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Agora

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Agora 1
 
Synopsis
 
Hypatie (Rachel Weisz) est une philosophe agnostique attachée au progrès du savoir. Fille de Théon (Michael Lonsdale), gardien de la bibliothèque, elle dirige l'école néoplatonicienne d'Alexandrie dans le Sérapéum qui la jouxte. Elle enseigne les théories d'Euclide et tente d'approfondir le modèle géocentrique de Ptolémée pour déterminer les lois exactes qui régissent l'univers. L'esclave égyptien Davus (Max Minghella) est à son service et l'assiste dans ses cours. Secrètement amoureux de sa maîtresse, il fabrique une maquette du système de Ptolémée pour l'impressionner. Mais sa condition lui rend Hypatie inaccessible. Rejeté, il se tourne vers le prêcheur chrétien Ammonius (Ashraf Barhom), dont l’influence l’amène à se convertir au Christianisme… 
 
Fiche techniqueAgora - Affiche
 
Film espagnol
Année de production : 2009
Durée : 2h07
Réalisation : Alejandro Amenábar
Image : Xavi Giménez
Avec Rachel Weisz (Hypathie), Max Minghella (Davus), Oscar Isaac (Oreste), Michael Lonsdale (Théon d'Alexandrie), Rupert Evans (Synésius), Sami Samir (Saint Cyrille)...
 


Critique 
 
Le débat autour d’Agora a essentiellement porté sur sa réalité historique et la vision qu’Amenábar nous donne de la communauté chrétienne d’Alexandrie au Vème siècle de notre ère, et en particulier du Patriarche Cyrille. Au cours de mes recherches, j’ai eu l’occasion de lire les réactions pour le moins enflammées de fidèles, qui se sentaient insultés par le propos du cinéaste hispano-chilien. Pour les non-croyants, au contraire, cette évocation de la vie de la philosophe et mathématicienne Hypatie était la preuve évidente que religion a toujours rimé avec intolérance. De commentaires sur les qualités artistiques du film, il y en eut finalement assez peu…

Même si je considère que la question de l’exactitude historique des œuvres de fiction est secondaire, à condition qu'il n'y ait pas falsification absolue de la vérité (voir à ce sujet l’article que j’ai consacré aux Adieux à la Reine de Benoît Jacquot), la controverse a été assez vive, çà et là, pour qu’il ne soit pas complètement vain de revenir sur les faits décrits dans Agora. Eh oui ! je vais reprendre mon ton docte et pontifiant, qui me fait si souvent écrire des bêtises… 
 
Rappelons tout d’abord qu’Amenàbar n’est pas le premier à reprendre la thèse de l’assassinat d’Hypatie par Cyrille -ou, du moins, par ses partisans. Dans la Souda, encyclopédie grecque de la fin du IXème siècle, on peut lire : [Hypatia] was torn to pieces by the Alexandrians, and her body was violated and scattered over the whole city. She suffered this because of envy and her exceptional wisdom, especially in regard to astronomy. According to some, [this was the fault of] Cyril, but according to others, [it resulted] from the inveterate insolence and rebelliousness of the Alexandrians (Suda on line : Byzantine lexicography).
 Agora 2
 
Le confesseur de Louis XV, l’abbé Fleury (pas un athée, donc…), évoqua aussi ces évènements dans son Histoire ecclésiastique (1691) : Croyant qu’Hypatie, femme illustre, empêchait le Préfet de se réconcilier avec l’Evêque, des gens emportés conduits par le Lecteur Pierre la traînèrent à l’église nommée le Césaréon, la mirent en pièces et brûlèrent son corps
 
Dans son Examen important de Milord Bolingbroke ou le tombeau du fanatisme (1767), Voltaire –pour le coup, plus suspect, par son déisme, que le bon abbé Fleury…- porta des accusations plus précises : Y a-t-il rien de plus horrible et de plus lâche que l’action des prêtres de l’Evêque Cyrille, que les Chrétiens appellent Saint Cyrille ? Il y avait dans Alexandrie une fille célèbre par sa beauté et par son esprit ; son nom était Hypatie. Elevée par le philosophe Théon, son père, elle occupait, en 415, la chaire qu’il avait eue, et fut applaudie pour sa science autant qu’honorée pour ses mœurs ; mais elle était païenne. Les dogues tonsurés de Cyrille, suivis d’une troupe de fanatiques, l’assaillirent dans la rue lorsqu’elle revenait de dicter ses leçons, la traînèrent par les cheveux, la lapidèrent et la brûlèrent, sans que Cyrille le saint leur fît la plus légère réprimande
 
Agora 3 
Diderot, dans un l’article sur l’Eclectisme de l’Encyclopédie (volume V – 1755) ne fut pas moins clair sur ce sujet : [Cyrille] avait fait quelques démarches pour se réconcilier avec le Préfet ; ces tentatives ne lui avaient pas réussi, et il portait au-dedans de lui-même le ressentiment le plus vif contre ceux qu’il soupçonnait de l’avoir traversé dans cette occasion. Hypatie en devint l’objet particulier. Le Patriarche ne put lui pardonner ses liaisons avec le Préfet […] ; il irrita contre elle la populace. Un certain Pierre, Lecteur dans l’église d’Alexandrie, un de ces vils esclaves sans doute, tels que les hommes en place n’en ont malheureusement que trop autour d’eux […] ; cet homme donc ameute une troupe de scélérats, et se met à leur tête ; ils attendent Hypatie […], fondent sur elle comme elle se disposait à rentrer, la saisissent, l’entraînent dans l’église appelée Césaréon, la dépouillent, l’égorgent, coupent ses membres par morceaux, et les réduisent en cendres. 
 
A noter que le déroulement des évènements diverge d’une version à l’autre. Dans la notice qu’il consacra à Hypatie dans Mulierum philosopharum historia (1690), le grammairien Gilles Ménage nota que ses assassins l’attendirent un jour comme elle revenait de quelque part, sans plus de précision, tandis que pour Edouard Gibbon (Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, Volume 12, 1776-1788) Hypatie, qui rentrait chez elle, fut arrachée de son char, indiquant en outre que de l’argent arrêta l’enquête qui suivit ce forfait. Le baron Etienne Félix d'Henin de Cuvillers rapporta quant à lui, dans les Archives du magnétisme animal (1819), qu’elle fut arrêtée dans le temps qu’elle se rendait à son école
 
Agora 4 
Ces différentes relations trouvent leur source dans le septième livre de l’Histoire de l’Eglise (achevée vers 440) de Socrate le Scolastique : Il y avait dans Alexandrie une femme nommée Hypatie […] qui avait fait un si grand progrès dans les sciences qu'elle surpassait tous les philosophes de son temps, et enseignait dans l'école de Platon et de Plotin […]. Mais parce qu'elle avait amitié particulière avec Oreste, elle fut accusée d'empêcher qu'il ne se réconciliât avec Cyrille. Quelques personnes transportées d'un zèle trop ardent, qui avaient pour chef un Lecteur prénommé Pierre, l'attendirent un jour dans les rues, et l'ayant tirée de sa chaise, la menèrent à l'église nommée Césaréon, la dépouillèrent, et la tuèrent à coups de pots cassés. Après cela ils hachèrent son corps en pièces, et les brûlèrent dans un lieu appelé Cinaron. Une exécution aussi inhumaine que celle-là couvrit d'infamie non seulement Cyrille, mais toute l'Eglise d'Alexandrie, étant certain qu'il n'y a rien de si éloigné de l'esprit du Christianisme que le meurtre et les combats. Cela arriva au mois de mars durant le Carême, en la quatrième année du Pontificat de Cyrille, sous le dixième Consulat d'Honorius, et le sixième de Théodose. 
 
Les faits exposés ici sont toutefois à considérer avec quelque prudence, car Socrate le Scolastique relata ces évènements une vingtaine d’années après leur déroulement. Par ailleurs, comme tout les Constantinopolitains, il nourrissait probablement un certain dédain envers la rudesse et la violence des Alexandrins (A la recherche d’Hypatie, John Thorp, congrès de la Fédération des sciences humaines et sociales, 30 mai 2004). Il n’est donc pas impossible qu’il eût intérêt à charger Cyrille. D’autant qu’il était Novatien, un courant en marge de l’Eglise dite officielle. Or, Cyrille fit fermer les églises que les Novatiens avaient dans la ville (Histoire de l’Eglise, livre VII, chapitre 7). 
 
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Malgré ces réserves, il n’en est pas moins vrai que, Socrate, écrivain chrétien, prend ici la défense d’une païenne, ce qui ne laisse pas de poser des questions. Surtout si l’on considère que Jean, évêque de Nikiou (fin du VIIème siècle), pourtant sectateur de Cyrille et ouvertement adversaire d’Hypatie, fait sienne la thèse développée par l’auteur de l’Histoire de l’Eglise : Dans ces temps il y avait à Alexandrie une païenne, philosophe, nommée Hypatie qui, constamment occupée de magie, d’astrologie et de musique, séduisait beaucoup de gens par les artifices de Satan. […] La foule des fidèles du Seigneur, sous la conduite de Pierre le magistrat, qui était un parfait serviteur de Jésus-Christ, se mit à la recherche de cette femme païenne […]. Ayant découvert l’endroit où elle se trouvait, les fidèles, en y arrivant, la trouvèrent assise en chaire. Ils l’en firent descendre et la traînèrent à la grande église nommée Césaréon. […] Puis, l’ayant dépouillée de ses vêtements, ils la firent sortir, la traînèrent dans les rues de la ville jusqu’à ce qu’elle mourût et la portèrent à un lieu appelé Cinaron, où ils brûlèrent son corps. Tout le peuple entourait le Patriarche Cyrille et le nommait le nouveau Théophile, parce qu’il avait délivré la ville des derniers restes de l’idolâtrie (Chronique de Jean, Evêque de Nikiou - Texte éthiopien, chapitre 84). 
 
Régine Pietra, professeur émérite (Université Pierre Mendès France-Grenoble II), reconnaît l’existence d’autres hypothèses concernant l’identité des assassins d’Hypatie. Néanmoins, elle ne fait pas mystère de sa propre pensée : Disons que, s’il n’est pas directement la cause du meurtre, [Cyrille] y a contribué par son autoritarisme, qui n’est mis en doute par personne (Les femmes philosophes de l'Antiquité gréco-romaine, L’Harmattan, 1997). Elle va même jusqu’à affirmer que le meurtre d’Hypatie a déconsidéré l’Eglise. Nous ne serions cependant pas exhaustif si nous omettions de signaler que Louise Bruit-Zaidman -également professeur émérite (Université Denis Diderot-Paris VII)- a reproché à l’auteur de ces lignes ses affirmations aventureuses, en raison du caractère très disparate de ses sources et de leur utilisation pas toujours critique (revue Clio, n° 7, 1998). 
 
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On pourrait multiplier les citations. On ne serait pas plus avancé. L’identité du (ou des) responsable(s) de la mort d’Hypatie demeurera, à bien des égards, entourée d’un halo mystérieux -même si de nombreux indices convergent vers Cyrille et ses partisans. Un fait est tout de même établi : la jeune femme fut bel et bien lynchée un jour de mars 415. Un tel acte, outre son abjection, n’est jamais gratuit. A-t-elle été livrée à la vindicte populaire parce qu’elle était une femme ? Pour des motifs politiques ? Religieux ? Peut-être -sans doute ?- pour ces trois raisons... Quoi qu’il en fût, ce fut une ignominie et c’est bien le point le plus important… 
 
Concernant sa personnalité et l’importance de ses travaux, là aussi, difficile de se forger une opinion exacte, tant les points de vue diffèrent, tant son image a été instrumentalisée. Et cela, même de son vivant : Ainsi Hypatie devenait-elle symbole de l’anéantissement de la femme sage et immaculée ou, au contraire, de la séductrice démoniaque. À Byzance, elle représentait la femme savante ; au siècle des Lumières, elle incarnait le combat de la science libérée de la théologie. Pour les théologiens, elle était une figure intemporelle du démoniaque et de la magie. Aujourd’hui, elle représente la symbiose réussie de la science, de la sagesse et de la féminité (Hypatie d’Alexandrie, Henriette Harich-Schwarzbauer, revue Clio, n° 35, 2012). 
 
Au-delà des fantasmes que la légende a générés, on peut tout de même supposer qu’Hypatie avait un caractère bien trempé, ainsi que le montre une anecdote rapportée dans la Souda, et reprise dans le film d’Amenábar (photo) : She was so very beautiful and attractive that one of those who attended her lectures fell in love with her. He was not able to contain his desire, but he informed her of his condition. Ignorant reports say that Hypatia relieved him of his disease by music ; but truth proclaims that music failed to have any effect. She brought some of her female rags and threw them before him, showing him the signs of her unclean origin, and said : You love this, O youth, and there is nothing beautiful about it. His soul was turned away by shame and surprise at the unpleasant sight, and he was brought to his right mind
 
Agora 7 
On dispose d’une source primaire précieuse pour nous éclairer sur ses travaux, Synésius de Cyrène, l’un de ses étudiants, et évêque de Ptolémaïs, en Cyrénaïque (à noter une erreur dans le film, puisque, lorsqu’il suit les cours d’Hypatie, il appartient déjà au groupe de ses élèves chrétiens, or il fut baptisé bien plus tard). Ses lettres, au nombre de 156 (Correspondance, Editions Les belles lettres, 2003) ou de 157 (Œuvres de Synésius, Librairie Hachette, 1878), nous sont parvenues et ont été publiées. Le nom de son professeur y est mentionné une dizaine de fois. En 396, lors de son séjour en Grèce, il écrivait à son frère : De nos jours, c’est en Egypte que se développent, grâce à Hypatie, les germes féconds de la philosophie (lettre XIII). En 401, de Cyrène, il notait, s’inspirant de L’Iliade (chant XXII), Nul souvenir ne reste aux morts dans les Enfers, mais je m’y souviendrai pourtant de ma chère Hypatie (lettre XXIV), prouvant ainsi son extrême attachement à la jeune femme. En 402 (lettre LII), il demanda à la mathématicienne de fabriquer un hydroscope (sans doute un instrument pour connaître le poids de l’eau, selon Pierre de Fermat). Deux ans plus tard, il lui adressa un très long courrier (lettre LXIII), sur lequel nous reviendrons plus loin, car il nous donne un exemple de l’intolérance régnant alors à Alexandrie. 
 
En 413, de son évêché de Ptolémaïs, Synésius déclarait à Hypatie qu’il la comptait comme l’unique bien qui me reste, avec la vertu (lettre CLIV). Peu de temps après, il lui écrivit de nouveau, apportant un témoignage émouvant du lien qui l’unissait à elle : Votre silence ajoute encore à tous mes maux. J’ai perdu mes enfants [Synésius avait été marié avant d’être ordonné], mes amis, l’affection de tous ; je regrette surtout la vôtre, qui m’était si précieuse (lettre CLVI). Son dernier échange (lettre CVLII) lui était également destinée : C’est du lit où me retient la maladie que j’ai dicté pour vous cette lettre ; et puisse-t-elle vous trouver en bonne santé, ô ma mère, ma sœur, ma maîtresse [ces trois marques d’affections sont prononcées par Synésius dans le film], vous à qui je dois tant de bienfaits et qui méritez de ma part tous les titres d’honneur ! Synésius est probablement mort peu de temps après. Dans ses derniers jours, c’est donc vers Hypatie qu’il se tourna pour obtenir un peu de réconfort, ultime preuve de son respect et de son admiration pour cette femme, et donc de la valeur que celle-ci représentait pour lui. 
 
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Le contenu des lettres de Synésius est cependant remis en cause par certains auteurs, comme Henriette Harich-Schwarzbauer, qui parle de fiction littéraire, suspectant que sa relation privilégiée avec Hypatie a pu être inventée de toute pièce par l’Evêque de Ptolémaïs afin de se donner de l’importance et perpétuer ainsi sa propre memoria. Martin Hose a soutenu la même théorie en 2001, dans Der Bischof und die Philosophin - Inszenierung des Paares in den Briefen des Synesios an Hypatia. Une affirmation assez fumeuse, entendu que Synésius se plaignait dans son avant-dernier courrier de l’indifférence de son amie, de son absence de réponse : Depuis longtemps je vous reprochais de ne pas m’écrire ; mais aujourd’hui je vois que tous vous me délaissez. Ce n’est point que j’aie des torts envers vous ; mais je suis malheureux, aussi malheureux qu’on peut l’être. Si du moins j’avais pu recevoir des lettres de vous (lettre CLVI). S’il avait voulu se parer de ce lien affectif, jugé illustre, pourquoi laisser entendre qu’il était, dans les derniers temps, à sens unique ? Ce n’est pas valorisant pour lui, donc pas très crédible. De plus, Synésius est mort un an avant Hypatie. Même si celle-ci jouissait déjà d’une certaine réputation, il ne pouvait imaginer que sa tragique disparition l‘élèverait au rang de figure quasi mythologique, ce qui assurerait à lui-même, du fait de leur amitié, une immortalité mnémonique… 
 
La valeur des travaux d’Hypatie est également soumise à discussion (il faut bien que les universitaires s’occupent…). Pour Christian Lacombrade, par exemple, les circonstances épouvantables de sa mort ont largement contribué à créer sa légende et à surestimer son savoir : Hypatie doit plus à sa fin horrible qu’à ses travaux de ne pas avoir été oubliée (Hypatia, Reallexikon für Antike und Christentum, Hofzeremoniell, 1994). D’autres, par le fait qu’elle était une femme, qui plus est belle et réputée vierge, auraient projeté leurs désirs et leurs souhaits sur sa personne (Henriette Harich-Schwarzbauer). En d’autres termes, tombés amoureux, en imagination, de leur objet d’étude, ils auraient surévalué ses qualités. Un peu comme Norbert Hanold fantasmait devant le bas-relief représentant Gradiva. Un point de vue un brin misogyne, même s’il est dû à une femme… 
 
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Dans les sources antiques, Synésius, Socrate le Scolastique, Jean de Nikiou et la Souda parlent d’Hypatie comme d’une philosophe. Synésius laisse aussi entendre qu’elle était versée dans les sciences expérimentales. Outre l’hydroscope qu’elle lui construisit (lettre LII), elle semble en effet l’avoir assisté dans la fabrication d’un astrolabe : Je vous apporte un présent, le plus convenable que je puisse vous offrir et que vous puissiez recevoir : c’est un planisphère de mon invention. La vénérable philosophe [Hypatie] dont je suis le disciple m’a aidé de ses conseils (A Paeonius, sur le don d’un astrolabe). 
 
Damascius, dernier scolarque de l'Académie d'Athènes, releva dans un texte que son maitre, Isidore, était très différent d'Hypatie, non seulement comme un homme est différent d'une femme, mais aussi comme un vrai philosophe est différent d'un géomètre. Etre géomètre exclurait donc la possibilité d’être un vrai philosophe ? La tradition –elle aussi sujet de controverses entre traducteurs- rapporte pourtant que sur le fronton de l’école fondée à Athènes par Platon était inscrit Ἀγεωμέτρητος μηδείς εἰσίτω, Que nul n'entre ici s'il n'est géomètre (Jean Philopon, Commentaire sur le De anima d'Aristote). Il n’y aurait par conséquent pas incompatibilité. D’autant que pour Platon lui-même, les sciences, notamment la géométrie, participaient à la formation du philosophe (La République, livre VII). Par ailleurs, Damascius tint un discours diamétralement opposé sur Hypatie dans un autre fragment, où il affirma qu’elle fut elle-même une philosophe renommée. Cette contradiction amène John Thorp à considérer ces deux écrits comme peu fiables. 
 
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Jean de Nikiou dit de son côté qu’elle s’occupait d’astrologie et de musique (cette discipline faisait partie, pour les Grecs, des mathématiques appliquées). Philostorgius, quant à lui, mit en avant ses travaux d’astronomie (Histoire ecclésiastique, livre III, chapitre 9). 
 
Henriette Harich-Schwarzbauer précise qu’Hésychios de Milet fut le seul auteur de l’antiquité à citer des écrits d’Hypatie. On trouve ces mentions dans un catalogue du savoir païen, l’Onomatologos (VIème siècle) : Les écrits répertoriés par Hésychios relèvent du domaine des mathématiques et de l’astronomie. Aucun écrit philosophique n’est mentionné. Il s’agirait de commentaires des œuvres de Diophantos (Arithmetica) et d’Apollonios de Pergé (Konika). Un troisième texte apparaît dans la Souda, l’Astronomikos Kanon, peut-être un commentaire des Procheiroi Kanones de Ptolémée : Hypatie, écrivit Paul Tannery, a commenté Les tables astronomiques, qui font partie de l’Almageste, comme son père avait commenté Les tables mensuelles de Ptolémée (L’article de Suidas sur Hypatia, Annales de la Faculté des Lettres de Bordeaux, tome II, 1880). 
 
On le voit, là encore, on reste dans le flou, même si plusieurs sources concordent pour dire qu’Hypatie était une mathématicienne : Elle a enseigné ex cathedra la géométrie, l’algèbre et l’astronomie (Les femmes dans la science, André Rebière, conférence faite au Cercle Saint-Simon, 24 février 1894). 
 
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In fine, la position -argumentée et impartiale, car visant à faire la part du mythe dans la biographie d’Hypatie- défendue par John Thorp lors du congrès de la Fédération des sciences humaines et sociales, nous paraît la plus crédible. Selon le philosophe canadien, elle fut la première femme universitaire de la tradition occidentale […]. Elle semble être la première à s'engager dans la recherche et l'enseignement. Elle aurait surtout publié des commentaires de textes techniques en mathématiques et astronomie (on en a la preuve par l’Onomatologos  et la Souda, comme on vient de le voir). Incorporés dans ces œuvres, ses écrits sont difficiles aujourd’hui à identifier. Ceux qui ont tenté de les isoler ont conclu qu’ils étaient essentiellement d’ordre exégétique. Aussi faut-il sans doute voir Hypatie plus comme un professeur, auteur de manuels, que comme un génie créateur en mathématiques. Elle aurait toutefois eu cet immense mérite d’offrir à ses élèves le moyen de réconcilier leur culture païenne avec l’exigence du Christianisme (John Thorp). Peut-être est-ce cela qui irrita Cyrille ? 
 
La personnalité du Patriarche d’Alexandrie n’est pas plus facile à cerner, tant les passions s’exacerbent autour de sa personne. Pour Diderot, celui qui occupait alors le siège patriarcal d’Alexandrie, était un homme impérieux et violent (Encyclopédie, volume V – 1755). Gibbon n’est pas moins sévère : Elevé dans la chaire de l’Archevêque Théophile son oncle, il y contracta l’habitude du zèle et l’amour de la domination […]. Sa voix excitait ou calmait les passions de la multitude (Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, Volume 12, 1776-1788). 
 
Agora 12 
Les auteurs de ces lignes n’étant pas tout à fait neutres, il convient d’aller aux sources primaires pour se forger une opinion, à savoir les Lettres Festales du religieux. Ces courriers adressés chaque année aux communautés d'Égypte pour les informer de la date de Pâques, sont très éclairants sur sa pensée, notamment à l’égard des Juifs. John J O’Keefe, du département théologique de l’Université de Creighton, à qui l’on doit l’introduction de l’édition américaine de cet ouvrage, relève : Indeed, one of the most striking -and troubling- aspects of the twenty-nine letters is the constant stream of anti-Jewish rhetoric […]. It is easy to add to this a litany of citations reflecting Cyril's conviction that the Jewish people have absolutely failed to follow God and have therefore been left behind (The fathers of the church, St Cyril of Alexandria (Festal letters 1-12), The Catholic University of America Press, 2009). 
 
Si le théologien observe que le Patriarche est juste un homme de son temps -the rhetoric of abuse was a part of the cultural world that Cyril inhabited- et que le terme antijuif n’a tien à voir avec l’antisémitisme moderne (Cyril's language is anti-Jewish, but not yet anti-Semitic), il n’exclut pas pour autant la possibilité que sa représentation de la culture juive ait pu avoir quelque influence dans les pires moments du XXème siècle : This culture would eventually contribute to the rise of modern anti-Semitism. 
 Agora 13
 
Les heurts entre Juifs et Chrétiens, tels que montrés dans le film d’Amenábar, ne furent pas rares à l’époque. On sait ainsi que Les juifs, qui se prévalaient […] de l’appui [d’Oreste] qui était d’accord avec eux […] complotèrent un massacre au moyen d’un guet-apens. Ils […] postèrent [des hommes]pendant la nuit, dans toutes les rues de la ville, tandis que certains d’entre eux criaient : l’église de Saint-Athanase l’Apostolique est en feu ! Chrétiens, au secours ! Les Chrétiens, ne se doutant point du piège, sortirent à leur appel, et aussitôt les Juifs tombèrent sur eux, les massacrèrent (Jean de Nikiou, chapitre 84). Suite à ces évènements, Cyrille mena le lendemain une multitude incroyable de peuple à la Synagogue, chassa les Juifs de la ville, et permit de piller leurs biens. Ce peuple fut exterminé de la sorte d'Alexandrie, où il s'était établi dès le temps d'Alexandre, Roi de Macédoine. […] De tels crimes méritaient l’animadversion […] ; mais l’acte d’hostilité que nous venons de décrire confondit les innocents et les coupables, et Alexandrie perdit une colonie riche et industrieuse (Socrate le Scolastique, livre VII, chapitre 13).  
 
Louis Jullien évoque cet épisode dans Les Juifs d’Alexandrie dans l’antiquité (Editions du Scarabée, 1944) : Le Patriarche Cyrille, fit usage de son autorité en ouvrant contre la colonie juive d'Alexandrie une campagne de persécutions au mépris du pouvoir […]. Le Préfet augustal, Oreste, favorable aux Juifs, avait fait bâtonner publiquement un agitateur antisémite ; mais cet homme était un admirateur du Patriarche et ce dernier se fâcha […]. Il fit comparaître les notables de la colonie juive et leur fit les plus terribles menaces. Les Juifs, irrités d'une telle attitude, se soulevèrent, cette fois contre les Chrétiens et en massacrèrent un bon nombre. Cyrille répondit en lâchant sur les Juifs la plèbe fanatique qui se rua sur les synagogues, les quartiers juifs, incendiant, pillant et massacrant tout ce qu'elle trouvait. Ensuite, sans se soucier le moins du monde des protestations du Préfet, le Patriarche chassa de la ville après l'avoir dépouillée, la communauté israélite tout entière qui s'élevait à une quarantaine de milliers d'âmes
 
Agora 14 
Ces affrontements sont reconnus par la recherche historique contemporaine. John J O’Keefe évoque ces confrontations et l’expulsion des Juifs d’Alexandrie : We have clear evidence that violence between Christians and Jews was on the rise in Alexandria, especially in the years 414-415, when a series of riots between the two groups resulted in injury and death. Eventually some of the Jews were expelled from the city altogether. This did not destroy the Jewish community, but it did weaken it significantly
 
Dans le cadre du projet européen RELMIN -dont l’objet est l’étude du statut des minorités religieuses dans l’espace euro-méditerranéen entre le Vème et le XVème siècle- a été publié un article intitulé Le législateur chrétien a-t-il persécuté les Juifs ? (2012), dans lequel on peut lire que dans la partie orientale de l’Empire, des habitations de Juifs et des synagogues furent endommagées ou incendiées. […] Les faits relatés rappellent les événements survenus à Alexandrie en 414, qui avaient impliqué le Patriarche Saint Cyrille dans la destruction du quartier juif
 
Compte tenu de ces éléments, on jugera pour le moins euphémiques les propos tenus par Benoit XVI en audience générale, le 3 octobre 2007, sur la Patriarche d’Alexandrie : A la mort de son oncle Théophile, Cyrille encore jeune fut élu Evêque de l'influente Eglise d'Alexandrie en 412, qu'il gouverna avec une grande énergie pendant trente-deux ans. Avec une grande énergie : voilà une singulière manière de qualifier un pogrom… Ceci dit, ne dit-il pas de Théophile qu’il dirigea d'une main ferme et avec prestige le diocèse alexandrin à partir de 385 ? 
 
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La fermeté de Théophile d’Alexandrie s’appliqua plus spécialement contre le Sérapéum. Quelques Chrétiens fervents –je ne dirai pas intégristes, pour ne pas susciter la polémique- se sont émus qu’Amenábar impute à leur communauté la responsabilité de la destruction de la bibliothèque de la capitale d’Alexandre le Grand. Ainsi peut-on lire sur le site Le salon beige (le blog d’actualité des laïcs catholiques, pour ceux qui ne le savent pas…) : Un film qui va jusqu'à inventer que ce sont des moines catholiques qui ont brulé la bibliothèque d'Alexandrie. Si, ils ont osé ! Et sont allés jusque là ! 
 
Ces commentateurs auraient dû être plus attentifs, car, dans le film, on ne parle pas de la bibliothèque, mais du Sérapéum, une annexe installée dans l’ancien sanctuaire dédié à Sérapis. Et n’en déplaise aux rédacteurs du Salon beige, la plupart des témoignages de l’Antiquité, hormis celui d’Evagre, donnent raison à la thèse développée par le cinéaste. Socrate, Sozomène ou encore Theodoret de Cyr se sont fait l’écho de ces saccages : Théophile […] obtint en ce temps la permission de l'Empereur de faire démolir les temples des païens [ce que montre Agora], et fit à l'heure même tout ce qu'il pût […] pour déshonorer leurs mystères. […] Il fit abattre le temple de Sérapis (Histoire de l’Eglise, livre V, chapitres 16 et 17). 
 Agora 16
 
Jean-Jacques Ampère, fils du physicien André-Marie Ampère, a priori peu suspect de vouloir porter tort à la religion chrétienne (du moins si l’on en croit les dernières lignes qui suivent), écrivit en 1868, dans son Voyage en Egypte et en Nubie, que la multitude […] poussée par l’Evêque Théophile, démolit avec fureur le Sérapéum, ce dernier refuge des superstitions égyptiennes et de l’école de Platon […]. Le Sérapéum était la forteresse du passé. Le passé, retranché dans l’Acropole, au cœur de la vieille Alexandrie, fut expulsé par le Christianisme, qui était l’avenir.

Alexandre Max de Zogheb reprit ce récit dans L’Eglise d’Alexandrie, une communication faite à l'Institut égyptien le 5 janvier 1894 : Théodose ordonna en 389 la destruction des temples égyptiens, ce qui amena grâce au zèle du Patriarche Théophile (385-412) des scènes regrettables de désordres et de meurtres. Ce dernier excita particulièrement la passion religieuse du peuple contre le temple de Sérapis, dont il fit briser les statues et disperser les livres
 
Un consensus existe également chez les auteurs contemporains, tels Jacques Schwartz (La fin du Sérapéum d’Alexandrie, Editions Alan E Samuel, 1966) et Françoise Thélamon (Païens et chrétiens au IVème siècle : l'apport de l'Histoire ecclésiastique de Rufin d'Aquilée, Etudes augustiniennes, 1981), qui affirment la destruction du Sérapéum. Tout comme Jacques-Olivier Boudon, pour qui l’année 391 vit sa déprédation [du Sérapéum] et sa fermeture après les affrontements entre païens et Chrétiens (Les Chrétiens dans la ville, Publications des Universités de Rouen et du Havre, 2006). 
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Les évolutions de l’Eglise sont souvent lentes. N’a-t-il pas fallu attendre 1992 pour que la Commission d'étude de la controverse ptoléméo-copernicienne mise en place en… 1981 par Jean-Paul II reconnût pour la première fois ses erreurs dans cette affaire ? Les membres de cette instance ne purent néanmoins se résoudre à réhabiliter Galilée, au prétexte que le tribunal de l’Inquisition, qui avait condamné l’astronome italien, avait disparu… Qui sait, un jour, peut-être, les autorités vaticanes admettront-elles une part –ne soyons pas trop exigeants- de responsabilité des Chrétiens dans les évènements alexandrins de 391 et 415… 
 
Reste encore à aborder la question de l’image des Chrétiens dans Agora, qui a fait pousser des cris d’orfraies chez les dignes sympathisants du Salon beige : La religion chrétienne en prend pour son grade, peut-on lire sur ce site. Et dès la première scène, on comprend le parti-pris. Les païens, philosophes sont vêtus de belles toges blanches. Les Chrétiens sont habillés comme des sacs, tout en noir, crade, avec des dents en moins et portant des sacs de pierre (pour lapider) et des épées. Ils sont virulents, haineux et ne font que crier et injurier. Ce n’est pas entièrement faux, sauf que cette vision ne concerne pas tous les Chrétiens. Les étudiants d’Hypatie appartenant à cette communauté, comme Synésius, s’ils portent des vêtements plus sobres que leur camarades païens, ne sont pas pour autant habillés comme des sacs. Seuls sont représentés ainsi les Parabalanis, une confrérie qui, dans l'Eglise primitive, apportait ses soins aux malades, procédait aux enterrements, tout en faisant à l’occasion le coup de poing contre les ennemis du Christ. 
     
Difficile de dire comment les membres de ce groupe étaient vêtus. Leur aspect misérable peut s’expliquer par leur origine très modeste (ils étaient souvent recrutés dans les couches sociales les plus populaires). Peut-être Synésius nous donne-t-il quelques indications concernant leur vêture dans un courrier composé en 404, à Alexandrie : Parmi ces gens [les censeurs] qui portent le manteau blanc ou noir, plusieurs allaient répétant que j’étais infidèle à la philosophie. Et pourquoi ? C’est que je recherchais l’élégance et l’harmonie du style, c’est que je citais Homère et que je parlais des figures oratoires ; à leurs yeux pour être philosophe il faut détester les lettres, et ne jamais s’occuper que des choses divines (lettre LXIII). Il n’est pas impossible, bien que ce soit une hypothèse fragile, que ces censeurs portant le manteau noir appartiennent aux Parabalanis. Dans ce cas, le film ne serait pas éloigné de la vérité historique (photo). 
 
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Concernant leur virulence, leur ignorance, Synésius nous en donne un témoignage dans cette même lettre : Parmi ces critiques quelques-uns, chez qui l’ignorance va de pair avec la présomption, sont toujours prêts à pérorer sur Dieu ; vous ne pouvez les rencontrer sans qu’ils dissertent sur les syllogismes illogiques ; ils se répandent en un flux de paroles inutiles […]. C’est de cette race que sortent tous ces discoureurs publics que l’on voit dans nos villes. Ils ont en main la corne d’Amalthée, et ils en usent. Vous reconnaissez, je crois, ces gens au verbiage frivole, disposés à décrier toute étude sérieuse. 
 
Quant à leur comportement, Edouard Gibbon ne laisse planer aucun doute : Un grand nombre de Parabalanis, familiarisés dans leurs fonctions journalières avec des scènes de mort, obéissaient aveuglément à ses ordres [de Saint Cyrille] (Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain, Volume 12, 1776-1788). Tout comme Christopher Haas, qui écrit à leur propos : The Parabalani are better known, owing to their violent support of the Patriarch Dioscorus at the Ephesian Council of 449 and to their reputed involvement in the savage murder of the philosopher Hypatia in 415 (Alexandria in late antiquity : topography and social conflict, The John’s Hopkins University Press, 1997).
 
Preuve de la violence et de la trop grande influence des Parabalanis dans la vie de la cité égyptienne, les Empereurs Honorius et Theodosius II réduisirent par décret leur nombre à cinq cents, l’année suivant l’assassinat d’Hypatie. De là à voir un signe de leur implication dans ce crime et dans les troubles qui agitèrent Alexandrie… Ce qui semble assuré, c’est que cette décision fut motivée par la terreur que ces hommes inspiraient : An action brought on by reports of the terror inspired by these ecclesiastical hospital attendants (Christopher Haas). On songe à Hitler se débarrassant des SA, devenus trop encombrants, lors de la Nuit des longs couteaux. Un parallèle pas forcément déplacé, puisque cette confrérie, apparemment encore en activité, et qui revendique les mêmes missions qu’il y a seize siècles (entre autres, défendre l’Europe chrétienne contre les assauts des infidèles, former une armée de moines-soldats à la Parole de Dieu et à l’art de la guerre ou conquérir les lieux Saints du christianisme et les libérer du joug de l’oppression en levant une nouvelle croisade…), a pour emblème une croix rouge, dont l’une des branches, brisée, lui donne une parenté singulière avec une autre bannière, de sinistre mémoire (voir sur ce site)…

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Loin de moi l’idée de verser dans la christianophobie. Je ne me reconnais dans aucune doctrine religieuse, mais je respecte les croyants et leur foi, lorsque celle-ci s’exprime de façon tolérante, ce qui est généralement le cas (prétendre le contraire serait de la démagogie, même si on a tendance, comme toujours, à entendre davantage les plus exaltés). Je ne suis pas non plus athée. Plutôt agnostique. Cependant, cette manière qu’ont certains de se poser en martyrs dès que l’on porte un regard un tant soit peu critique sur la religion (critique ne veux pourtant pas dire méprisant) ou que l’on s’éloigne de l’imagerie pieuse habituelle, m’est odieux. Difficile de ne pas admettre que les –trop ?- nombreuses citations de cette chronique ne forment pas un faisceau d’indices des plus troublants.

Certes, on peut relever des contradictions dans les textes que j’ai reproduits. Quelques-uns, rédigés bien après les évènements évoqués, sont sans doute plus ou moins approximatifs. Se posent également parfois d’insolubles problèmes de traduction (donc d’interprétation). Enfin, il n’est pas contestable que les analyses de certains auteurs sont clairement animées d’arrière-pensées. Les convictions religieuses ne reposent-elle toutefois pas, elles aussi, sur des écrits parfois très spéculatifs, à l’authenticité pas toujours avérée ?
            

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Maintenant que j’ai bien étalé, tel un cuistre, ma culture livresque, il est temps de passer à des considérations plus cinématographiques. Et commençons par le fond, ce qui permettra d’assurer une transition –habile ou pas…- avec ce qui précède.

 

Je pense avoir apporté la preuve qu’Alejandro Amenábar et son scénariste, Mateo Gil, ont mené ici un considérable travail de recherche. Et même si, je le répète, la question de l’exactitude historique des œuvres de fiction est pour moi secondaire, il faut saluer, sur ce point, leur probité intellectuelle. Cette honnêteté ne se limite néanmoins pas ici au simple respect des faits et des sources. Elle se traduit dans le traitement du scénario, idéalement structuré autour des deux acmés de la crise alexandrine (391-415), et la construction des personnages. Le monde qui nous est dépeint est loin d’être aussi binaire que le prétendent les adversaires du film.

 

Les païens ne sont pas outrageusement idéalisés, ni les Chrétiens exagérément caricaturés. Cette approche nous change des productions des années 1950, où les premiers étaient toujours représentés comme d’abjects barbares, et les seconds tels de pures victimes de l’aveuglement spirituel de leurs ennemis. En dépit de leur savoir, et de la sagesse qu’il devrait leur conférer, Théon et Hypatie ne sont en effet pas dénués de préjugés. La mathématicienne ne dit-elle pas avec dédain à ces élèves : Les bagarres ne conviennent qu’aux esclaves et à la lie, sans se soucier du caractère humiliant de son propos pour Davus, son dévoué serviteur, alors présent à ses côtés ? Un peu plus tard, au moment de l’attaque du Sérapéum, tandis qu’elle s’efforce de sauver un maximum de livres du pillage à venir, ne lui lance-t-elle pas d’un ton tranchant : Les esclaves, jamais là quand on vous cherche ! Quant à son père, le docte directeur du musée de la bibliothèque, l'un des illustres commentateurs de Ptolémée, ne flagelle-t-il pas le jeune homme uniquement parce qu’il lui a avoué sa foi (photo) ?

 

Oreste, enfin, ne constitue-t-il pas ici une figure bien peu glorieuse du paganisme ? Bien sûr, il prend la défense des étudiants chrétiens lorsque Olympius de Cilicie, un prêtre de Sérapis, suggère de les faire enfermer dans les caves du Sérapéum (photo). Toutefois, peut-être agit-il ainsi seulement pour se faire valoir aux yeux d’Hypatie, qu'il aime. Ou par calcul politique, parce qu’il a compris que cette communauté prendrait, tôt ou tard, le pouvoir. Car c’est un ambitieux, donc un pragmatique. Lors du siège, ne dit-il pas à ses amis : Alors, dites-moi, où sont-ils, maintenant, les dieux ? Autant en cherché d’autres ! Il est donc disposé à abjuré ses croyances, si cela peut le servir. Paris vaut bien une messe, comme aurait dit -on en est cependant de moins en moins certain- Henri IV… Le Préfet nous est encore montré comme un lâche qui, une fois qu’il aura pris conscience de la faiblesse de sa position face à Cyrille, abandonnera Hypatie à son destin.

 

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Concernant les Chrétiens, même si l’intérêt d’Amenabàr et de Gil se focalise sur les Parabalanis, le trait n’est pas non plus simpliste. Ils apparaissent certes souvent arrogants. Mais n’est-ce pas cohérent avec la psychologie humaine ? De fait, quoi de plus naturel qu’un groupe, qui a longtemps été opprimé, prenne une revanche sur ses anciens maîtres, quand le cours de l’histoire bascule en sa faveur ? Et ce, même si cela revient à contrevenir aux principes éthiques qu’il professe. Par ailleurs, le scénario n’occulte pas le fait que sont les païens qui, exhortés par Olympius, ouvrent les hostilités contre les Chrétiens (photo).

 

Au-delà de son intransigeance, Cyrille nous est surtout montré comme un fin politique, ce qu’il était. En effet, sans vouloir nier, entre autre, sa contribution au concile d’Ephèse (431), son attitude et celle de ses partisans à l’égard des Nestoriens -voir les intimidations de l’Evêque Memnon, l’un de ses alliés, envers le Patriarche de Constantinople- relèvent davantage du temporel que du spirituel. Synésius apparaît par contre comme un homme pieux et modéré, conforme à l’image que l’on peut se forger de lui en lisant ses lettres. Ammonius ne dément pas à l’écran sa réputation d’agitateur hystérique (photo). Socrate le Scolastique dit qu’après avoir agressé Oreste d’un coup de pierre à la tête, il fut tourmenté avec tant de violence qu'il en mourut (Histoire de l’Eglise, livre VII, chapitre 14). Cyrille le fit enterrer dans une église et le loua comme un martyr qui avait perdu la vie pour la défense de la piété (photo). Il y a ici un point sur lequel le film est un brin tendancieux. Il ne dit mot du fait que cette décision fut mal perçue par une partie de la communauté chrétienne (du moins si l’on accrédite la version de Socrate, ce qui a été globalement notre démarche jusque-là), donnant ainsi le sentiment qu’elle acceptait ces violences sans réserve : Cette action ne fut pas approuvée par tous les Chrétiens, qui savaient qu'Ammonius, bien loin d'avoir perdu la vie pour la foi, n'avait souffert que le juste châtiment de son insolence. Faut-il y voir un parti-pris ?

 

Dans le même ordre d’idée, on peut reprocher aux auteurs d’Agora d’avoir passé sous silence les bonnes relations probables d’Hypatie et de Théophile : Elle ne semble pas avoir été en conflit avec le Christianisme. Elle entretenait des liens d'amitié, entre autres, avec l'Evêque Théophile, prédécesseur de Cyrille (John Thorp). Difficile de dire, là encore, si cette lacune est volontaire, ou imposée par le tempo du film (il dure plus de deux heures). Il existe une vraie ellipse narrative –ceci dit, cette forme est le thème du film (photo)…- entre la chute du sérapéum et la mort de Théophile. Si c’est une intention du cinéaste, a-t-elle pour but de renforcer l’impression d’obscurantisme du peuple chrétien en taisant les bons rapports que leurs dignitaires ont pu entretenir avec le monde scientifique ? Je ne suis pas en mesure de trancher cette question. Mais il est vrai qu’elle se pose…

 

Malgré ces bémols, la représentation de ces personnalités complexes, emportées dans les tourments de l’histoire, me paraît équilibrée. 

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Sur le plan esthétique, le film est une vraie réussite. On est évidemment loin du clinquant en vigueur à Hollywood lorsque Cecil B DeMille mettait en scène Les dix commandements. La quête de la vraisemblance l’emporte ici sur l’affèterie. Ce qui rend plus crédible cette évocation d’un monde en décadence. Les décors, signés Guy Hendrix Dyas (Elizabeth, l’âge d’or, Indiana Jones et le royaume du crâne du cristal, Inception…) mettent bien en évidence la géologie culturelle d’Alexandrie, formée de différentes couches, de différentes strates accumulées au cours des siècles. Une peinture égyptienne voisine avec une croix chrétienne ou une colonne d’inspiration hellénistique… Le travail de Xavi Giménez, le directeur de la photographie, n'est pas moins remarquable. J’y vois l’influence de l’œuvre d’Alma-Tadema, ce peintre de l’époque victorienne spécialisé dans les scènes antiques (photo), dont Rosemary Barrow dit qu’il n’est jamais tombé dans un hellénisme intemporel et idyllique, mais a représenté une Antiquité exacte historiquement, non idéalisée, à la différence de Frederic Leighton ou Edward Poynter (Lawrence Alma-Tadema, Phaidon, 2006). Tel est bien l’impression que l’on a en regardant Agora.

 

Amenabàr recourt peu aux technologies numériques dans ce film : Tout ce que l’on voit à l’image a été construit en dur, explique dans le dossier de presse José Luis Escolar, l’un des producteurs exécutifs. […] Le tournage s’est déroulé à l’ancienne. Quelques effets n’en sont pas moins saisissants, notamment parce qu’ils ne sont pas gratuits. Ils font sens, comme on dit aujourd’hui dans certains milieux intellectuels branchés. Je pense en particulier au final du pillage du Sérapéum où, dans un mouvement de caméra virtuose, la perspective est progressivement inversée (photo), comme pour symboliser le renversement des valeurs et le basculement d’un monde (païen) à l’autre (chrétien). C’est peut-être un peu démonstratif, mais bien pensé. Autre plan très inspiré, celui montrant la Terre depuis l’espace (photo), où les clameurs des victimes du pogrom se perdent dans l’immensité. Le réalisateur veut-il signifier l’inanité de nos luttes face à l’infini de l’univers ? Ou bien laisse-t-il entendre qu’aucun dieu ne peut entendre les cris de ceux qui souffrent…
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Agora
repose évidemment sur la performance de Rachel Weisz. L’actrice anglaise illumine cette histoire de sa grâce fragile. Elle est à l’image de l’Hypatie rêvée par Leconte de Lisle dans Poèmes antiques :

 

Comme un jeune lotos croissant sous l’œil des sages,
Fleur de leur éloquence et de leur équité,
Tu faisais, sur la nuit moins sombre des vieux âges,
Resplendir ton génie à travers ta beauté !

 

Le grave enseignement des vertus éternelles
S’épanchait de ta lèvre au fond des cœurs charmés ;
Et les Galiléens qui te rêvaient des ailes,
Oubliaient leur dieu mort pour tes Dieux bien aimés…

 

Face à elle, Sami Samir palpite d’un feu intérieur qui rend Saint Cyrille à la fois terrifiant et fascinant. Oscar Isaac paraît en revanche moins à son aise dans le rôle d’Oreste. Son jeu est assez atone. Mais il est vrai que son personnage n’est pas des plus charismatiques…

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Ce film n’est pas christianophobe, ainsi que je l’ai lu sur quelques sites. Pas plus qu’il n’est, par un douteux parallèle avec notre époque, islamophobe (certains ont vu une ressemblance entre les Parabalanis et les Talibans). Il stigmatise le dévoiement des idéologies et les extrémismes de tout bord.

 

C’est aussi une œuvre éminemment féministe, dénonçant les violences faites aux femmes, en particulier au nom de la religion (que l’on se souvienne de Sakineh Mohammadi Ashtiani, dont le sort est à ce jour toujours incertain, du moins à ma connaissance, ou les fausses accusations lancées récemment contre la jeune Rimsha par un Imam pakistanais).

Des hommes ont bien sûr connu des fins tout aussi inhumaines. Mais le martyr féminin a ceci de particulier qu’il est souvent sexualisé. Presque toujours, il commence par l’humiliation, l’exhibition du corps de la victime. Cet avilissement paraît n’avoir d’autre objet que de réduire à sa seule fonction de séduction celle-ci, qui se voit ainsi niée son intelligence (les bourreaux d'Hypatie ne la qualifient-ils pas de putain, entre autres pour avoir dépassé le statut d'épouse et de mère, seul reconnu alors aux femmes ?).

Peut-être faut-il voir également dans de tels traitements la haine de certains hommes -car ce sont toujours des hommes qui sont impliqués- envers la chair féminine, dont ils voudraient châtier le désir qu'elle inspire, et donc le pouvoir qu'elle exerce sur eux.

 

Album du film

 

Ma note - 3,5/5

 

A lire : Socrates and Sozomenus Ecclesiastical Histories (Christian Classics Ethereal Library, 1886)
A la recherche d’Hypatie, John Thorp (congrès de la Fédération des sc

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Que justice soit faite (Law abiding citizen)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Clyde Shelton (Gerard Butler) mène une vie paisible, entouré de sa femme et de sa fille. Mais un jour, celles-ci sont assassinées sous ses yeux par deux cambrioleurs. Les deux hommes sont bientôt arrêtés. Cependant, contre toute attente, le procureur en charge de l’affaire, Nick Rice (Jamie Foxx), refuse de requérir la peine capitale. Désemparé par ce qu’il considère comme une trahison du système judiciaire, Clyde va préparer sa vengeance… 
 
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Film américain
Année de production : 2009
Durée : 1h49 
Réalisation : F Gary Gray
Scénario : Kurt Wimmer
Image : Jonathan Sela
Avec Jamie Foxx (Nick Rice), Gerard Butler (Clyde Shelton), Bruce McGill (Jonas Cantrell), Leslie Bibb (Sarah Lowell), Regina Hall (Kelly Rice)...    
 

 
Critique
 
Que justice soit faite est sans doute le film le plus abject de l’année. Car ce vigilant movie franchit toutes les limites acceptables. Il ne se borne en effet pas à légitimer le recours à la vengeance pour pallier les carences du système judicaire (après tout, il n’est pas le premier à le faire). En nous plaçant du côté du personnage incarné par Gerard Butler (qui ne prendrait pas en pitié cet homme accablé par le massacre de sa famille ?), il nous amène insidieusement à accepter la barbarie la plus gratuite. Car Clyde Shelton ne se contente pas de sillonner les rues avec une arme, comme Paul Kersey (Charles Bronson) dans la série Death wish, il torture à tout va, aussi bien les meurtriers de sa femme et de sa petite fille (il découpe l’un d’eux à la tronçonneuse en ayant soin de le maintenir en vie le plus longtemps possible), que les représentants du système judiciaire liés à l’affaire (il fait périr l’un des avocats de la défense en l’enterrant vivant).
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La coupe ne serait toutefois pas pleine si Que justice soit faite n’était pas en plus un spectacle assez désolant. Sur ce point, en effet, ce film se distingue (enfin, c'est une façon de parler !) par une mise en scène très formatée (F Gary Gray ferait mieux de remettre son talent au service de Jay-Z ou Ice Cube, pour lesquels il a tourné quelques clips), une interprétation peu inspirée (Gerard Butler a vraiment l’air colère quand il fronce ses sourcils !) et, surtout, l’abyssale crétinerie de son scénario (signé de l’inénarrable auteur de Salt, Kurt Wimmer). 
 
Mais le plus navrant, ce n’est finalement pas le message véhiculé par ce plaidoyer manichéen et nauséabond en faveur de l’auto-justice et de la peine de mort. Ni son naufrage artistique. Ce sont les 38 % d’internautes attribuant cinq étoiles à Que justice soit faite sur le site d'AlloCiné, ainsi que le titre québécois du film, Un honnête citoyen. Une conception inquiétante de la justice et de la démocratie… 
 
Frank Darabont, pressenti pour réaliser Que justice soit faite, et Catherine Zeta-Jones, initialement associée au projet, doivent se féliciter de ne pas apparaître au générique… 
 
Ma note - 0/5

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Monsters

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis

 

Après qu’une sonde de la NASA se soit écrasée dans la jungle mexicaine, une forme de vie extra-terrestre s’est développée, entraînant l’exode des populations. Le nord du pays est devenu depuis une zone de guerre, où l’armée américaine affronte les créatures venues de l’espace. C’est dans ce contexte chaotique qu’Andrew Kaulder (Scoot McNairy), un photographe en quête du cliché qui le rendra célèbre, est chargé d’escorter jusqu’au Etats-Unis la fille du propriétaire du magazine qui l’emploie, Samantha Wynden (Whitney Able)… 

 

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Film britannique

Année de production : 2010

Durée : 1h34

Réalisation : Gareth Edwards

Scénario : Gareth Edwards

Image : Gareth Edwards

Avec Scoot McNairy (Andrew Kaulder), Whithney Able (Samantha Wynden), Justin Hall (Un Marine), Ricky Catter (Un Marine), Paul Archer (Un Marine)...  

 


 

Critique

 

Monsters, film au budget modeste (Gareth Edwards, le réalisateur, signe aussi le scénario, la photographie, les décors, les effets spéciaux, la conception graphique des monstres !) est la (très) bonne surprise de cette fin d’année. Certes, il décevra sans doute les amateurs de grosses productions : les monstres ne sont presque jamais montrés ; les scènes d’action sont assez rares et essentiellement suggérées ; les deux protagonistes ne vivent pas non plus un enfer, comme dans un banal survival. Il devrait par contre séduire les spectateurs plus sensibles à l’ambiance qu’aux effets tape-à-l’œil. En fait, Monster est avant tout un road-movie initiatique, dans la lignée de La route de John Hillcoat. Cependant, à la différence de ce dernier, Gareth Edwards choisit une voie moins désespérée, moins sinistre. Si je ne craignais pas d’effrayer certains, je qualifierais sa démarche de poétique ! De fait, plusieurs scènes sont animées par un véritable souffle lyrique, telle celle où Andrew et Samantha contemplent depuis le sommet d’une pyramide aztèque la muraille cyclopéenne supposée préserver les Etats-Unis de l’invasion. 

 

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D’autres séquences sont assez inattendues et témoignent d'une certaine audace. Je pense notamment à celle de la station service où les deux héros attendent l’arrivée des secours. Menacés (du moins le croient-il) par deux créatures extra-terrestres, ils assisteront finalement, médusés, à l'accouplement de celles-ci. Des monstres qui font l'amour, pas la guerre, c'est assez peu commun dans le cinéma de science-fiction ! 

 

Original sur la forme, Monster l’est également sur le fond. Puisque ce film est aussi une fable écologique et une métaphore politique. Fable écologique, par la beauté sauvage des paysages traversés et les destructions que leur font subir l’Homme. Métaphore politique, puisque la lutte menée par les Etats-Unis contre l’envahisseur évoque les différents conflits dans lesquels cette nation est engagée depuis les attentats du 11 septembre 2001 (l'un des personnages relève ainsi que l'armée américaine cause plus de souffrances aux populations locales que les prétendus monstres). Certains fâcheux diront que ces messages sont transparents et grossiers. Ils sont toutefois tellement d'actualité et réalistes que le spectateur ne peut y être que sensible.

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Monsters est donc bien plus qu'un énième film d'Aliens. Et contrairement à ce que prétend la promotion, c'est moins du côté de District 9 de Neill Blomkamp qu'il faut chercher une influence, mais plutôt de Délivrance ou de The mist (que l'on compare d'ailleurs l'affiche française de Monsters à certaines images du film de Frank Darabont) et, bien sûr, de La route. On songera également à Fitzcarraldo (pour le bateau échoué dans les arbres) et à La guerre des mondes (la scène où Samantha, réfugiée à l'intérieur de la station service, est menacée par les tentacules de la créature rappelle celle où Tom Cruise et Dakota Fanning, cachés dans une cave, essaient d'échapper à la vigilance des tripodes). Boorman, Darabont, Hillcoat, Herzog, Spielberg : il y a pire comme influences ! 

 

Ma note - 3/5

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The social network

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Frustré d’avoir été plaqué par sa petite amie, Erica (Rooney Mara), Mark Zuckerberg (Jesse Eisenberg) décide de se venger de la gent féminine en créant une base de données baptisée Facemash, dont l’objet est de désigner la fille la plus canon du campus. Pour cela, il n’hésite pas à pirater le système informatique de l’université de Harvard. Mais son geste, par le succès qu’il rencontre, entraîne bientôt la saturation du réseau de l’institution et place Zuckerberg au cœur d’une vive controverse, en raison de son caractère misogyne. Cependant, il éveille aussi l’intérêt, en particulier des jumeaux Winklevoss (Armie Hammer), deux représentants de l’élite estudiantine, qui le contactent pour créer un réseau social au sein de l’établissement. Toutefois, aidé par son meilleur ami, Eduardo Saverin (Andrew Garfield), le jeune homme va préférer se consacrer à la genèse de son propre site, The Facebook… 
 
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Film américain
Année de production : 2010
Durée : 2h00
Réalisation : David Fincher
Scénario : Aaron Sorkin
Image : Jeff Cronenweth
Avec Jesse Eisenberg (Mark Zuckerberg), Armie Hammer (Cameron Winklevoss/Tyler Winklevoss), Andrew Garfield (Eduardo Saverin)...
 

 
Critique
 
Si The social network retrace l’histoire de la création de Facebook et des procès qu’intentèrent Cameron et Tyler Winklevoss, puis Eduardo Saverin à Zuckerberg, ce film est avant tout le portrait d’un créateur à l’intelligence bouillonnante, mais égocentrique, cynique (à Erica, il explique qu’il représente pour elle sa seule chance de faire des rencontres prestigieuses !), insolent et sans scrupule (voir la séquence où il débarque son meilleur ami au moment où Facebook dépasse son premier million d’inscrits). Bref, un sale gosse, incapable de tisser des relations sociales un peu approfondies (particularité psychologique qui semble avoir déteint sur sa création). La scène qui clôt le film est à cet égard édifiante : elle nous montre Zuckerberg seul devant l’écran de son ordinateur portable, dans la salle de réunion où se déroule la procédure de conciliation qui l’oppose à son ancien associé, actualisant régulièrement son profil Facebook, dans l’espoir d’une réponse positive d’Erica à sa demande d’ajout à ses amis… 
 
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Comme on pouvait s’y attendre, The social network est un film efficace. Mais il ne devrait pas occuper une place majeure dans la filmographie de Fincher. Ni marquer durablement les esprits. En effet, malgré tout le talent du réalisateur, de son scénariste (Aaron Sorkin) et de son interprète principal (dans un rôle somme toute pas si éloigné de celui qu’il tient dans Bienvenue à Zombieland), rien n’est moins captivant que le destin de ce post-adolescent globalement antipathique. D’autres milliardaires ont eu des vies autrement plus exaltantes ! Pas de Cyd Charisse, de Joan Crawford, de Bette Davis, de Joan Fontaine, d’Ava Gardner, de Jean Harlow, de Rita Hayworth ou de Katharine Hepburn dans la vie de Zuckerberg, contrairement à Howard Hughes. On n’y croise seulement Sean Parker, le créateur de Napster, et Bill Gates. Pas très excitant (la décence m’empêche d’écrire un mot plus trivial…) tout ça ! Son existence n’est pas non plus agitée de passions dévorantes, comme l’aviation ou le cinéma. Rien que des codes sources, des algorithmes et (surtout ?) beaucoup de dollars gagnés très jeune. Dans une société qui vénère l’argent, je ne doute pas que certains spectateurs éprouveront de la fascination pour cette bonne fortune, cependant il n’y a pas de quoi donner naissance à un mythe (du moins, j’espère que d’autres valeurs subsistent…). 
 
Finalement, peut-être Fincher aurait-il dû préférer au portrait -certes brillant- du fondateur de Facebook, une analyse sociologique d’un phénomène dont il est l’un des précurseurs… 
 
 Ma note - 2,5/5

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Au fond des bois

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
En 1865, dans le sud de la France. Joséphine Hughes (Isild Le Besco) vit seule avec son père (Bernard Rouquette), un médecin humaniste toujours prêt à accueillir les nécessiteux. Un jour, il offre le couvert et le gîte à Timothée Castellan (Nahuel Perez Biscayart), un vagabond qui se fait passer pour sourd et muet. Mais celui-ci possède un pouvoir surnaturel, qu'il exerce dès le lendemain sur la jeune fille... 
 
Fiche techniqueAu fond des bois - Affiche
 
Film français
Année de production : 2010
Durée : 1h42
Réalisation : Benoit Jacquot
Image : Julien Hitsch
Avec Isild Le Besco (Joséphine Hughes), Nahuel Perez Biscayart (Timothée Castellan), Bernard Rouquette (Le docteur Hughes), Jérôme Kircher (Le capitaine Langlois)...  
 

 
Critique
 
A un moment, Joséphine Hughes murmure : Ne t'inquiète pas, ce sera bientôt fini. Hélas ! cette phrase ne s'adresse pas au spectateur, mais à Timothée Castellan. Pourtant, comme on souhaiterait que ce soit effectivement la fin (du film) ! Je dois avouer que je ne me suis pas autant ennuyé au cinéma depuis La troisième partie du monde, d'Eric Forestier. 
 
Au fond des bois n'est d'abord qu'une longue, très longue errance à travers des paysages provençaux désolés où défilent, tels des santons, les figures typiques du folklore de cette région. Isild Le Besco roule alors des yeux ronds sous l'influence de Nahuel Perez Biscayart, qui passe son temps à abuser d'elle, à la souiller. A l'ennui extrême que provoque ce spectacle s'ajoute l'agacement suscité par le symbolisme grossier du récit (ainsi, plus la jeune fille est avilie et plus sa robe blanche vire au gris, puis au noir). Voilà, c'est à peu près tout...
 
Au fond des bois 2
 
L'intérêt se réveille un peu dans la seconde partie du film, lorsque Benoit Jacquot aborde les conséquences de l'enlèvement de Joséphine. Son actrice abandonne enfin son jeu outré, ses expressions irritantes et grotesques, au profit d'une attitude ambiguë, qui laisse entrevoir la possibilité d'une psychologie plus complexe qu'il n'y paraît de prime abord. Mais cela ne suffit pas à estomper l'impression initiale... 
 
Ma note - 1/5

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Laisse-moi entrer (Let me in)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis

 

En 1983, au Nouveau-Mexique. Une ambulance escortée de plusieurs véhicules de police roule à tombeau ouvert sur la route enneigée d’un paysage montagneux. A l’intérieur se trouve un homme (Richard Jenkins) au visage horriblement défiguré. Suspecté d’être impliqué dans une série d’assassinats particulièrement abominables, il est interrogé dès son arrivée à l’hôpital de Los Alamos par un inspecteur (Elias Koteas). Celui-ci le soupçonne d’appartenir à une secte satanique. Mais alors que le policier doit s’absenter un instant, pour répondre au téléphone, l’inconnu se défénestre. Sur son lit, on retrouve un mot griffonné sur un morceau de papier : I’m sorry Abby… 

 

Fiche techniqueLaisse-moi entrer - Affiche

 

Film britannique, américain

Année de production : 2010
Durée : 1h56

Réalisation : Matt Reeves

Scénario : Matt Reeves, John Ajvide Lindqvist 

Image : Greig Fraser

Avec Kodi Smit-McPhee (Owen), Chloë Grace Moretz (Abby), Richard Kenkins (Le père), Cara Buono (La mère d'Owen), Elias Koteas (Le policier)...   

 


 

Critique 

 

Considérant Morse comme le plus beau film d’horreur de ces dernières années, je suis naturellement allé voir cette nouvelle transposition à l’écran de Let the right one in avec une certaine appréhension, pour ne pas dire de la défiance. Et bien qu’elle n’atteigne pas l’excellence de son modèle, cette adaptation signée Matt Reeves est plutôt honorable. Elle redonne notamment un peu de vigueur à un genre englué dans les mièvreries de la désolante série Twilight. Et puis, il y a l’impressionnante performance de Kodi Smit-McPhee (vu dans La route) : timide, fragile, mais bouillonnant d’un feu intérieur. Il est le véritable personnage inquiétant du film. Car Chloë Grace Moretz, en dépit d’un talent évident, est trop pleine de vie pour faire croire à la créature spectrale qu’elle incarne. 

 

On reprochera tout de même à cette version sa relative surenchère gore, un aspect qui était quasiment absent du film de Thomas Alfredson (les métamorphoses physiques de la jeune fille sont à cet égard assez inutiles).

 Laisse-moi entrer 2

 

On regrettera également que le réalisateur de Cloverfield édulcore les ambigüités contenues dans le roman de John Ajvide Lindqvist, en particulier l’ambivalence sexuelle d’Abby. Qui a lu Let the right one in sait que le personnage du vampire est en réalité un garçon qui a été castré. Il s’agit d’un élément important de l’intrigue, car au-delà de son aspect horrifique, ce film est aussi (surtout ?) une métaphore sur les difficultés que peuvent rencontrer les adolescents dans leur construction identitaire. Certes, Abby laisse entendre à un moment qu’elle n’est peut-être pas une fille (m’aimerais-tu si je n’étais pas une fille ? demande-t-elle à Owen), cependant je pense que cette remarque fait davantage allusion à sa nature vampirique qu’à son identité sexuelle. Cette thématique n’est en revanche pas éludée dans Morse. On peut ainsi entrapercevoir la cicatrice d'Eli (rebaptisée ici Abby). 

 

Le travail sur la photographie s’avère par ailleurs assez décevant. De fait, même si les deux adaptations baignent dans la même atmosphère hivernale, la version de Matt Reeves pèche par un excès de couleurs chaudes (c’est particulièrement vrai lors des rendez-vous entre Abby et Owen dans la cour de leur immeuble). Chez Thomas Alfredson, au contraire, la palette est réduite au blanc, au noir, au bleu et, bien sûr, au rouge, ce qui renforce le caractère surnaturel de cette histoire.

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Matt Reeves nous livre donc un remake appliqué, mais sans originalité, dont la principale raison d'être tient à l'incapacité du grand public américain à accepter de voir des films en langue étrangère. Néanmoins, s'il donne envie à une partie de ses spectateurs de voir l'original, sa démarche n'aura pas été vaine... 

 

 Ma note - 2,5/5

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L'arbre

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

L'arbre 1
 
Synopsis
 
Dawn (Charlotte Gainsbourg) et Peter O’Neill (Aden Young) mènent une existence heureuse dans une grande maison d'une bourgade du Queensland, au nord-est de l’Australie, avec leurs quatre enfants, trois garçons et une petite fille, Simone (Morgana Davies). Pour faire vivre sa famille, Peter transporte des maisons préfabriquées à travers le pays. Mais au retour d’une de ses missions, il succombe brutalement à une crise cardiaque. Face à ce deuil, chacun va réagir à sa manière : ainsi, tandis que Dawn s’abîme peu à peu dans le chagrin et que l’aîné accélère son passage à l’état adulte, Simone se persuade que l’âme de son père continue de vivre dans les branches et frondaisons du figuier de Moreton-Bay, à l’ombre duquel est construite la demeure familiale... 
 
Fiche techniqueL-arbre---Affiche.JPG
 
Film français, australien, allemand, italien
Année de production : 2010
Durée : 1h40
Réalisation : Julie Bertuccelli
Image : Nigel Bluck
Avec Charlotte Gainsbourg (Dawn O'Neil), Morgana Davies (Simone O'Neil), Aden Young (Peter O'Neil), Christian Byers (Tim O'Neil)...   
 

 
Critique
 
Julie Bertuccelli nous offre avec L’arbre, adaptation d’un roman de Judy Pascoe (L’arbre du père), une très belle métaphore du travail de deuil. Les sentiments que fait naître le figuier sont en effet très symboliques des émotions contradictoires qui bouleverse l'être humain confronté à la mort d'un être cher : à la fois désir de s'abîmer dans le souvenir du disparu et nécessité de s'en détacher (sans pour autant l'oublier), pour continuer à vivre. La tempête finale, qui met à terre l'arbre, va permettre à Dawn et à ses enfants de réinvestir leur environnement, de vivre sans Peter. La perte est alors remplacée par une présence intérieure, qui n'est plus envahissante, comme pouvait l'être (symboliquement) les racines du figuier, qui repoussaient les fondations de la maison. 
 
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Que l’on ne croit cependant pas que ce film porte au désespoir. Au contraire ! De cette œuvre infiniment tendre et douce émane une poésie de l’existence apaisante. Notamment grâce à son climat fantastique. Il est d'ailleurs singulier de constater que, en dehors de Poetry, L'arbre est le troisième film que je vois cette semaine baignant dans une atmosphère (faussement) surnaturelle. Il y a eu en effet Ondine, avec sa sirène, et L'heure du crime, avec les étranges visions de son héroïne. Ici, le merveilleux nait de l'animisme de Simone, qui voit dans le bruissement des feuilles du figuier, dans le grincement de ses branches, la présence toujours vivante de son père. 
 
La réussite d’un film tient évidemment à ses acteurs. L'arbre doit beaucoup à ses deux interprètes féminines. Il y a d'abord Charlotte Gainsbourg. Un an après avoir remporté le prix d'interprétation à Cannes pour son rôle dans Antichrist, de Lars Von Trier, elle offre une nouvelle fois une composition très juste et très émouvante. A ses côtés, la jeune Morgana Davies se révèle magnifique de naturel. C'est d'ailleurs une seconde ressemblance avec Ondine, qui était magnifié par la présence d'une autre débutante, Alison Barry. 
 
Ma note - 4/5

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L'heure du crime (La doppia ora)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

L heure du crime 1
 
Synopsis
 
Sonia (Kseniya Rappoport) est femme de chambre dans un hôtel. Originaire de Ljubljana, en Slovénie, elle a émigré en Italie à la mort de sa mère pour retrouver son père. Mais celui-ci a refait sa vie et refuse de renouer avec elle. Sonia mène donc une vie assez terne et solitaire, qu’elle essaie de rompre en participant à des soirées de speed-dating, dans l’espoir de trouver l’âme-sœur. C’est lors de l’une d’elles qu’elle rencontre Guido (Filippo Timi). Veuf, séducteur, mystérieux, il paraît être celui qu’elle recherche. En retour, son charme discret, sa douceur semblent séduire le jeune homme. C’est donc naturellement qu’ils entament une liaison amoureuse… Un jour, Guido invite Sonia à visiter la luxueuse villa dont il est le gardien. Soucieux de l’impressionner, il lui propose une promenade dans l’immense parc qui entoure la propriété. Mais il doit auparavant neutraliser le système d’alarme. Mal lui en prend, puisqu’une équipe de cambrioleurs investit aussitôt les lieux. Les deux amants sont alors pris en otage. Cependant, ce qui ne devait être qu’un banal vol tourne mal : Guido est tué et Sonia grièvement blessée à la tête… 
 
Fiche techniqueL heure du crime - Affiche
 
Film italien
Année de production : 2009
Durée : 1h35
Réalisation : Giuseppe Capotondi
Image : Tat Radcliffe
Avec Kseniya Rappoport (Sonia), Filippo Timi (Guido), Antonia Truppo (Margherita), Gaetano Bruno (Riccardo), Fausto Russo Alesi (Bruno)...    
 

 
Critique
 
L’heure du crime repose d’abord sur une intrigue remarquablement construite. En effet, si elle multiplie les retournements de situation, elle évite l’excès de virtuosité, qui est l’un des travers des films à twists. Ici, jamais les scénaristes (Alessandro Fabbri, Ludovica Rampoldi, Stefano Sardo) ne semblent préoccupés par l’idée de faire la démonstration de leur habileté. Ce qui est le plus sûr moyen d’éviter les déceptions. Car tout ne repose pas sur les moments de surprise qu’ils nous ménagent. En sorte que, même si l’on parvient à dénouer les fils de cette histoire avant son dénouement (j’avoue humblement ne pas y être parvenu !), il reste tout de même le suspense et l’entrecroisement astucieux des genres (mélodrame, thriller, le tout nimbé de fantastique) pour troubler.
 L heure du crime 2
 
Le film doit également beaucoup à l'interprétation de son couple d'acteurs. Kseniya Rappoport a d’ailleurs reçu la Coupe Volpi de la meilleure Actrice lors de la 66ème Mostra de Venise pour ce rôle. A la fois d’apparence fragile, émouvante, tourmentée par d’indicibles blessures, elle incarne à merveille ce genre de personnage dont la vie semble sans cesse marquée par l’adversité : le suicide presque sous ses yeux d’une cliente de l’hôtel (première scène du film, qui place le spectateur en état de choc), le rejet de son père, l’assassinat de son fiancé… Dans le même temps, elle sait lui insuffler la part d’ambiguïté et de mystère nécessaire à l’intérêt de l’intrigue… 
 
 Ma note - 3,5/5

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Ondine

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Alors qu’il pêche au large des côtes d’Irlande, Syracuse (Colin Farrell) remonte dans ses filets une jeune femme (Alicja Bachleda-Curus) répondant au beau nom d’Ondine. Affolée, elle le supplie de ne pas révéler sa présence à bord de son bateau. D’abord réticent, Syracuse se laisse tout de même convaincre et l’accueille chez lui. Mais un tel parfum de mystère se dégage de la naufragée que Syracuse finit par s’interroger sur son identité réelle. Et si elle était une selkie ? C’est-à-dire une de ses créatures qu’une légende des îles Shetland nous décrit vêtues de peau de phoque et vivant dans la mer. Après tout, ne lui permet-elle pas de faire des pêches miraculeuses quand, l’accompagnant sur son chalutier, elle se met à chanter ? Annie (Alison Barry), sa fille, en est en tout cas persuadée… 
 
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Film irlandais, américain
Année de production : 2009
Durée : 1h51
Réalisation : Neil Jordan
Scénario : Neil Jordan
Avec Colin Farrell (Syracuse), Alicja Bachleda-Curus (Ondine), Alison Barry (Annie), Dervla Kirwan (Maura), Tony Curran (Alex)...    
 

 
Critique
 
La première partie d’Ondine baigne dans une atmosphère féérique auquel le spectateur se laisse volontiers prendre (pour peu, bien sûr, qu’il soit sensible à la poésie et que son âme ne soit pas complètement cynique…), grâce notamment à l’incroyable beauté des paysages du comté de Cork, où a été tourné le film, au charme mystérieux d’Alicja Bachleda-Curus et aux mélodies mélancoliques de Kjartan Sveinsson, auteur de la musique du film et pianiste du groupe islandais Sigur Rós. C’est d’ailleurs l’une des chansons de cette formation que fredonne Ondine (All alright) lorsqu’elle se trouve sur le bateau de Syracuse. Et l’on voudrait croire à cette histoire, comme Annie, remarquablement interprétée par la jeune Alison Barry… Alors, c’est vrai que la seconde moitié du film nous tire un peu brutalement de notre rêverie. On peut cependant reconnaître à Neil Jordan le mérite de ne pas avoir fait le choix de la facilité, ancrant finalement son récit dans la réalité.
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La réussite d’Ondine ne tient toutefois pas seulement à l’originalité de son scénario. Le film de Neil Jordan se distingue également par la qualité de sa mise en scène (voir à cet égard les plans sous-marins quand Ondine chante en mer) et le beau travail de Christopher Doyle, directeur de la photographie et collaborateur, entre autres, de Wong Kar-wai et Zhang Yimou. On retiendra enfin quelques jolies trouvailles visuelles, telle cette séquence où l’on voit Ondine allongée sur un rocher de l’île où l’a abandonnée Syracuse. Le contre-jour nous donne d’abord l’impression que la bas de son corps, comme chez une sirène, est celui d'un poisson. Mais lorsque la lumière devient plus intense, on comprend qu’il s’agit en fait d’une simple illusion…
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Finalement, Ondine démontre (si c'était nécessaire) qu’il n’est pas besoin d’une débauche d’effets spéciaux pour faire rêver. Pas besoin non plus de recourir à des intrigues prétentieusement complexe. Il suffit d’un peu de créativité, de fantaisie, de sensibilité. Bref, de subtilité, qualité qui manque cruellement à un… Christopher Nolan… Bon, c’est promis, c’est la dernière fois que je parle de lui ! Je pense que l’on a bien compris à quel point j’ai détesté Inception ! 
 
Ma note - 3,5/5

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The killer inside me

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Lou Ford (Casey Affleck) est le shérif-adjoint de Central City, une petite ville du Texas. Apprécié de ses concitoyens, il rassure et a l'estime de tous. Un jour, son supérieur (Tom Bower) lui demande de rendre visite à Joyce Lakeland (Jessica Alba), une prostituée dont l’activité choque son voisinage bien-pensant. Cependant, au lieu de lui enjoindre de quitter la localité, Lou préfère entamer une liaison avec cette jeune femme séduisante. Mais cette relation va lui donner l’occasion de donner libre cours à sa perversité, ce qui va bientôt l’entraîner dans une spirale meurtrière… 
 
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Film américain, suédois, britannique, canadien 
Année de production : 2010
Durée : 1h49
Réalisation : Michael Winterbottom
Scénario : John Curran
Image : Marcel Zyskind
Avec Casey Affleck (Lou Ford), Kate Hudson (Amy Stanton), Jessica Alba (Joyce Lakeland), Ned Beatty (Chester Conway), Tom Bower (Bob Maples)...    
 

 
Critique
 
The killer inside me est l'adaptation d’un roman de Jim Thompson, polar ultraviolent qui fascine depuis longtemps Hollywood. Loué par Stanley Kubrick, envisagé avec Marilyn Monroe, il a déjà été porté à l’écran en 1976 par Burt Kennedy sous le titre Ordure de flic, avec Stacy Keach dans le rôle de Lou. Jim Thompson est d’ailleurs très lié à l’univers du cinéma, que ce soit par ses collaborations avec Kubrick -pour lequel il écrivit les scénarios de L'ultime razzia, tiré d'un roman de Lionel White, et des sentiers de la gloire- ou pour les adaptations de ses propres œuvres. Ainsi, en 1979, Alain Corneau réalisa Série noire d'après son roman A hell of a woman. En 1981, Bertrand Tavernier porta à l’écran Pop. 1280 (Coup de torchon). Un autre de ses romans, The grifters (Les arnaqueurs), adapté par Stephen Frears, obtint quatre nominations aux Oscars. 
 
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Michael Winterbottom est décidément un cinéaste prolifique (sa filmographie compte une vingtaine de films depuis 1990) et éclectique. Son précédent film, Genova (Un été italien), décrivait avec une sensibilité rare le parcours d’un homme après la mort accidentelle de sa femme, et de ses deux filles, dont l’une, jouée par Perla Haney-Jardine (remarquable), se croit responsable de la mort de sa mère. 
 
Cette fois, le cinéaste prend un plaisir sadique à filmer l’itinéraire meurtrier d’un odieux sociopathe, s’attardant avec une rare complaisance sur les détails les plus abjects de ses actes. Si encore ces images avaient un sens ! Le problème, c’est qu’elles paraissent n’avoir d’autre raison d’être que de s’inscrire dans une stratégie marketing malsaine (à l’instar des scènes de sexe non simulées de 9 songs, du même Winterbottom). Un objectif globalement atteint, si l’on en juge par le scandale provoqué au festival de Sundance, lors de la présentation du film. Certes, l’auteur a tenté de justifier sa démarche et de se défendre des accusations de misogynie dont il est l'objet en affirmant qu’il est bien plus problématique de banaliser la violence en la minimisant qu’en la poussant à son paroxysme. Un argument un peu facile et malhonnête. Car pourquoi a-t-il traité d’une manière si inégale les victimes féminines et masculines de Lou ? En effet, si le réalisateur nous décrit avec de gros plans à la limite du supportable les passages à tabac de Joyce et d’Amy (Kate Hudson), il recourt curieusement à l’ellipse lorsqu’il évoque la mort de Johnnie (Liam Aiken) dans sa cellule. Se pourrait-il que la mise en image d’une femme rouée de coups soit plus vendeur ? Ce serait ignoble, mais pas impossible…
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Au-delà du reproche que l’on peut faire sur cette débauche gratuite de brutalité, on pourra regretter que Winterbottom ne s’intéresse pas davantage aux personnages secondaires et au contexte politique et social de l’époque. On sera aussi gêné par les invraisemblances du scénario. Ainsi, comment la police peut-elle se laisser abuser par la grossière mise en scène de Lou ? Comment peut-elle croire que Joyce, le visage horriblement tuméfié, ait pu tirer quatre balles dans la tête d’Elmer Conway (Jay R Ferguson) ? Certes, un inspecteur, Howard Hendricks (Simon Baker, le héros de la série Mentalist) paraît douter du récit de Lou. Mais il est le seul. Quant à la fin, et son twist plus qu’attendu, elle est vraiment too much
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Surnage de cet ensemble déplaisant (pour ne pas dire écœurant) l’interprétation de Casey Affleck, déjà formidable dans The assassination of Jesse James by the coward Robert Ford (Andrew Dominik) et Gone baby gone (Ben Affleck). L’inexpressivité de son visage, sa voix trainante conviennent parfaitement à ce type de rôles, auxquels il semble d’ailleurs abonné. 
 
 Ma note - 2/5

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Inception

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 
 
Dom Cobb (Leonardo DiCaprio), spécialiste de l'extraction (technique consistant à s'approprier les secrets enfouis dans le subconscient des individus) est contacté par un magnat japonais, Saito (Ken Watanabe). La mission que ce dernier lui propose relève de la démarche inverse : l'inception. Il s'agit d'implanter dans l'esprit de Fischer (Cillian Murphy), un jeune milliardaire, l'idée de démembrer l'empire dont il vient d'hériter, car celui-ci menace par sa vocation hégémonique les intérêts de Saito... 
 
Fiche technique Inception - Affiche
 
Film américain, britannique
Année de production : 2010
Durée : 2h28
Réalisation : Christopher Nolan
Scénario : Christopher Nolan 
Image : Wally Pfister
Avec Leonardo DiCaprio (Dom Cobb), Joseph Gordon-Levitt (Arthur), Ellen Page (Ariadne), Tom Hardy (Eames), Ken Watanabe (Saito)... 
 

 
Critique 
 
Christopher Nolan prétend avec Inception plonger le spectateur dans l'univers des rêves. En fait, il ne nous propose qu'un banal blockbuster, qui cache derrière un déluge visuel et pyrotechnique assomant, ponctué par la composition d'un Hans Zimmer toujours moins délicat qu'une batterie de katiouchas (Dieu qu'elle est loin la partition de Gladiator !), les failles d'un scénario confus. Il est d'ailleurs difficile de garder son sérieux en écoutant les explications abracadabrantesques supposées nous faire accroire à l'extraction et à l'inception. Il eût mieux valu laisser ces éléments dans le flou ! 
 
Il est également fâcheux que cette immersion dans le domaine des songes ait un objectif aussi prosaïque que celui de défendre les intérêts d'un homme d'affaires avide. Mais ce trait est sans doute symptomatique de notre époque, dont la seule valeur semble être l'argent et le profit. Un tel projet, traité avec plus de finesse et d'intelligence, aurait pourtant pu être l'occasion d'une illustration poétique de l'espace onirique. Et ce n'est pas la vague allusion à 2001, l'odyssée de l'espace (voir la scène où Fischer retrouve son père mourant dans une chambre, séquence qui évoque celle où Dave Bowman se voit, viellissant, dans une suite de style Louis XVI) qui compense la lourdeur de la mise en scène. On ne peut donc que regretter que ce sujet n'ait pas été abordé par un cinéaste plus inspiré, comme Tim Burton ou David Lynch, par exemple...
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Reste cependant quelques trouvailles visuelles intéressantes (mais c'est le moins que l'on puisse attendre d'un film bénéficiant d'un tel budget !) et les interprétations de Leonardo DiCaprio (assez proche du personnage qu'il incarne dans Shutter island) et d'Ellen Page, dont le naturel et la fraîcheur éclaire Inception. Marion Cotillard n'apparaît malheureusement que ponctuellement, et est souvent associée, de manière assez grotesque, à la chanson de Piaf, Rien de rien. La Môme risque de la poursuivre longtemps... 
 
Inception est donc un spectacle assez vain et prétentieux, à la limite de l'ennui, qui fait regretter l'excellent The dark knight, du même réalisateur... 
 
Ma note - 1/5

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Cracks

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Cracks 1  
Synopsis
 
Dans un pensionnat anglais, en 1934. Miss G (Eva Green) entraîne à la natation un groupe de jeunes filles menée par Di Radfield (Juno Temple). Cette belle femme charismatique les faits rêver par le récit de ses voyages exotiques et de ses liaisons passionnées. Mais un jour arrive une nouvelle élève, Fiamma Coronna (Maria Valverde), une aristocrate espagnole éprise de liberté, qui à son tour va exercer une véritable fascination sur son professeur. Di et ses amies en éprouveront bientôt un vif sentiment de jalousie… 
 
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Film britannique, irlandais, espagnol, français, suisse
Année de production : 2009
Durée : 1h44
Réalisation : Jordan Scott
Scénario : Jordan Scott, Ben Court, Caroline Ip  
Image : John Mathieson
Avec Eva Green (Miss G), Juno Temple (Di Radfield), Maria Valverde (Fiamma Coronna), Imogen Poots (Poppy), Ellie Nunn (Lily)...   
 

 
Critique
 
Cette première oeuvre de Jordan Scott (elle a auparavant coréalisé avec son père, Ridley, l'un des courts-métrages d’All the invisible children), sorti de manière confidentielle à la fin du mois de décembre 2009, sur un nombre très réduit de copies, a été assez fraîchement accueilli par la critique. La sortie du DVD permet enfin de se forger une opinion et de constater que Cracks ne mérite pas un jugement aussi sévère. Jordan Scott compose en effet, avec cette histoire adaptée d’une nouvelle de Sheila Kohler, un univers onirique et infiniment troublant (et touchant), fait de fantasmes et de mythes (on peut citer en exemple la scène où, telles des ondines, Miss G et les jeunes filles prennent un bain nocturne).
 Cracks 2
 
L’interprétation est l’autre force de ce film. Eva Green campe ainsi un personnage ambigu, à la fois bonne fée et sorcière, pour reprendre l’expression de la réalisatrice. Son magnétisme la rend d’abord certaine de son ascendant, cependant Fiamma la rendra vulnérable, en la rejetant et en révélant la vacuité de son existence.

Juno Temple (révélation de ce début d'année, car également à l’affiche de Mr Nobody et Greenberg) campe quant à elle avec talent une chef de clan à la fois sadique et fragile.

Enfin, Maria Valverde (vue dans l’excellent film de Gonzalo Lopez-Gallego, Les proies), aérienne comme un ange, incarne avec sensibilité une héroïne romantique qui compense sa faiblesse par la force et la réalité de sa passion, qu’elle oppose à la mythomanie de Miss G.
  Cracks 4
 
On retiendra encore plusieurs choix musicaux particulièrement judicieux, notamment la très mélancolique chanson Greensleeves, et quelques belles références littéraires, tel le poème de John Keats, La vigile de la Sainte Agnès, ou le sonnet de Percy Shelley, Ozymandias. 
 
Cracks est donc un premier essai plutôt réussi, à la fois charnel, troublant, émouvant et dont la beauté plastique envoûte. 
 
  Ma note - 3/5

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Rabia

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 
 
Rosa (Martina García) et José-María (Gustavo Sanchez Parra) vivent une histoire d’amour passionnée. Mais immigrés sud-américains dans une Espagne en crise, les deux jeunes gens sont en but quotidiennement aux remarques racistes de la population locale. Une situation insupportable pour José-Maria, qui un jour a une violente altercation avec un homme ayant tenu des propos désobligeants sur Rosa. Incident qui lui vaut d’être renvoyé du chantier sur lequel il travaille. L’homme perd alors le contrôle de lui-même, provoquant accidentellement la mort de son ancien chef. Pourchassé par la police, il n’aura d’autre choix, pour ne pas être éloigné de Rosa, que de trouver refuge dans le grenier de la maison où la jeune femme est employée comme domestique…
 
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Film mexicain, espagnol, colombien
Année de production : 2009
Durée : 1h29
Réalisation : Sebastián Cordero
Scénario : Sebastián Cordero
Image : Enrique Chediak
Avec Martina García (Rosa), Gustavo Sanchez Parra (José-María), Tania de la Cruz (Viviana), Karlos Aurrekoetxea (Le mécanicien)...
 


Critique
 
Par certains aspects, Rabia n’est pas sans évoquer Les secrets. Car, à l’instar des trois héroïnes du film de Raja Amari, José-María se cache dans une vaste demeure bourgeoise, vivant à l’écart de ses occupants, qu’il ne cesse d’épier. On retrouve également la même ambiance sombre et bleuté, teintée de fantastique (ce n’est pas un hasard si le film est produit par Guillermo del Toro). La thématique est cependant ici différente. Si la négation de la sexualité féminine est au cœur de la réflexion de Raja Amari, Sebastián Cordero s’attache davantage dans Rabia aux rapports de soumission entre maîtres et employés. Sur ce point, le cinéaste révèle avoir été très influencé par une photographie de l’artiste péruvien Martín Chambi, intitulée Novia en mansion montes. Il s’agit d’un portrait de mariage d’une fille de bonne famille. La mariée ayant émis le souhait que la gouvernante qui l’avait élevée figure sur le portrait, celle-ci fut reléguée en arrière-plan, assise dans un fauteuil en rotin, à peine visible dans la pénombre, alors que la jeune fille, en pleine lumière, pose au bas de l’escalier principal du manoir familial, vêtue d’une splendide robe. Une autre photographie de Martín Chambi, La boda de Gadea, présente à peu près la même construction, qui symbolise pour Sebastián Cordero la violence des rapports de classes dans les sociétés sud-américaines. 
 
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Mais cette chronique sociale est aussi un suspense étouffant, une fable horrifique, à mi-chemin entre Hitchcock et Buñuel, lorsque le réalisateur nous décrit l’isolement progressif de José-María, un processus qui va mener le jeune homme à l’animalité. La scène de dératisation, par le mimétisme qu’elle introduit entre le clandestin et le rat, est à cet égard saisissante. Tout comme le travail sur les sons, que l’on doit à Oriol Tarragó, qui a travaillé entre autres sur [Rec] et L'orphelinat.
 
L’interprétation constitue un autre point fort du film. La délicieuse Martina García, déjà vue dans Perder es cuestion de método (Sergio Cabrera), et prochainement à l’affiche de Biutiful (Alejandro González Iñárritu), offre dans Rabia une composition particulièrement sensible et délicate. Gustavo Sanchez Parra (bientôt dans Año bisiesto, de Michael Rowe) impressionne quant à lui dans un rôle qui allie intériorité et déchéance physique. On sera également sensible à la virtuosité de la mise en scène de Sebastián Cordero, qui, par des plans-séquences d'une rare fluidité, relie les amants à travers les étages de la maison.
 
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Signalons enfin que Rabia a été récompensé par le Prix spécial du jury au Festival du film de Tokyo en 2009 et était en compétition officielle au Festival du film de Rotterdam en 2010. 
 
Ma note - 4/5

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