durée : 1h28
Réalisation : Henry Hathaway
Image : Charles Lang
Avec Gary Cooper (Peter Ibbetson), Ann Harding (Mary, Duchesse de Towers), John Halliday (Duc de Towers), Ida Lupino (Agnes), Douglass Dumbrille (Colonel Forsythe), Virginia Wielder (Mimsey), Dickie Moore (Gogo)... 
 

 
Critique 
 
Peter Ibbeston est l’adaptation du roman éponyme de George Du Maurier, père de Daphné, à qui l'on doit L’auberge de la Jamaïque, Rebecca et Les oiseaux, portés à l’écran par Alfred Hitchcock. Ce film est l’un des emblèmes du Surréalisme. Ado Kyrou, écrivain de cinéma et réalisateur, disait à son sujet, dans Le Surréalisme au cinéma (1953), que les spectateurs de cette oeuvre reçoivent des chocs libérateurs qui leur donnent les clés nécessaires à la prise de la citadelle, prétendue inviolable, de la vie terrestre. André Breton écrivait quant à lui dans L’amour fou (1937) qu’il est le triomphe de la pensée surréaliste. 
 
Rien ne me paraît mieux définir le héros de ce film que ces quelques lignes d’une lettre d’Alain Fournier adressée à son beau-frère, Jacques Rivière (4 juillet 1910), à propos du personnage principal de son roman : Meaulnes, le grand Meaulnes, le héros de mon livre, est un homme dont l’enfance fut trop belle. Pendant toute son adolescence, il la traîne après lui. Par instants, il semble que tout ce paradis imaginaire qui fut le monde de son enfance va surgir au bout de ses aventures, ou se lever sur un de ses gestes…Mais il sait déjà que ce paradis ne peut plus être. Il a renoncé au bonheur. Peter Ibbetson a eu, lui aussi, une enfance trop belle, ici magnifiquement mise en image par Charles Lang, le chef opérateur d’Hathaway (oscarisé en 1934 pour L’adieu aux armes de Frank Borzage). Dès les premières scènes, une aura irréelle baigne le jardin où s’amusent, où se disputent les deux enfants.
 
Peter-Ibbetson-3.jpg
 
La mort de la mère de Peter et l’arrivée de son oncle vont cependant anéantir l’éden de leur enfance. A partir de ce moment, la photographie bascule peu à peu du mode élégiaque, lyrique, à l’expressionisme et au film noir. Dans le même temps, les éléments du décor deviennent autant d’obstacles à l’amour passionnel que se portent les deux héros. On relèvera notamment l’omniprésence des grilles (je compte d'ailleurs consacrer prochainement à ce thème un dossier) : autour des écuries du duc de Towers, au tribunal, dans la prison bien sûr, dans la propriété parisienne de la famille de Peter. Même les rayons de lumières se muent en d’immatériels barreaux (voir l'album du film).
 
Après la condamnation de Peter, ce paradis ne sera plus accessible aux deux amants que par l’imaginaire. Le spectateur plongera alors dans une atmosphère onirique, faite d’étranges allées bordée de hautes-futaies (là encore, on songe à Augustin Meaulnes découvrant le Domaine mystérieux), d’un château de conte de fée -façonné avec des nuages, le ciel et les étoiles, dit Peter à Mary- qui sera détruit par la foudre, de forêts où les deux amants se réuniront spirituellement au pied d’un arbre de vie…
 
Peter-Ibbetson-6.jpg
 
Côté interprétation, Gary Cooper, loin des héros virils auxquels il était habitué à l’époque, livre ici l’une de ses prestations les plus émouvantes, les plus sensibles, tout en restant pourtant d’une grande sobriété dans son jeu. L’un des moments les plus bouleversants du film est sans doute son pèlerinage sur les lieux de son enfance. Et en particulier son regard lorsqu’il contemple le mur qu’il avait essayé d’enjamber avec Mimsey pour échapper à son oncle. Ann Hardingest en revanche trop évaporée pour véritablement toucher. On remarquera par contre la courte apparition d'Ida Lupino, dans un rôle joliment sensuel. Il s’agit là de sa première apparition notable à l’écran. On la verra par la suite chez Raoul Walsh (Une femme dangereuse, High sierra), Michael Curtiz (Le vaisseau fantôme), Nicholas Ray (La maison dans l’ombre), Fritz Lang (La cinquième victime), Robert Aldrich (Le grand couteau) ou encore Sam Peckinpah (Junior Bonner, le dernier bagarreur). Elle réalisera même quelques films (Avant de t’aimer, Outrage, Le voyage de la peur).
 
Peter Ibbeston est sans doute l’un des films les plus poétiques -j’espère que ce n’est pas un mot obscène pour certains !- de l’histoire, que l’on peut redécouvrir grâce à Wild Side dans une copie d’assez bonne qualité. Cette édition propose en outre un portrait d'Henry Hathaway par Patrick Brion, Bertrand Tavernier et Noël Simsolo, et une présentation du film par Bertrand Tavernier et Noël Simsolo.

Album du film
 
Ma note - 5/5

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L'espion noir (Spy in black)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

L'espion noir 2     
Synopsis
 
En 1917. Sous la pression de l’amiral Tirpitz, l’Allemagne mène une guerre sous-marine à outrance en coulant tous les navires se rendant au Royaume-Uni, même les neutres. Les Allemands espèrent ainsi étouffer l’économie britannique et la contraindre à se retirer du conflit. C’est dans ce contexte que le capitaine Hardt (Conrad Veidt), commandant de l’U-Boot 29, reçoit l’ordre de reprendre la mer. Mais il ne s’agit pas cette fois d’une mission de combat. L’objectif est de rejoindre avec son sous-marin l’archipel des Orcades, au nord de l’Ecosse, et d’entrer en contact avec Frau Tiel (Valerie Hobson), une espionne allemande ayant pris l’identité d’une institutrice, Anne Burnett (June Duprez). Débarqué de nuit sur la côte écossaise, Hardt entre bientôt en relation avec la jeune femme, qui lui fait rencontrer le lieutenant Ashington (Sebastian Shaw), un officier anglais aigri d’avoir été dégradé à la suite du naufrage de son navire à Chypre. Il offre la possibilité à Hardt d’attaquer la flotte britannique au mouillage dans l’île…
 
Fiche techniqueL-espion-noir---Affiche.jpg
 
Film britannique
Année de production : 1939
Durée : 1h22
Réalisation : Michael Powell
Image : Bernard Browne
Avec Conrad Veidt (Capitaine Hardt), Sebastian Shaw (Lieutenant Ashington/David Blacklock), Valerie Hobson (Frau Tiel/Jill Blacklock), Marius Goring (Lieutenant Schuster)...  
 


Critique
 
L’espion noir, adaptation d’un roman de J Storer Clouston, est une curiosité à plus d’un titre. D’abord parce qu’il marque la première collaboration entre Michael Powell et Emeric Pressburger. Une rencontre rendu possible par Alexandre Korda, l'un des principaux artisans de l'industrie du film britannique de l’époque (il est le fondateur de la London Films et l’auteur, entre autres, de Marius (1931), de La Vie privée d'Henry VIII (1933) et de Rembrandt (1936)). Ensuite, n’ayant pas été distribué en France après la guerre, il resta longtemps invisible du public français. Et comme aucune édition DVD n’est actuellement proposée à la vente (du moins à ma connaissance), cette situation ne devrait pas s'arranger. A moins d'avoir la chance, comme moi, que l'une des rares copies circulant actuellement en France soit projetée dans un cinéma proche de chez vous.
        
L'espion noir 3
 
L’espion noir, film de genre somme toute assez classique, n’en est pas moins pleinement maîtrisé. Le récit se déroule avec précision, sans temps mort, multipliant les renversements de situation, les fausses pistes. Comme dans un film d’Hitchcock (il faut se souvenir que Powell fit la connaissance de celui-ci sur le tournage de Champagne, où il officiait en tant que photographe de plateau, et qu'il l'assista ensuite sur Blackmail), le suspense est parfaitement préservé jusqu’à la fin. Les paysages brumeux des Orcades contribuent largement à entretenir ce climat de tension, que nuance néanmoins avec bonheur une galerie de seconds rôles assez pittoresques, en tête desquels on peut citer le révérend Matthews (Athole Stewart) et sa femme (Agnes Lauchlan), ainsi que le fiancé d’Anne Burnett, le révérend Harris (Cyril Raymond), dont l’arrivée inopinée donne lieu à une scène pleine d'humour. 
 
Sur le plan esthétique, on relèvera l’influence encore marquée de l’expressionnisme allemand, que l’on doit sans doute à Alexander Korda, qui travailla à Vienne et Berlin dans les années 1920. L’un des plus beaux plans du film -celui où Hardt surprend la conversation entre Frau Tiel et le lieutenant Ashington- s’inscrit d’ailleurs fortement dans ce mouvement artistique.
     
L'espion noir 1
 
Ce film est encore l’occasion de revoir, dans l’une de ses dernières apparitions à l’écran, Conrad Veidt, célèbre pour avoir tenu le rôle de Cesare dans Le Cabinet du docteur Caligari (1920). Il fut également à l’affiche du très beau Cabinet des figures de cire (1928) de Paul Leni et Leo Birinsky. Son personnage dans L'Homme qui rit, du même Paul Leni, inspirera plus tard celui du Joker, ennemi juré de Batman. Avant son décès, en 1943, il eu l’occasion de retourner sous la direction de Michael Powell, dans le remake du film de Raoul Walsh, Le voleur de Bagdad, puis incarna le major Strasser dans Casablanca (1942), de Michael Curtiz. On retiendra également la présence à l’affiche de L’espion noir de Marius Goring, qui débuta sa carrière dans Rembrandt de Korda et tiendra en 1948 le rôle de Julian Craster dans Les chaussons rouges. 
 
Faisons un rêve, pour conclure : que ce film bénéficie un jour d’une édition DVD… 
 
Ma note - 4/5

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