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Trust

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis

Annie (Liana Liberato), une adolescente de 14 ans, rencontre sur un tchat un garçon appelé Charlie (Chris Henry Coffey), qui dit avoir 16 ans. Will (Clive Owen) et Lynn (Catherine Keener), ses parents ne s’inquiètent cependant pas. Il leur semble normal que des adolescents échangent grâce aux nouvelles technologies. Au fil du temps, un lien amoureux se tisse entre les deux jeunes gens. Un jour, Charlie propose à Annie une rencontre. Mais l’inconnu se révèle être bien plus âgé que prévu… 
 
Fiche techniqueTrust---Affiche.jpg
 
Film américain
Année de production : 2010
Durée : 1h46
Réalisation : David Schwimmer
Scénario : Andy Bellin, Robert Festinger 
Image : Andrzej Sukula
Avec Clive Owen (Will), Catherine Keener (Lynn), Liana Liberato (Annie), Jason Clarke (Doug Tate), Viola Davis (Gail Friedman)... 
 

 
Critique
 
Le thème de Trust est si épineux que peu de réalisateurs osent l’aborder. Il faut dire qu’il est difficile de trouver le ton juste avec un tel sujet. Faut-il faire le choix d’un traitement distancié, au risque d’enlever de la force au propos ? Ou bien produire des images chocs, mais qui sont presque aussi inacceptables, par leur caractère racoleur, que ce que l’on cherche à dénoncer ? David Schwimmer évite avec intelligence ces deux écueils. En disséquant la manipulation mentale dont est l’objet Annie, il rend sensible la mécanique mise en œuvre par un prédateur sexuel, sans sombrer dans le sordide.

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La démonstration est glaçante. Le cinéaste nous montre comment des mois d’échanges virtuels peuvent avoir raison des défenses d’un individu encore immature. La perversité de l'hébéphile est telle qu’il met même à profit ses mensonges pour gagner la confiance de la jeune fille. Il réussit ainsi à faire passer ses aveux –partiels et graduels- concernant son âge
comme une preuve de sincérité. Aussi, lorsque l’innommable se produit, la jeune fille se laisse-t-elle faire sans résister, ou presque. Le sentiment d’être comprise, aimée, à une période de l'existence où l’on est éminemment fragile sur le plan émotionnel, l’empêchent de prendre conscience qu’elle est victime d’une agression. Elle se trouve dans le déni. Un refus de reconnaître la réalité qui va complètement déstabiliser ses proches (parents et meilleure amie). Je trouve que le regard porté par Schwimmer sur ses personnages est pertinent. Il envisage aussi le viol d’une manière complexe, qui devrait inciter à reconsidérer sa définition, encore essentiellement basée sur l’absence de consentement. Ce crime peut être en fait infiniment plus insidieux.
 
On saura gré également à l’auteur de ne pas tomber dans le piège du vigilant movie, façon Death wish. Cela aurait été tentant. Le sujet s’y prêtait. Le comportement de Will laisse un moment présager le pire, notamment par son obsession de surveiller l’un des habitants du quartier, fiché comme délinquant sexuel. Cependant, sa colère est celle d’un père à la fois dévasté par ce qu’a subit sa fille et ébranlé par la réaction de celle-ci. Les excès craints n’ont finalement pas lieu. Le réalisateur ne nous propose pas non plus une conclusion simpliste, avec happy end et triomphe de l’ordre sur le crime…

Trust 2
C’est surtout au niveau de la forme que Trust pèche. Malgré la présence au générique de techniciens chevronnés, comme le chef opérateur Andrzej Sekula (Reservoir dogs, Pulp fiction) et le monteur Douglas Crise (Babel), la mise en scène est en effet assez paresseuse. L’idée de mettre en incrustation les échanges entre Annie et Charlie fait un peu cache-misère (en rose pour les messages de la fille, en bleu pour ceux du garçon...).

On retiendra toutefois l’interprétation très convaincante de la jeune Liana Liberato. C’est d’ailleurs une constante du cinéma américain de confier à de très jeunes gens des rôles souvent délicats. Une démarche assez rare en France (on peut quand même citer de rares exceptions, comme My little princess d'Eva Ioneso). Clive Owen et Catherine Keener forment pour leur part un couple crédible, pris dans la tourmente d'une tragédie qu’ils n’ont pas su prévenir et qui les plonge dans le désarroi. Viola Davis interprète quant à elle avec beaucoup d’humanité son personnage de thérapeute. Seul Jason Clarke (Rule dans Killing fields), en agent du FBI, est un peu hors sujet.
 

Avec ce film, David Schwimmer fait donc œuvre pédagogique, ce que l’on peut saluer, même si quelques-uns observeront que les dangers d’Internet sont bien connus. Il n’empêche, je ne crois pas inutile de rabâcher certains messages…
 
 
Ma note - 2,5/5

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La préhistoire du cinéma de Marc Azéma

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

La préhistoire du cinéma

 

Dans La grotte des rêves perdus, le très beau documentaire de Werner Herzog consacré à la grotte de Chauvet-Pont-d’Arc, j’évoquais la sortie imminente aux éditions Acte Sud d’un ouvrage intitulé La préhistoire du cinéma, de Marc Azéma.

Dans ce livre, publié il y a déjà quelques semaines, l’auteur, spécialiste de l'art pariétal, invite à un voyage fascinant à travers l’art et le temps, pour démontrer que les techniques cinématographiques ont toujours été présentes et que l’archéologie du Septième art est bien plus ancienne qu’on ne le croit. Selon lui, les peintres du Paléolithique décomposaient des histoires complexes en tableaux successifs, comme dans une bande dessinée ou un film. Les artisans de cette époque auraient même mis au point le premier Thaumatrope, un jouet optique exploitant le phénomène de la persistance rétinienne, supposé avoir été inventé par John Ayrton Paris ou William Henry Fitton… vers 1820-1825…

Son propos nous permet également de redécouvrir les différentes inventions -aux noms étranges- qui ont marqué le précinéma, tels le Phénakistiscope de Joseph Plateau, le Zoopraxiscope d’Eadweard Muybridge, le Zootrope de William George Horner ou encore le Praxinoscope d’Emile Reynaud. Captivant, même s’il faut être passionné par le sujet…
 

 

La préhistoire du cinéma, Marc Azéma (Acte Sud, 2011)

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Planète interdite (Forbidden planet)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Planète interdite 1
 
Synopsis
 
2257. Le croiseur des Planètes Unies C57D, après une année de vol, arrive en vue d’Altaïr IV. La mission de l’équipage du commandant Adams (Leslie Nielsen) est de trouver les survivants d’une expédition scientifique arrivée sur la planète vingt ans auparavant. Mais de l’équipage du Belléphoron il ne reste plus que le docteur Morbius (Walter Pidgeon) et sa fille, Altaira (Anne Francis). L’homme tente vainement par radio de dissuader ses sauveteurs d’atterrir. Le commandant décide néanmoins de suivre ses ordres… 
 
Fiche techniquePlanète interdite - Affiche
 
Film américain
Année de production : 1956
Durée : 1h38
Réalisation : Fred McLeod Wilcox
Scénario : Cyril Hume
Image : George J Folsey
Avec Walter Pidgeon (Edward Morbius), Anne Francis (Altaira Morbius), Leslie Nielsen (Commandant JJ Adams), Jack Kelly (Lieutenant Jerry Farman)...   
 


Critique
 
Planète interdite, avant-dernier film du peu prolifique Fred McLeod Wilcox (dix longs métrages tournés en 22 ans de carrière, dont trois de la série Lassie, et un court), s’inspire d’une pièce de William Shakespeare, La tempête. Dans cette tragicomédie, le dramaturge anglais raconte l’exil de Prospero, duc de Milan, et de sa fille Miranda, sur une île déserte. Capable par la magie de maîtriser les éléments naturels et les esprits, dont Caliban, un génie monstrueux, le souverain déchu provoque le naufrage d'un navire transportant le roi de Naples, son fils Ferdinand, ainsi que son frère parjure, Antonio, auxquels il fera subir une série d’épreuves à caractère initiatique… 
 
Le spectateur de 2012 portera peut-être un regard un brin ironique sur cet ancêtre du space-opera. Sans doute s’amusera-t-il du décalage entre la réalité historique et le futur de la conquête spatiale imaginé par Allen Adler et Irving Block, décalage dont témoigne le propos introductif énoncé en voix-off par Les Tremayne (le général Mann dans La guerre des mondes de Byron Haskin) : In the final decade of the 21st century, men and women in rocket ships landed on the moon. By 2200 AD, they had reached the other planets of our solar system. Almost at once there followed the discovery of hyperdrive through which the speed of light was first attained and later greatly surpassed. And so at last mankind began the conquest and colonization of deep space.

Les intermèdes burlesques –notamment avec le cuisinier du croiseur, où la découverte du sentiment amoureux par l’ingénue Altaira- sembleront également déplacés par rapport au ton général du film, assez sombre. Mais surtout, Kubrick, avec 2001, l’odyssée de l’espace, a donné à la science-fiction une œuvre si définitive, que se soit esthétiquement ou sur le plan métaphysique, que tout ce qui la précède -et même la suit- a tendance à paraître dépassé… 
 
Planète interdite 2 
Pourtant, Planète interdite est bien plus qu’un simple objet de curiosité vintage. D’abord, parce qu’il est l’un des premiers films d’anticipation à avoir été tourné en couleur et en cinémascope, prouvant ainsi l’ambition artistique de ses auteurs. Les paysages de la planète (photo) sont d’une beauté qui n’a rien a envier aux productions plus récentes, comme Mission to Mars de Brian de Palma, par exemple.

Le design des décors est suffisamment sobre pour ne pas être trop daté. On les doit au talent de Cedric Gibbons, directeur artistique de 1 050 films selon IMDB ! Vous avez bien lu. Il n’y a pas d’erreur de frappe ! Une carrière incroyable, qui lui valut une quarantaine de nominations aux Oscars (!) et onze statuettes, en particulier pour La veuve joyeuse de Lubitsch, Un américain à Paris et Les ensorcelés de Minnelli, ou encore Jules César de Mankiewicz. Un métier en voie de disparition, les décorateurs, pour ce genre de films dit à grand spectacle, étant peu à peu remplacés par les infographistes. Dommage, car les œuvres y perdent un peu de leur âme…

Le travail sur les costumes évite également les extravagances, donc le ridicule rétrospectif. Ceux portés par Anne Francis, d’inspiration antique (photo), sont signés Helen Rose, qui fut elle aussi oscarisée dans son domaine pour Les ensorcelés. Les vêtements masculins ont été dessinés par Walter Plunkett (photo), que l’on retrouve au générique de nombreux films de Ford (Le mouchard, Marie Stuart, Révolte à Dublin, La chevauchée fantastique, Frontière chinoise) et à celui d’Autant en emporte le vent.
 
 
Planète interdite 3 
Les effets spéciaux sont empreints d’une poésie artisanale qui compense amplement leur âge. Ils ont été supervisés par A Arnold Gillespie, qui débuta sa carrière comme set designer sur Ben-Hur : a tale of the Christ de Fred Niblo (1925), film dont je parlerai prochainement. Ils associent maquettes et matte painting, technique que j’ai déjà évoquée à propos du Narcisse noir.

L’une des séquences les plus saisissantes est celle où Morbius fait visiter le générateur d’énergie mis au point par les Krells -les anciens habitants d'Altaïr IV- avant leur disparition, une gigantesque installation souterraine renfermant plus de 9 000 réacteurs nucléaires. La vue en plongée dans le puits d’aération est bluffante de réalisme (photo). On la doit aux talents conjugués de Max Fabian, Glen Robinson -tous les deux ont officié sur Le magicien d’Oz de Fleming- et Joe Alves (photo). Les peintures sur verre ont été réalisées par Howard Fisher et Henri Hillinick (King Kong).

Une autre scène fascinante est celle où l’Id, le monstre invisible d’Altaïr IV, attaque le croiseur des Planètes Unies. Sa silhouette n’est révélée que par les décharges de la clôture électrique protégeant l’astronef et les tirs de défense de l’équipage (photo). Par le mystère dont il nimbe la créature, ce procédé stimule l’imagination bien mieux que ne le ferait une représentation plus explicite. Sa conception est le fruit du travail d’une équipe prêtée à la production par les studios Disney. A sa tête se trouvait l’expérimenté Joshua Meador, animateur sur Blanche-Neige et les sept nains, Pinocchio, Fantasia, Dumbo, Bambi, et en charge des effets spéciaux sur Cendrillon, Alice au pays des merveilles ou La belle au bois dormant. Le résultat est d’une beauté ensorcelante, rarement égalée…
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Dessins de Joshua Meador
 
La volonté des auteurs de Planète interdite de se démarquer de la production lambda de l’époque transparaît aussi dans les effets sonores et la musique créés par les époux Louis et Bebe Barron, d’un caractère résolument original, car n’utilisant que des sources électroniques : Perhaps the most memorable character in Forbidden Planet is Robby the Robot, who brews bourbon and performs herculean feats ; for him, the Barrons composed a mechanically bubbly theme. For the invisible monster Id, a percussive sinking sound with a descending pitch punctuates every hole his footsteps leave on the planet’s rugged terrain (Bebe Barron, 82, pioneer of electronic scores, is dead, Dennis Hevesi, The New York Times). 
 
Le propos de Planète interdite, par sa maturité, situe cette œuvre au-delà du divertissement. Ses sources culturelles sont assez inhabituelles pour être soulignées et commentées. Les premiers explorateurs d’Altaïr IV sont ainsi venus à bord du Bellérophon, nom qui fait référence au redoutable tueur de monstres de la mythologie grecque, en particulier de la Chimère : Tressaillant d'allégresse, l'intrépide Bellérophon saisit le cheval ailé […], le dresse au combat en se jouant. Bientôt, transporté avec lui dans le vide des airs sous un ciel glacé, il accable de ses traits les Amazones, habiles à tirer de l'arc, tue la Chimère qui vomissait des flammes et défait les Solymes (Olympiques, Pindare). Le générateur d’énergie des Krells s’appelle la Gorgone, une créature des Enfers selon Homère : Mais l'innombrable multitude des morts s'agita avec un si grand tumulte que la pâle terreur me saisit, et je craignis que l'illustre Perséphonéia m'envoyât, du Hadès, la tête de l'horrible monstre Gorgônien (Odyssée, XI). Monstres, Enfers : des références métaphoriques du destin des Krells, peuple éminemment civilisé, mais dont la science et l’orgueilleux désir d’égaler les Dieux ont entraîné la chute. Ce message n’est pas anodin une dizaine d’années seulement après Hiroshima et Nagasaki, et en pleine Guerre froide.
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Cette méditation historique se double d’une réflexion anthropologique et psychanalytique sur les pulsions destructrices de l’être humain, symbolisées dans le film par l’Id, qui est le double diabolique et incontrôlé de Morbius. On rejoint ici le concept jungien d’ombre, cette partie de la psyché qu’il définit dans L'âme et la vie comme la part individuelle refoulée, mise à l'abandon par l'éducation. L’ombre est notre face obscure : L’homme est, dans l’ensemble, moins bon qu’il ne s’imagine ou ne voudrait être. Chacun est suivi d’une ombre et moins celle-ci est incorporée dans la vie consciente de l’individu, plus elle est noire et dense. Si une infériorité est consciente, on a toujours la chance éventuelle de la corriger. De plus, elle est constamment en contact avec d’autres centres d’intérêts, de sorte qu’elle est toujours soumise à des modifications. Mais si elle est refoulée et isolée de la conscience, elle ne sera jamais corrigée. Le fait en soi est proprement effrayant que l’homme ait un côté d’ombre, ombre qui ne comporte pas seulement -comme on se plairait à le penser- de petites faiblesses […], mais aussi une dynamique franchement démoniaque. 
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Walter Pidgeon incarne brillamment ce conflit entre ombre et lumière. A ses côtés, le regretté Leslie Nielsen, ici dans un de ses premiers rôles au cinéma (ce n’était cependant pas un débutant, car il avait déjà tourné dans de nombreuses séries télévisées), fait preuve d’une sobriété qui surprendra ceux qui ont en tête ses dernières apparitions à l’écran. Anne Francis, seul élément féminin du film, apporte une touche de charme à cette aventure. Pour ma part, je lui trouve une certaine ressemblance avec Marilyn Monroe (photo). Une impression renforcée par la scène où on la voit nager dans une mare (photo), séquence évoquant celle ou l’interprète de Certains l'aiment chaud se baigne dans une piscine, dans le film inachevé de George Cukor, Something's got to give (photo). 
 
Je serais évidemment incomplet si je ne parlais pas du véritable héros du film, c’est-à-dire Robby le robot, une star incontestable, dont le fiche IMDB compte plus d’une vingtaine d’entrées. Capable de parler 188 langues et dialectes, de synthétiser toutes matières, il est programmé pour ne jamais porter préjudice à l’être humain, en accord avec la première loi d'Asimov : Un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu'un être humain soit exposé au danger.

Robby s’apparente au personnage d’Ariel, le génie aérien de La tempête de Shakespeare. On le reverra notamment dans un épisode de Columbo -dont je suis un grand fan !- intitulé Au-delà de la folie (saison 3), où il est manipulé par un enfant surdoué, prénommé… Steve Spelberg. C’est peut-être l’occasion de souligner le lien singulier unissant le créateur d’ET à cette série. Il faut ainsi se rappeler qu’il fut le réalisateur du premier épisode, Le livre témoin (1971). Dans Ombres et lumières (saison 8), le meurtrier, Alex Bradley, est un cinéaste à succès, génie des effets spéciaux, qui ressemble à s’y méprendre à Spielberg. De plus, le générique se déroule dans un parc d'attraction d'un studio de cinéma où l’on peut voir furtivement le requin des Dents de la mer. Un film également à l’honneur dans Meurtre en musique (saison 17), où l’on entend le célèbre thème de John Williams. Mais fermons la parenthèse…
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Ce film qui a ouvert la voie à une science-fiction plus adulte et a inspiré esthétiquement ses successeurs -comparez la porte rougie du laboratoire des Krells lors de l’attaque de l’Id (photo) et l’œil de HAL dans 2001, l’odyssée de l’espace, par exemple (photo)-, bénéficie d’une très belle édition DVD en zone 1. Les fétichistes seront probablement heureux de découvrir dans ce coffret métal une figurine représentant Robby, ainsi qu’un lot de lobby cards, dont certaines illustrent cet article. La copie est de grande qualité. De nombreux bonus sont par ailleurs proposés, dont The invisible boy, une petite production de 1957 dont la vedette n’est autre que… Robby, et Amazing ! Exploring the far reaches of Forbidden planet, un documentaire explorant la genèse, la création et la postérité de ce classique. 

Album du film
 
Ma note - 4/5

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Décès de Theo Angelopoulos (24 janvier 2012)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Le réalisateur grec Theo Angelopoulos est mort, le 24 janvier, à l'âge de 76 ans, victime d’un accident de la circulation. 

 

Né à Athènes le 27 avril 1935, Theo Angelopoulos, qui étudia à Paris au début des années 1960, avant d’être critique de cinéma au quotidien Demokratiki Allaghi, tourna son premier long métrage en 1970, La reconstitution, qui obtint plusieurs récompenses au festival de Thessalonique (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure actrice dans un second rôle et meilleure image). 

 

Les premiers films du cinéaste portent l’empreinte de l’histoire politique de son pays (dictature des colonels). Dans Jour de 36 (1972), il osa ainsi un parallèle implicite entre le pouvoir en place et le régime autoritaire de Metaxás, qui dirigea la Grèce de 1936 à 1941. Il poursuivit sa dénonciation de la tyrannie dans Le voyage des comédiens (1975), qui met en scène une troupe de théâtre itinérante traversant la Grèce entre 1939 et 1952, puis Les chasseurs (1977), mention spéciale du jury au Festival de Cannes.

Après avoir dénoncé les dérives du pouvoir socialiste dans Alexandre le Grand (1980), Angelopoulos sa lança dans une trilogie existentialiste : Voyage à Cythère (1984), L’apiculteur (1986) et Paysage dans le brouillard (1988).

Dans un troisième cycle -Le pas suspendu de la cigogne, Le regard d’Ulysse (Grand prix du festival de Cannes 1995) et L'éternité et un jour (Palme d’or 1998)- Theo Angelopoulos ouvrit son discours au monde.

Au début des années 2000, il entama un triptyque historique sur l'Occident au XXeme siècle : Eléni – La terre qui pleure (2004) et La poussière du temps (2008), avec Willem Dafoe et Bruno Ganz, malheureusement inédit en France.

A noter que Potemkine a sorti en 2010 un splendide coffret consacré au cinéaste, dans lequel on peut (re)découvrir sept de ses films.
 

 

Filmographie complète sur IMDB.

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Millenium, les hommes qui n'aimaient pas les femmes (The girl with the dragon tattoo)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Millenium 1
 
Synopsis
 
Mikael Blomkvist (Daniel Craig), brillant journaliste d’investigation, est engagé par un des plus puissants industriels de Suède, Henrik Vanger (Christopher Plummer), pour enquêter sur la disparition de sa nièce, Harriet, survenue des années auparavant. Vanger est convaincu qu’elle a été assassinée par un membre de sa propre famille. Lisbeth Salander (Rooney Mara), jeune femme rebelle mais enquêtrice exceptionnelle, est chargée de se renseigner sur Blomkvist, ce qui va finalement la conduire à travailler avec lui. Entre la jeune femme perturbée qui se méfie de tout le monde et le journaliste tenace, un lien de confiance fragile va se nouer tandis qu’ils suivent la piste de plusieurs meurtres. Ils se retrouvent bientôt plongés au cœur des secrets et des haines familiales, des scandales financiers et des crimes les plus barbares… 
 
Fiche techniqueMillenium - Affiche
 
Film américain
Année de production : 2011
Durée : 2h38
Réalisation : David Fincher
Scénario : Steven Zaillian
Image : Jeff Cronenweth
Avec Daniel Craig (Mikael Blomkvist), Rooney Mara (Lisbeth Salander), Christopher Plummer (Henrik Vanger), Stellan Skarsgård (Martin Vanger)...   
 


Critique
 
J’ai été si peu convaincu par The social network, le dernier opus de David Fincher, et par l’adaptation du premier volet de la trilogie de Stieg Larsson par Niels Arden Oplev, que j’ai attendu ce remake hollywoodien sans impatience. Et même avec un a priori négatif. Le générique du film est rapidement venu à bout de mes préjugés. Cette séquence signée Tim Miller, illustrée musicalement par une reprise d’Immigrant song de Led Zeppelin, a en effet un pouvoir immersif assez sidérant. Perdu dans les méandres d’un clavier d’ordinateur filmé comme un labyrinthe, le spectateur se trouve d’emblée sous l’emprise de Gorgones numériques, de Phénix incandescents, fascinant alliage de culture geek –pour une fois que j’en dis du bien !- et mythologique, au parfum bitumineux aussi délétère qu’entêtant. Cette combinaison hypnotique d’images saisit l’esprit pour ne plus le lâcher, tout en lui donnant les clefs du récit à venir et de la psyché des personnages. Du grand art !
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Je ne suis pas en mesure d’évaluer la fidélité du film de Fincher au roman qui l’a inspiré, n’ayant pas lu ce dernier. Cependant, si j’en juge par les vagues souvenirs que je conserve de la version d’Oplev, Steve Zaillian (entre autres La liste de Schindler, Gangs of New York) paraît respecter l’intrigue de fond du livre. La grande différence entre les deux longs métrages, c’est la grande limpidité et le tempo très maîtrisé du présent récit, qualités dues au montage virtuose de Kirk Baxter et Angus Wall, collaborateurs de longue date du cinéaste américain. Les deux hommes transcendent une histoire finalement pas très originale (si ce n’est le personnage de Lisbeth Salander), n’en déplaise aux fans : des meurtres en série inspirés de textes bibliques, c’est du déjà vu, en souvent plus érudit. Bien sûr, on me rétorquera que je ne peux pas me faire une idée exacte de sa richesse, puisque je connais seulement ce qu’en a retenu le cinéma. C’est probablement vrai… 
 
La photographie de Jeff Cronenweth apporte un supplément d’élégance par rapport à la version suédoise, qualifiée de rugueuse par ses admirateurs (sans doute parce que cet adjectif leur semble adapté à la culture nordique), alors qu’elle était seulement passable. Le travail de Cronenweth, où transparait l’influence de son père, Jordan (Blade runner), et de son maître, Sven Nykvist (le chef opérateur de la plupart des films d’Ingmar Bergman, oscarisé pour Cris et chuchotements et Fanny et Alexandre), est d’une grande beauté plastique, notamment dans les flash-backs. La séquence reconstituant le jour de la disparition d’Harriet bénéficie ainsi d’un traitement éminemment raffiné.
     
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L’interprétation est également haut de gamme. Alors que Michael Nyqvist composait un Mikael Blomkvist un peu pâlot, Daniel Craig offre ici une prestation parfaitement crédible, bien qu’aux antipodes de son personnage de James Bond. Rooney Mara -l’ex petite amie de Mark Zuckerberg dans The social network- soutient quant à elle amplement la comparaison avec son homologue suédoise, la pourtant bluffante Noomi Rapace. Son rôle, contrairement à ce que l’on pouvait imaginer, n’a été en rien édulcoré par le filtre de la censure hollywoodienne. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la jeune femme (elle à six ans de moins que Rapace) fait preuve d’une étonnante audace… 
 
Millenium est un divertissement sophistiqué, qui m'a globalement séduit. Toutefois, aussi réussi soit-il, on peut s’interroger sur l’utilité de ce remake. Le roman de Stieg Larsson mérite-il en effet deux adaptations cinématographiques et une série télévisée ? Par ailleurs, je n’en continue pas moins à penser que, hormis Zodiac, Fincher n’est pas le génie que certains se plaisent à dire. C’est un très habile faiseur de films, certes, mais surévalué par la génération geek (chassez le naturel…), tout comme Quentin Tarantino. L’imposture, dans le cas de l’auteur de Seven, est cependant moins flagrante, car il n’est pas dans la citation permanente...

Ma note - 3,5/5
 
David fincher sur ce site : The social network 
 

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Le pacte (Seeking justice)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Le pacte 1
 
Synopsis
 
Laura Gerard (January Jones) est victime d’un violeur alors qu’elle rentrait chez elle. Son mari, Will (Nicolas Cage), est bientôt contacté par un inconnu, Simon (Guy Pearce), qui se présente comme le représentant d’un groupe de citoyens organisés pour rendre la justice. Il lui propose d’éliminer l’agresseur de sa femme, un récidiviste. En échange, on lui demandera de rendre quelques services. Désemparé, Will accepte. Le violeur est abattu. Mais quelque temps plus tard, Simon le recontacte : pour honorer son engagement, il doit tuer un pédophile présumé… 
 
Fiche techniqueLe pacte - Affiche
 
Film américain
Année de production :
Durée : 1h45
Réalisation : Roger Donaldson
Scénario : Robert Tannen
Avec Nicolas Cage ( Will Gerard), January Jones (Laura Gerard), Guy Pearce (Simon), Harold Perrineau (Jimmy), IronE Singleton (Scar)...    
 

 
Critique 
 
Un petit Nicolas Cage ! C’est souvent un nanar de derrière les fagots assuré ! A cet égard, Le pacte ne nous déçoit pas. Tout est en effet réuni pour stimuler nos zygomatiques (et ce n’est pas un luxe en ces temps de crise !)  : un scénario abracadabrantesque, plombé par d’inénarrables invraisemblances, des dialogues écrits avec le pied gauche, une mise en scène paresseuse -dire que Roger Donaldson, le réalisateur, prétend avoir été inspiré par The game de Fincher !- et une interprétation toujours autant premier degré de Cage, qui fait ici de nouveau escale à la Nouvelle-Orléans, après Bad Lieutenant. Je regrette qu’il ne nous ravisse pas d’une nouvelle fantaisie capillaire. Cette déception est cependant amplement compensée par l’improbable code permettant aux membres de l’organisation secrète de s’identifier : le hibou ravi jubile (pour humain, raison et jutice). Dès que je l’ai entendu, j’ai été persuadé qu’il cachait une contrepèterie. Cela m’a taraudé pendant tout le film, je voulais en décrypter le sens. Je n’y suis pas parvenu, hélas ! Si quelqu’un trouve une solution, je lui offre le DVD collector de Casablanca
  Le pacte 2
 
Je me demande par contre ce que Guy Pearce est venu faire dans cette galère. Nicolas Cage, c’est une évidence. Avec sa filmographie, Le pacte est taillé pour lui. En plus, il lui permet de rembourser ses dettes fiscales. Mais l’acteur australien ! On est loin de LA Confidential, The proposition et La route, Démineurs, Le discours d’un roi ou Animal kingdom 
 
Au-delà de la bonne blague, l’idéologie développée ici est assez embarrassante -pour de pas dire plus- et me rappelle l’ignoble Que justice soit faite. Comme ce vigilant movie, il légitime en effet en partie le recours à la vengeance pour pallier les carences du système judicaire. Il ne va certes pas aussi loin que le film de F Gary Gray, Will se rendant finalement compte que cela ne se fait pas (n’oublions pas que Cage a été nommé en 2009 ambassadeur de bonne volonté pour la justice dans le monde par l'office des Nations Unies contre la drogue et le crime : c’est dire s’il à une conscience aiguë du sujet !). Il n’empêche, on est bien dans la même veine, comme le prouve cette citation –détournée- d’Einstein mise en épigraphe du dossier de presse : Le monde est dangereux à vivre. Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire. Toute une philosophie… 
 
Le pacte 3 
J’ai relevé tout de même deux scènes intéressantes. Celle se déroulant dans le Mercedes-Benz Superdome, durant un rallye de monster trucks. Le plan montrant l’arrivée de Simon est visuellement impressionnant. La confrontation entre Will et Simon est également filmée avec une certaine efficacité. De plus, le lieu où elle a été tournée, le New Orleans Center, un centre commercial abandonné depuis sa destruction par l’ouragan Katrina en 2005, offre un décor de cinéma idéal. 
 
Bien sûr, on me dira que je savais à quoi m’attendre en me déplacement. C’est vrai. Cependant, j’ai une certaine tendresse pour Nicolas Cage. Malgré les errances de sa carrière, je l’aime bien. Et puis, January Jones (Betty Draper dans Mad men) est canon. Comme le dit le dossier de presse du film, elle apporte beaucoup de couleurs à l'écran (je ne sais pas trop ce que cela veut dire, mais j’imagine que c’est un compliment).

Un dernier mot, avant de conclure, sur le titre original. Initialement, ce devait être The hungry rabbit jumps (pour human, reason et justice : cela vous rappelle quelque chose ?), soit en français Le lapin affamé saute. La production s’est finalement ravisée, préférant Seeking justice. Pourquoi tant de sobriété ?
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PS - On pourrait imaginer des variantes pour le code. Pourquoi pas : Une Pipistrelle commune a été prise au piège dans mon bac à cendres (une réunion extravagante de mots qui devrait être moins populaire sur les moteurs de recherche que mon évocation de la poitrine de Keira Knightley, dans mon article sur J Edgar) ? C’est un peu long à dire, mais pas plus crétin…

Si vous avez des idées, n’hésitez pas à m’en faire part dans vos -éventuels, ne soyons pas trop outrecuidant !- commentaires. Dans le cas où personne ne trouverait la contrepèterie (après tout, il n’y en a peut-être pas), j’enverrai le collector de Casablanca à celui ou celle qui m’aura fait la proposition la plus amusante. Le pire, c'est que je suis parfaitement sérieux. Avis aux amateurs…
 
 
Ma note - 1/5

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Actualité DVD - Blu-ray (janvier 2012)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Septième titre de la collection Classics Confidential éditée par Wild Side, The story of GI Joe (Les forçats de la gloire) sortira le 1er février prochain. Ce film de William A Wellman raconte l’histoire d’Ernie Pyle, un authentique correspondant de guerre décédé sur une île japonaise du front Pacifique le 18 avril 1945. L’histoire nous le montre suivant un groupe de fantassins américains impliqués dans deux moments-clés de la Seconde guerre mondiale : la campagne d'Afrique du Nord et celle d'Italie…

The story of GI Joe était considéré par son auteur comme son meilleur film. Samuel Fuller, quant à lui, le qualifiait de seul film adulte et authentique produit par Hollywood pendant le conflit. A noter qu’il est entré en 2009 dans le National Film Registry,
un ensemble d’œuvres sélectionnées par le National Film Preservation Board pour conservation à la Bibliothèque du Congrès. En complément, Wild Side propose un documentaire de John Huston, The battle of San Pietro, ainsi qu’un livre exclusif de 80 pages, intitulé Le Ciel ou la boue.
 

 

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    La grande illusion, Jean Renoir (1937)

 

Studio Canal annonce pour sa part la commercialisation en Blu-ray, le 21 février, de deux grands classiques. Tout d’abord La grande illusion (qui ressort en salle le 15 février), de Renoir, dans une version restaurée inédite. L’éditeur proposera en bonus une introduction de Ginette Vincendeau, l'émission Cinéma Cinémas avec Françoise Giroud, qui fut scripte sur le film, un court métrage muet du cinéaste (La petite marchande d’allumette), ainsi qu’un documentaire retraçant la découverte du nouveau négatif par la Cinémathèque de Toulouse.

Studio Canal réédite également To be or not to be, de
Lubitsch, avec, en compléments, une analyse sémiologique des 20 premières minutes du film par Jean Douchet, un commentaire d’une historienne de l’université de Californie et une interview de la petite-fille du réalisateur. 

 

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    Le fleuve, Jean Renoir (1951)

 

Chez Carlotta, enfin, je signale la sortie en Blu-ray de deux œuvres inspirées de romans de l’écrivain Rumer Godden : Le narcisse noir (7 mars), du tandem Powell-Pressburger, et Le fleuve (21 mars), de Jean Renoir, dernier film américain du cinéaste, et aussi son premier en couleur.

Je n’ai pour l’heure aucune information sur les bonus qui ne devraient pas manquer d’enrichir ces deux éditions. Pour mémoire, l’Institut Lumière proposait pour le premier une préface de Martin Scorsese, une présentation par Bertrand Tavernier et plusieurs documentaires, dont Painting with light, de Craig McCall, sur le travail de Jack Cardiff.

Pour le second, le DVD commercialisé par Criterion comprend un témoignage de Jean Renoir, une bande annonce, des interviews de Scorsese et de Kenneth McEldowney (producteur du film), une galerie de photographies (notamment de plateau) et un document enregistré par la BBC en 1995, Rumer Godden : an indian affair, mettant en scène le retour de la romancière dans sa maison, en Inde.

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Take shelter

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Curtis LaForche (Michael Shannon) mène une vie paisible avec sa femme (Jessica Chastain) et sa fille. Jusqu’au jour où il devient sujet à d’effrayants cauchemars. Visions prémonitoires d’une apocalypse imminente ou manifestations ataviques d’une schizophrénie en train de se développer ? Son comportement de plus en plus irrationnel fragilise bientôt son couple et provoque l'incompréhension de ses proches. Rien ne peut vaincre la terreur qui habite son esprit… 
 
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Film américain
Année de production : 2011
Durée : 2h00
Réalisation : Jeff Nichols
Scénario : Jeff Nichols
Image : Adam Stone
Avec Michael Shannon (Curtis LaForche), Jessica Chastain (Samantha LaForge), Tova Stewart (Hannah LaForge), Shea Whigham (Dewart)...
 


Critique
 
La richesse de Take Shelter, film à la frontière des genres, rend l’exercice du critique difficile. N’ayant pas le lyrisme de certains de mes camarades blogueurs, ni leur esprit d’analyse, je dirais, pour en donner une idée juste, qu’il est une sorte d’hybride –fécond- entre The tree of life (chronique familiale), Black Swan (récit schizophrénique) et Melancholia (conte apocalyptique). En quelque sorte, il est une synthèse des œuvres les plus singulières –quoi que l’on pense de leurs qualités- de l’année 2011. Ce qui devrait suffire à contenter les cinéphiles les plus exigeants. Ou, du moins, susciter leur curiosité.
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La peur de Curtis LaForche est à l'image de celle que nous pouvons ressentir, en Occident, face à un monde en mutation. Ce n’est évidemment pas la première fois que le cinéma se fait l’écho de telles angoisses. Il le fait parfois d’une manière directe, parfois sous forme symbolique. Les raisins de la colère, dont j’ai fait il y a quelques temps la chronique, empruntait la première voie, en évoquant les infortunes d’une famille de petits fermiers de l’Oklahoma frappée par une triple crise, économique (la Grande Dépression), technologique (la mécanisation agricole) et environnementale (les tempêtes de poussière, ou Dust Bowl, provoquées par l’érosion des sols).

Notre époque connaît des bouleversements étrangement semblables. Nous les appréhendons toutefois d’une façon très différente d'il y a 70 ans. A supposé, bien sûr, que l’on accrédite la vision développée ici par Jeff Nichols, ce qui est mon cas. Ainsi, dans le film de Ford, les Joad avaient-ils foi en la possibilité d’un avenir meilleur en Californie, en dépit de leurs difficultés. Leur migration avait certes pour corollaire le déracinement, l’éclatement de la cellule familiale, mais aussi la solidarité et la volonté de se battre, de s’en sortir collectivement. L’anxiété contemporaine se traduit par le repli sur soi. Le salut de l’individu n’est plus ailleurs, ni avec les autres, souvent regardés comme une menace (voir Contagion) : il est sur sa terre (et même sous, dans un abri), avec ses plus proches parents. Malgré son cynisme –où sa trop grande lucidité, c’est selon le point de vue- et son désir de rompre avec son entourage,
Justine, l’héroïne de Melancholia, n’agit pas différemment, puisque c’est aux côtés de son neveu et de sa sœur, dans la propriété de celle-ci, qu’elle affronte l’Apocalypse.

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Cette métaphorisation de nos angoisses me paraît psychologiquement pertinente, car, avec l’affaiblissement du sentiment religieux, la fin du communisme (un rapprochement sans doute baroque, néanmoins tous deux ont apporté à leur façon de l’espoir –souvent déçu- à ceux qui souffraient), un capitalisme de moins en moins vaillant et la mondialisation, on peut avoir l’impression aujourd’hui qu’il n’existe plus aucun secours idéologique dans la société pour supporter les incertitudes du futur, ni aucun lieu pour échapper au danger. A moins de faire l’autruche… comme Curtis en se réfugiant dans un abri anti-tempête… Mais il est temps que je mette un terme à mes divagations pseudo-philosophiques, aussi prétentieuses que maladroites… 
     
Le scénario de Take shelter se déploie avec beaucoup d’intelligence, d’autant que son auteur entretient l’ambigüité sur l’origine des visions de son héros jusqu’au final, voire au-delà (je ne parle pas de l’avant-dernier opus de Clint Eastwood !), chacun pouvant avoir sa propre interprétation… La mise en scène est d’une classe absolue, évitant les débauches d’effets à la Nolan ou à la Emmerich. Pas besoin d’une technologie démonstrative pour plonger dans l’esprit et les cauchemars de Curtis : le regard de Michael Shannon suffit à exprimer son désarroi et sa terreur. Pas besoin non plus d’une orgie obscène de pixels pour évoquer la fin des Temps, comme dans 2012. L’imagerie eschatologique de Jeff Nichols, sublimée par la photographie d’Adam Stone -déjà présent sur Shotgun Stories, le premier long métrage du cinéaste- est à la fois simple et angoissante : des éclairs irradiants un ciel de plomb, des gouttes de pluie ambrées, le reflet d’un vortex dans une vitre… La dernière scène est d’une beauté sidérante -encore un point commun avec le dernier Lars von Trier…
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Curtis, bouleversant dans son désir de protéger les siens, effrayant dans son obsession, tout autant que pathétique dans son vain combat intérieur contre sa déraison (une folie qui le conduit à dépenser l’argent économisé pour l’implant cochléaire de sa fille dans les travaux d’extension de son abri), est superbement incarné par Michael Shannon, qui porte littéralement le film. A ses côtés, Jessica Chastain offre une prestation lumineuse, peut-être la plus émouvante de sa carrière. Son personnage est à l’opposé de Ronnie Neary dans Rencontres du troisième type. A la différence de cette dernière, qui fuit le comportement délirant de Roy, elle conserve pour Curtis de l’empathie, le soutient, notamment lors de la réunion du Lions Clubs. Les deux acteurs forment ici un magnifique couple. 
 
Take shelter est une pure merveille, dont j’ai probablement mal rendu compte. J’ai en effet le sentiment de m’être en peu perdu dans d'improbables analyses… Je signale tout de même, avant de conclure, que Shotgun Stories est sorti en DVD chez Potemkine en décembre dernier. Au moins, avec cette information, aurai-je fait œuvre utile… 
 
Ma note - 4,5/5

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La Colline aux coquelicots (コクリコ坂から)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

La colline aux coquelicots   
Synopsis
 
Umi, une lycéenne, vit dans une vieille bâtisse perchée au sommet d’une colline surplombant le port de Yokohama. Chaque matin, depuis que son père a disparu en mer, au moment de la guerre de Corée, elle hisse face à la baie deux pavillons, comme un message lancé à l’horizon. Au lycée, quelqu’un a écrit un article sur cet émouvant signal dans le journal du campus. C’est peut-être Shun, le séduisant jeune homme qu’Umi n’a pas manqué de remarquer. Attirés l’un par l’autre, les deux jeunes gens vont partager de plus en plus d’activités, de la sauvegarde d’un foyer d’étudiants menacé de démolition par son propriétaire, jusqu’à la rédaction d’un journal. Pourtant, leur relation va prendre un tour inattendu avec la découverte d’un secret qui entoure leur naissance et semble les lier… 
 
Fiche techniqueLa colline aux coquelicot - Affiche
 
Film japonais
Année de production : 2011
Durée : 1h31
Réalisation : Gorō Miyazaki
Scénario : Hayao Miyazaki, Keiko Niwa 
Image : Atsushi Okui
Avec (voix originales) Masami Nagasawa (Umi Matsuzaki), Junichi Okada (Shun Kazama), Keiko Takeshita (Hana Matsuzaki)...  
 

 
Critique
 
La ballade de l’impossible, le très beau film du Franco-vietnamien Trn Anh Hùng, avait pour toile de fond le mouvement de contestation estudiantine qui agita le Japon à la fin des années 1960. La colline aux coquelicots se situe quelques années plus tôt, en 1963, à une période charnière où la jeunesse de ce pays hésitait encore entre respect des traditions et aspiration au changement. Cet ancrage dans le réel confère à ce second long métrage de Gorō Miyazaki -après Les contes de Terremer- une place particulière dans les productions signées Ghibli, d’ordinaire plus orientées vers l’imaginaire et le fantastique (même si Le tombeau des lucioles et Mes voisins les Yamada d’Isao Takahata avaient déjà cette orientation). 
 
La colline aux coquelicots 2 
Cette adaptation du shōjo –un manga destiné aux adolescentes- de Tetsurô Sayama et Chizuru Takahashi (édité en France par Delcourt et Akata) m’a touché. Mon côté midinette ? Peut-être… Mais pas seulement. J’ai été sensible à cette peinture tendre de la société japonaise, à cette manière de sublimer les gestes les plus simples du quotidien, comme de préparer un repas (cela me rappelle Still walking, de Hirokazu Koreeda), et de mettre en avant la force des liens familiaux et la solidarité entre les générations, traits qui apparaissent déjà dans Ponyo sur la falaise ou Arrietty. La quête identitaire des deux jeunes gens est également émouvante, et sans doute assez symbolique de celle de l’auteur, un peu écrasé par l’imposante figure paternelle. J’ai aussi aimé cette évocation du petit monde utopique du Quartier latin, qui tente de se construire un futur en conciliant passé et modernité. Un mode de développement dont notre époque pourrait –devrait ?- s’inspirer. J’y vois en outre comme une métaphore de l’avenir possible du studio d’animation japonais… 
  
De la même façon, j’ai été séduit par le graphisme délicat de La colline aux coquelicots, que ce soit dans le traitement des paysages, baignant dans une lumière expressionniste (on aperçoit d’ailleurs furtivement dans la maison d’Umi une reproduction d’un champ de coquelicots signé Monet), ou de l’architecture du foyer des étudiants, le Quartier latin (autre clin d’œil à la culture française), avec ses fenêtres en verre coloré, ses amoncellements hétéroclites d’objets… Les deux héros sont également bien caractérisés, en particulier la jeune fille, qui est à l’image du coquelicot, une fleur incarnant, selon certaines sources, l'ardeur fragile… 
 
La colline aux coquelicots 3
 
J’ai par contre moins apprécié le travail sur les visages, hormis ceux d’Umi et Shun. Les physionomies des personnages secondaires m’ont en effet gêné par leur trop grande stylisation. Celle-ci renforce certes leur expressivité, comme c’est le cas dans les yakusha-e, ces estampes représentant des acteurs de Kabuki (je songe par exemple à celles de Tōshūsai Sharaku), mais elle donne aussi à leurs traits un côté grotesque. J’ai lu que c’était une règle des récits destinés à la jeunesse au Japon. Je ne suis pas assez spécialiste pour en juger. Quoi qu’il en soit, cela m’a embarrassé… La colline aux coquelicots souffre aussi par instant d’un certain manque de rythme, dû à une animation un brin paresseuse, et d’une présence un peu encombrante de la musique, notamment des passages chantés. 
 
Malgré ces défauts, et n’en déplaise aux fans d’Hayao Miyazaki, son fils Gorō semble peu à peu trouver son style. Laissons-lui le temps. Car il nous apporte avec ce joli film mélancolique la preuve de son talent… 
 
Ma note - 3/5

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J Edgar

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Repéré par le procureur général Alexander Palmer (Geoff Pierson), alors qu’il vient d’être victime d’un attentat, J Edgar Hoover (Leonardo DiCaprio) va peu à peu gravir les échelons de l’administration américaine, devenant le premier directeur du Federal Bureau of Investigation. Au fil de son ascension, il fait la connaissance d’Helen Gandy (Naomi Watts), à qui il fera un temps la cour, avant de la choisir comme assistante, puis de Clyde Tolson, qui deviendra son adjoint. Et même un peu plus… 
 
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Film américain
Année de production : 2011
Durée : 2h17
Réalisation : Clint Eastwood
Scénario : Dustin Lance Black
Image : Tom Stern
Avec Leonardo DiCaprio (J Edgar Hoover), Naomi Watts (Helen Gandy), Armie Hammer (Clyde Tolson), Geoff Pierson (Alexander Palmer)...
 

 
Critique
 
Je veux d’abord être clair. Je ne fais pas partie de ces iconoclastes qui, les années passant, renversent –par principe, la mode étant au jetable- les idoles d’hier, pour se prosterner devant de nouveaux dieux (Nolan, Fincher), qui, peut-être -je n’ose écrire j’espère !- vivront eux aussi ce que vivent les roses, l’espace d’un matin, selon la jolie formule de Malherbe, avant d’être eux-mêmes remplacés dans le cœur ingrat des cinéphiles…

Clint Eastwood connaît depuis quelques années se sort injuste. Ses dernières réalisations n’ont certes pas été à la hauteur de sa réputation, mais est-ce une raison pour le vouer au bûcher ? Il a mis en scène trente-cinq films depuis 1971, dont quelques titres inoubliables (Impitoyable, Lettres d’Iwo Jima, Mystic river, Sur la route de Madison…). Lorsque l’on mène une carrière aussi longue et riche, il est impossible de ne produire que des chefs-d’œuvre. Par comparaison, Terrence Malick –pour moi le plus grand cinéaste américain vivant, malgré la déception de The tree of life- en est seulement à cinq sur une période d’activité à peu près égale (La ballade sauvage date de 1973). Il lui est évidemment plus facile d’être constant… Bien sûr, on pourra reprocher à Eastwood sa boulimie. Du moins témoigne-t-elle de son amour du cinéma…
 
 
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Pour autant, si je n’oublie pas ce que le Septième art doit à certains auteurs, je ne suis pas non plus un admirateur aveugle. Il m’arrive de défendre avec ardeur certains films, parfois un peu trop vivement, comme je l’ai fait avec Les raisins de la colère face à Bastien, à qui j’adresse des excuses aussi plates que la poitrine de Keira Knightley (une association de mots qui devrait booster mon compteur de visites !). Cependant, jamais une œuvre dans sa globalité. Vous n’êtes pas près de me surprendre en flagrant délit de fanitude… sauf si on me parle d’Eva Green (mais dans ce cas, mon approche est strictement viscérale).

Aussi, ce n’est pas parce qu’il est une figure mythique du cinéma américain qu’on doit aborder chaque nouvel opus d’Eastwood avec une déférence religieuse. Or, si J Edgar est objectivement plus réussi qu’Au-delà (pas difficile, diront les esprits fielleux…), je m’explique assez mal l’accueil exagérément élogieux qui lui est quasiment unanimement réservé par la critique française (faut-il y voir une manière de s’attirer les bonnes grâces du maître, et ainsi obtenir un entretien ?).

Avec une telle entrée en matière, vous avez sans doute compris que J Edgar ne m’a pas complètement convaincu. Commençons par les critiques, afin de finir sur une note positive…
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Le récit, organisé autour de –trop- nombreux flash-backs, est parfois difficile à suivre. D’autant que les transitions entre les époques ne sont pas toujours des plus claires. Le scénariste, Dustin Lance Black (oscarisé pourHarvey Milk) prend le parti de se focaliser sur la sphère privée de Hoover, laissant de côté, ou presque, son action à la tête du FBI. Ce qu’on peut déplorer. On aurait en effet aimé avoir la vision de Clint Eastwood sur un pan essentiel de l’histoire des Etats-Unis, dont il est l’une des incarnations culturelles (n’en déplaise à certains), comme Ford en son temps (n’en déplaise à d’autres…). 
 
Certes, J Edgar évoque, entre deux scènes intimes, la période troublée de 1917-1920, où l’Amérique vécut dans la crainte d’une extension sur son territoire de la révolution bolchevique, ou l’enlèvement du fils aîné de Charles Lindbergh. On y croise aussi quelques figures de premier plan, tel le procureur Palmer ou Bob Kennedy...

Le contexte historique n’est toutefois pour les auteurs de ce film qu’une toile de fond. Seules comptent pour eux la relation castratrice du directeur du FBI avec sa mère et sa liaison avec son bras droit, Clyde Tolson. C’est un choix comme un autre, bien sûr. Il n’en est pas moins regrettable de ne retenir d’une personnalité qui eut autant d’influence, de pouvoir, que son supposé complexe d'Œdipe, sa prétendue homosexualité ou son soi-disant goût pour le travestissement. Qu’est-ce que cela apporte ? C’est comme si, pour retracer la vie de Talleyrand, on parlait uniquement de ses bonnes fortunes. Ou que l’on réduisait la biographie et l’œuvre de Proust à son amour démesuré pour sa mère et son inversion.

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Si encore ces hypothèses –l’homme avait tellement le goût du secret que rien n’est établit formellement, ce qu’admet lui-même le réalisateur dans un entretien accordé au magazine Positif (j’ai du mal à croire qu’un homme aussi obsédé par son image ait pu s’exhiber en travesti)- servaient à éclairer la psyché de Hoover et à démontrer que sa vie privée a pu influencer ses décisions ou ses actes. Ce n’est cependant pas le cas ici. Ou alors tellement en creux que c’est à peine perceptible…
 
     
Je suis aussi assez réservé sur l’interprétation. Leonardo DiCaprio est dans la performance. C’est évidemment bluffant, néanmoins cela sent trop l’exercice de style (genre Actors Studio), la course à l’Oscar, pour que l’on ne finisse pas par être agacé. Beau travail quand même des équipes de maquillage prosthétique. Du moins pour son personnage. Armie Hammer, qui incarne Tolson, n’a pas la même chance. Alors que le visage vieilli de DiCaprio est d’une surprenante plasticité, que son regard exprime étonnamment la sénescence, celui de Hammer est comme momifié. S’en est presque risible… 
 
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J Edgar
offre tout de même au spectateur quelques motifs de satisfaction. On peut d’abord se réjouir que l’auteur de Gran Torino retrouve son style. On pouvait craindre en effet qu’il eût été englouti sous les vagues dévastatrices du tsunami d’Au-delà… Son chef opérateur et collaborateur de longue date, Tom Stern, signe ici une photographie élégante, avec une palette chromatique très expressive, souvent désaturée (comme dans Lettres d’Iwo Jima), mais pas seulement.

Comme je l’ai écrit, j’aurais préféré que le récit fût davantage centré sur l’action de Hoover. Je reconnais pourtant que l’évocation du lien entre le patron du FBI et son adjoint est véritablement sublimé par le scénario de Lance et la sensibilité d’Eastwood. Leur rencontre est filmée avec beaucoup de pudeur. La dernière scène, qui nous montre Hoover gisant sur le sol, a demi-nu, dépouillé de sa puissance, est également très belle, notamment en raison du geste de Tolson, qui le recouvre d’une couverture.

De petits instants de grâce, qui ne suffisent cependant pas à faire de J Edgar un élément majeur de la filmographie d’une légende d'Hollywood.
 
 
Ma note - 2,5/5

A consulter : Press-book du film

Clint Eastwood sur ce site : Au-delà

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Charlie Chaplin, images d’un mythe (16 décembre 2011-20 mai 2012, Palais Lumière d’Evian) - Cinéma, art du XIXème siècle (14-28 janvier 2012, musée d'Orsay)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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En janvier 2011, le musée de l’Elysée de Lausanne annonçait le dépôt dans ses collections du fonds Chaplin, une importante collection constituée d’environ 10 000 photographies retraçant la carrière et la vie du créateur de Charlot. Cet ensemble compte des pièces d’une valeur majeure, dont l’album Keystone (photo), un objet unique composé d’environ 790 clichés permettant de découvrir la mise en place progressive du personnage de Charlot.

L’exposition Charlie Chaplin - Images d’un mythe rend compte de la portée historique et esthétique inestimable de ce fonds. Outre les photographies (photos de travail, photos de promotion, photos de plateaux, de premières, portraits officiels…), des extraits de films, des affiches, des coupures de presse, mettent en image l’univers du cinéaste.

 

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Le musée d’Orsay propose pour sa part une exposition intitulée Cinéma, art du XIXème siècle. A travers une programmation qui mélange tous les genres -aussi bien la fiction que le documentaire- ce cycle présente quelques chefs-d'œuvre des premiers temps du cinéma. Huit thèmes ont été retenus : Des machines et des hommes, Vol plané, Folie's, Bestiaire, Histoire de fleurs, Marcel (ne) va (pas) au cinéma, Ainsi soit-il et Japon, japonisme, japonaiseries.

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Les crimes de Snowtown (Snowtown)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Jamie (Lucas Pittaway), 16 ans, vit dans une banlieue déshéritée d’une petite ville d’Australie-Méridionale. C’est un adolescent mal dans sa peau, victime d’un voisin pédophile et d’un frère dégénéré. Mais tout change lorsque John Bunting (Daniel Henshall), le nouveau compagnon de sa mère (Louise Harris), débarque dans sa vie. L’homme exerce bientôt sur le jeune garçon, qui n’a jamais connu son père, un grand pouvoir de séduction. Une fascination qui va l’entraîner dans un maelström de violence… 
 
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Film australien
Année de production : 2011
Durée : 1h59
Réalisation : Justin Kurzel
Scénario : Justin Kurzel, Shaun Grant
Image : Adam Arkapaw
Avec Lucas Pittaway (Jamie Vlassakis), Bob Adriaens (Gavin), Louise Harris (Elizabeth Harvey), Daniel Henshall (John Bunting)...   
 


Critique
 
Alors que les productions venues d’Asie ont quelque peu marqué le pas l’année dernière –mais leur qualité n’est pas forcément en cause, peut-être est-ce seulement le résultat de mauvais choix de la part des distributeurs- le cinéma australien connaît un retour en force sur les écrans hexagonaux, avec notamment des projets extrêmement audacieux de jeunes cinéastes. David Michôd s’est ainsi fait remarquer en 2011 avec une première œuvre puissante, Animal Kingdom (que je n’ai pas eu le temps de chroniquer). Il y a eu également Sleeping beauty de Julia Leigh (malheureusement pas programmé à Dijon). On citera également des réalisateurs plus expérimentés, comme Andrew Dominik, auteur du très stylisé Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford, ou encore John Hillcoat, dont deux films sont sortis en France au cours des dernières années, La route, puis, à la faveur du succès de ce dernier, The proposition, un western rugueux, dans la lignée du cinéma de Peckinpah.

C’est au tour de Justin Kurzel de nous livrer un premier long métrage… glaçant… Et oui ! Je cède à la mode d’un vocabulaire que j’ai considéré avec un peu d’ironie dans ma critique de A dangerous method… Cependant, je ne vois pas d’autre terme pour rendre compte de la descente aux enfers de Jamie…
 
 
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Pour évoquer le lugubre quotidien dépeint dans Les crimes de Snowtown, je pourrais reprendre une partie de la critique que j’ai consacré à Winter’s bone : Debra Granik nous offre une peinture de l’Amérique des laissés-pour-compte dont la noirceur oppressante a quelque chose de terrifiant : terrains boueux, paysages désolés, masures menaçant ruines… Je sais, c’est assez narcissique –et un peu facile- de se citer, toutefois il existe une étonnante parenté entre les milieux décrits (sous-prolétariat), les thèmes abordés (absence de la figure paternelle, violences intrafamiliales…) et le style naturaliste de ces deux œuvres, même si les décors sont dissemblables : le spectateur n’est plus plongé dans les paysages fangeux et glacés des monts Ozarks, mais dans la poussière suffocante australienne… 
 
Le propos des deux films est néanmoins très différent. Ree Dolly (Jennifer Lawrence) ne subit pas passivement la cruauté de son entourage. Elle se bat. Et à aucun moment elle ne semble tentée d’imiter ses bourreaux. L’attitude de Jamie est plus ambiguë. Il est certes victime, pourtant jamais il ne montre de signe de révolte, comme s’il consentait aux sévices dont il est la cible. De plus, il se laisse entraîner au fond de l’abîme par John avec une malléabilité qui interroge. Le point de rupture est cet instant où, sans contrainte (du moins physique), il accepte d’abattre le chien de ce dernier. Et si l’insondable barbarie dont il se fait le complice était finalement inhérente à sa nature ? Le réalisateur ne nous apporte pas de réponse. Il nous laisse dans la position –inconfortable- de témoin. A nous de nous forger une opinion, de juger. Ou pas. On est un peu dans la situation de l’élève Törleß observant les actes de cruauté de ses camarades et le masochisme de Basini, dans le film de Schlöndorff, dont j’ai parlé il y a peu. 
 
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La mise en image de cette trajectoire terrifiante est âpre, mais sans effets inutiles. Si ce n’est la pénible scène de la salle de bain, Justin Kurzel montre peu, disséquant le mal à l’œuvre, sans chercher le spectaculaire sordide et nauséabond si courant lorsqu’un tel sujet est porté à l’écran. Un traitement qui donne une force vertigineuse au film. D’autant que celui-ci est porté par deux interprètes exceptionnels. Deux inconnus. Daniel Henshall et Lucas Pittaway. Le premier confère à son personnage une bonhomie qui rend sa perversion encore plus perturbante. Par son jeu très intériorisé, le second fait de Jamie un abîme de mystère. 
 
Justin Kurzel fait donc des choix toujours pertinents. Assurément, un auteur à suivre… 
 
Ma note - 4/5

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Les raisins de la colère (The grapes of wrath)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Tandis qu'il retourne chez lui, après avoir purgé une peine de prison pour homicide, Tom Joad (Henry Fonda) rencontre un ancien pasteur, Jim Casy (John Carradine), qui l’a baptisé. Les deux font la route ensemble. Alors qu'ils arrivent à la ferme familiale, ils s'aperçoivent que celle-ci a été désertée. Ne reste que Muley Graves (John Qualen), un métayer, qui explique à Tom que ses parents sont partis chez son oncle John (Frank Darien). Mais ce dernier étant, lui aussi, sur le point d’être expulsé, toute sa famille s’apprête à partir pour la Californie, où elle espère trouver du travail dans des exploitations fruitières… 
 
Fiche techniqueLes-raisins-de-la-colere---Affiche.jpg
 
Film américain
Année de production : 1940 
Durée : 2h09
Réalisation : John Ford
Scénario : Nunnally Johnson
Image : Gregg Toland
Avec Henry Fonda (Tom Joad), Jane Darwell (Ma Joad), John Carradine (Jim Cazy), Charley Graprewin (Grandpa), Dorris Bowdon (Rosasharn)...
 


Critique
 
John Ford adapte ici ce qui est sans doute le plus célèbre roman de John Steinbeck (l’écrivain reçut le prix Pulitzer en 1940 pour cette œuvre). L'intrigue met en scène une famille de fermiers contrainte de quitter sa terre au moment de la Grande Dépression. Peut-être n’est-il pas inutile en préambule de dire un mot sur le contexte historique des Raisins de la colère. 
 
Les Joad sont ce que l’on appelle des Okies, c’est-à-dire des natifs ou des résidents de l'Oklahoma. Dans les années 1930, sur la côte ouest des Etats-Unis, le terme servit à désigner péjorativement les fermiers forcés d'abandonner leur terre en raison de la crise économique, des bouleversements du monde agricole et du Dust Bowl, nom donné à une série de tempêtes de poussière qui toucha pendant près d'une décennie la région des Grandes Plaines d’Amérique du Nord (photo). Ce phénomène détruisit toutes les récoltes et ensevelit habitations et matériel agricole sous la poussière (photo). On estime qu’il jeta sur les routes 15 % de la population de l'Oklahoma.

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C'est Darryl F Zanuck, l’un des patrons de la Fox, qui décida de porter à l'écran le roman de Steinbeck. Il avait réussit à convaincre l’écrivain de la capacité d’Hollywood de traiter honnêtement son livre. Mais lors de leur première séance de travail sur le scénario, avec Nunnally Johnson, l’auteur affirma qu’il n’aurait pas cédé les droits d’adaptation des Raisins de la colère s’il avait su que le studio était contrôlé par une banque, en l’occurrence la Chase National Bank. Zanuck tenta de le rassurer, lui garantissant qu’il était disposé à prendre tout risque légitime et justifié. Il n’eut cependant pas à ferrailler pour imposer son projet, puisque, contrairement à ce qu’il craignait, Winthrop Aldrich, le Président du conseil d’administration du principal actionnaire de la Fox, lui confessa que sa femme adorait ce livre et que lui-même en avait commencé la lecture.

Malgré tout, Zanuck et Johnson s’attelèrent à tempérer le réalisme cru du roman. Ils en adoucirent surtout la vision pessimiste en plaçant à la fin du film la section où les Joad trouvent un peu de réconfort dans un camp propre et bien organisé de la Farm Security Administration (un organisme créé pour aider les fermiers les plus touchés par la Grande Dépression). Malgré ces précautions, le film se heurta parfois à une vive opposition. Ainsi, la Chambre de commerce de Californie et le Conseil agricole de l’Etat appelèrent-ils au boycott des productions du studio.

John Steinbeck, pour sa part, ne vécut pas ces modifications comme une trahison. Il reconnut que Zanuck avait produit un film solide et droit, dans lequel les acteurs sont si complètement immergés qu’on croirait voir un documentaire. Il déclara même à son agent que l’adaptation était plus dure que son roman. Une opinion dont il ne dévia jamais, puisqu’en 1958 il confia à Henry Fonda que le film -qu’il venait de revoir grâce à une copie volée par Elia Kazan dans les studios de la Fox !- conservait toute sa force.
 
 
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Pour la mise en scène, Zanuck s’adressa à John Ford. La collaboration entre les deux hommes débuta en 1936, c’est-à-dire peu après l’absorption de la Fox Corporation par la Twentieth Century. Ford dit du producteur à la fin des années 1960 qu’il était un génie, affirmant que leurs relations avaient été idéales, ce qui était pour le moins exagéré. Les sujets d’affrontement n’avaient en effet pas manqué. A commencé lors de leur premier travail en commun, sur Je n’ai pas tué Lincoln, où ils s’accrochèrent violemment sur la question de l’accent du Sud de Warner Baxter, l’interprète du docteur Samuel Mudd, ce médecin du Maryland emprisonné pour avoir soigné John Booth, l'assassin de Lincoln. Joseph McBride, auteur d’une biographie sur le réalisateur, note cependant que ces disputes donnaient de l’énergie à Ford. Non seulement Zanuck l’aida à retrouver le succès, mais il l’orienta sur des sujets où les qualités d’artiste populaire de Ford firent merveille. 
 
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Lorsqu’il accepta ce projet, John Ford, qui avait 45 ans, avait déjà tourné plus de quatre-vingts films et s’était déjà vu décerné un premier Oscar en 1936 pour Le mouchard (il en reçut trois autres, pour Les raisins de la colère, Qu’elle était verte ma vallée et L’homme tranquille). Ford était sans doute le plus à même de porter à l’écran cette histoire, tant les Okies semblent être les lointains parents de ses ancêtres irlandais victimes de la grande famine au milieu du XIXème siècle, fléau qui provoqua la mort de plus d’un million de personnes et la plus grande immigration de l’époque vers le Nouveau monde (le cousin du cinéaste, Liam O’Flaherty, en avait fait le sujet d’un de ses romans en 1937, sous le titre Famine). Hypothèse que Ford confirma dans l’entretien qu’il accorda à Peter Bogdanovich en 1966 : L’histoire ressemblait à ce qui s’était passé en Irlande, lorsqu’on a chassé les gens de leurs terres et qu’on les a laissé errer sur les routes jusqu’à ce qu’ils meurent.
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Le tournage des Raisins de la colère ne dura que quarante-trois jours, du 4 octobre au 16 novembre 1939, pour un budget relativement modeste (750 000 dollars, contre 1,25 million pour Qu’elle était verte ma vallée). Le sujet du livre de Steinbeck était si controversé que les rares prises de vue effectuées en dehors des studios de la Fox par Otto Brower -directeur de la seconde équipe- furent réalisées sous un faux titre, Highway 66, pour ne pas susciter de réactions hostiles.  
 
Les raisins de la colère est la peinture mélancolique d’un monde en train de disparaître, celui des petits propriétaires terriens et des métayers, sous l’effet de la mécanisation, et des injustices faites aux plus faibles par les banques (déjà !). La nostalgie transparaît dans la très belle scène où Ma fait l’inventaire de ses maigres souvenirs, la veille du départ : une carte postale représentant la statue de la Liberté (photo), qu’elle brûlera (tout un symbole : la fin du rêve américain), une coupure de journal titrant sur la condamnation de Tom à sept années de prison (photo), un petit chien en porcelaine (photo), une paire de boucle d’oreille. La caméra s’arrête alors un instant sur le reflet de son visage dans un miroir (photo). L’élégance sobre de ce plan (renforcée par la très belle mélodie Red river valley), en fait l’un des moments de cinéma les plus émouvants.

La dénonciation du sort inique réservé aux laissés-pour-compte du capitalisme ressort dans plusieurs séquences, dont la plus spectaculaire est probablement celle où l’avancée des tracteurs à travers la plaine est filmée telle une charge de cavalerie, avec, en transparence, des chenilles en action (photo). Une image d’une agriculture déshumanisée où les conducteurs d’engins sont obligés de porter des masques et des lunettes (photo), comme les combattants de la Grande guerre, et qui montre la violence exercée sur les plus humbles. Sur ce point, on relèvera l’opposition marquée entre monde rural et urbain. Si le premier est synonyme de pauvreté, mais de solidarité, le second vit refermé sur lui-même, dans un certain confort matériel. Une vision pas tout à faite exacte de la réalité, puisque la crise toucha également fortement les villes, comme nous le rappelle Chaplin dans Les temps modernes.
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Ce serait cependant réduire le propos de ce film que de n’en retenir sa seule dimension sociale. Celle-ci se double d’une tragédie humaine. Car la terre à laquelle sont arrachés les Joad n’est pas un simple bien. C’est aussi le lieu où s’est écrite l’histoire de leur famille. En la perdant, ils abandonnent un peu de leur identité, de ce qui faisait leur cohésion. Ce dont témoigne le discours de Ma à son fils : There was a time we was on the land. There was a boundary to us them. Old folks died and little fellas come… We was always one thing. We was the family. Kind of whole and clear. But now we ain’t clear no more. They ain’t nothing that keeps us clear.   

L’éclatement de la cellule familiale commence par la mort du grand-père, enterré au bord de la route avec ce simple mot en guise d’épitaphe : Nobody killed him. Just a stroke and he died (photo). Puis c’est au tour de la grand-mère de disparaître. Pour que leur voyage vers la Californie ne soit pas interrompu, Ma est obligée de cacher son décès lors d’un contrôle de police (photo). C’est ensuite au fiancé de Rosasharn de s’enfuir, abandonnant la jeune femme enceinte. Dans le déracinement et la pauvreté, les sentiments volent en éclat… La déliquescence de l’unité familiale se traduit aussi au niveau générationnel, les enfants vivant cette expérience si traumatisante pour les plus âgés comme une aventure exaltante, grâce à la découverte d’un monde plus moderne…
 
 
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Pour autant, ce drame n’est pas désespéré. Ni désespérant. L’une des dernières scènes montre Tom gravissant une colline vers un horizon baignant dans une blancheur aurorale (photo). Un plan qui rappelle le final de Vers sa destinée (photo) réalisé par Ford quelques mois plus tôt, avec déjà Henry Fonda. L’acteur y incarne alors le jeune Abraham Lincoln. L’image était un brin provocante pour l’époque, puisqu’elle met sur un pied d’égalité le futur Président, l’icône américaine de la justice et de la liberté, et l’agitateur rouge, pour reprendre l’expression désignant dans le film ceux qui refusent l’indignité de leur condition. Cependant, elle est également le signe que l’on peut ne pas succomber aux difficultés, que l’on peut se battre pour plus d’équité et de solidarité.

Le magnifique monologue de Tom, au moment où il fait ses adieux à sa mère, est à cet égard édifiant. Par sa structure -opposition entre désespoir et espoir- il n’est pas sans rappeler un poème de Francis Jammes, Rosaire, que Brassens mis en musique sous le titre La prière : Well, as long as I’m an outlaw anyways, maybe I can do something.
Maybe I can just find out something. Just… scrounge around and maybe find out what it is that’s wrong. Then see if they ain’t something that can be done about it  […]. Fella ain’t got a soul of his own, just… a little piece of a big soul. The one big soul that belongs to everybody. […]. I’ll be all around in the dark. I’ll be everywhere. Wherever you can look. Wherever there’s a fight so hungry people can heat, I’ll be there. Wherever there’s a cop beating up a guy, I’ll be there. I’ll be in the way guys yell when they’re mad. I’ll be in the way kids laugh when they’re hungry and they know supper’s ready. And when people are eating the stuff they raise, linving in the houses they build. I’ll be there too

Ma est tout autant porteuse d’espérance, car elle est celle qui ne faiblit pas, en dépit des épreuves, des deuils. D’une détermination sans faille, elle s’efforce de conserver l’unité familiale. Elle est son ciment. Et sans doute l’une des héroïnes les plus marquantes du cinéma de Ford, qui n’en manque pourtant pas (Katharine Hepburn dans Marie Stuart, Maureen O'Hara dans Qu’elle était vert ma vallée, Rio Grande et L’homme tranquille, Joanne Dru dans La charge héroïque, Shirley Temple dans Le massacre de fort Apache, Ava Gardner et Grace Kelly dans Mogambo, Natalie Wood dans La prisonnière du désert…).
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Les deux dimensions du film sont sublimées par le génie de Gregg Toland, peut-être le plus grand chef opérateur de son temps (on lui doit, entre autres, la photographie de Citizen Kane). L’aspect social est traité d’une manière semi-documentaire par Toland, qui nous plonge sans emphase au cœur de la misère en s’inspirant des tableaux de Thomas Hart Benton, connu pour ses représentations de la vie quotidienne du Midwest, et des travaux de la section photographique de la Farm Security Administration, qui avait pour but de témoigner des conditions de vie des Américains ruraux. Parmi les œuvres qui ont le plus significativement inspiré les auteurs des Raisins de la colère, on peut citer celles de Walker Evans (album), Dorothea Lange (album) ou encore Arthur Rothstein (album). La séquence où les Joad arrivent dans le premier camp de transit est sur ce point exemplaire. On découvre cet univers en caméra subjective à l’occasion d’un lent travelling à travers la marée humaine des migrants.

Le drame intimiste fait quant à lui l’objet de compositions très contrastées, souvent sous-éclairées, avec des gros plans sur des visages filmés en contreplongée (photo), effets qui mettent en relief les émotions des personnages. Un traitement presque expressionniste. C’est le cas, par exemple, lorsque Tom, à sa sortie de prison, arrive dans la ferme abandonnée de ses parents avec l’ancien pasteur, Jim Casy : le clair-obscur de la bougie les éclairant (photo) évoque ceux du peintre Georges de La Tour (photo). Il y a aussi cette très belle scène nocturne où les deux hommes se retrouvent, en Californie, aux abords d’un camp pour discuter des raisons sociales et politiques qui ont poussé certains ouvriers à se mettre en grève (photo).
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L’interprétation est au diapason de cette mise en image inspirée des sentiments. On retiendra notamment la performance d’Henry Fonda, l’une des plus poignantes de sa carrière. Il s’agit là de sa troisième collaboration avec le cinéaste pour cette année 1939, après Vers sa destinée, déjà cité, et Sur la piste des Mohawks. Son jeu tout en intériorité donne une force peu commune à Tom. Derrière la pureté, l’innocence de son regard clair, on devine la révolte grondant dans son cœur. L’autre grande figure du film est la mère, incarnée par Jane Darwell, une autre habituée du cinéma de Ford (La poursuite infernale, Le fils du désert, Le convoi des braves…). Récompensée par un Oscar, elle dégage ici une force intérieure impressionnante. A leurs côtés, on relèvera encore la composition hallucinée de John Carradine. Lui aussi appartenait à la grande famille du réalisateur, puisqu’on le retrouve à l’affiche, entre autres, de Je n’ai pas tué Lincoln, Marie Stuart, Hurricane, Quatre hommes et une prière, Patrouille en mer, La chevauchée fantastique, Sur la piste des Mohawks 
 
Les raisins de la colère, ancêtre des road movies, est donc la rencontre de l’un des plus grands écrivains américains, prix Nobel de littérature en 1962, d’un producteur visionnaire, d’un cinéaste de génie, de l’un des plus grands directeurs de la photographie de son temps et d’acteurs en état de grâce. Une conjonction rare de talents, dont il ne pouvait naître qu’un chef-d’œuvre. Encore que… Le succès du film -il rapporta sur le sol américain plus d’un million de dollars de recette- incita Zanuck à confier l’année suivante à Ford et Johnson l’adaptation du roman d’Erskine Caldwell, La route du tabac. Le thème et le milieu évoqué étaient proches de ceux des Raisin de la colère, le casting prestigieux (Charley Grapewin, Gene Tierney, Ward Bond), il fut pourtant un échec, aussi bien artistique que commercial… 
 
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Dans sa biographie du cinéaste, Joseph McBride rapporte la critique sévère d’Orson Welles sur ce film, qu’il accusait de sentimentalisme. J’y vois au contraire de l’humanisme, à la manière d’un Renoir. Mais ce jugement ne serait-il pas lié au fait que Ford obtint en 1942 une nouvelle fois l’Oscar du meilleur réalisateur pour Quelle était verte ma vallée, face à… Citizen kane ? Quoi qu’il en soit, le propos de ce film trouve aujourd’hui un écho tout particulier. Comme le prouve l’échange entre l’oncle John et l’homme venu l’expulsé : 
 
-Don’t go to blaming me. It ain’t my fault.
-Whose fault is it ?
-You know who owns the land. Shawnee Land and Cattle Company.
-Who’s Shawnee Land and Cattle Company ?
-Nobody. It’s a company.
-They got a President. They got somebody who knows what a shotgun’s for !
-Oh, son, il ain’t his fault, because the bank tells him what to do…
 
   
Ma note - 5/5
 
Film présenté par votre serviteur au cinéma Devosge à Dijon, le 9 janvier 2012...

A lire : A la recherche de John Ford, Joseph McBride (Institut Lumière/Actes Sud, 2007)
John Ford, Patrick Brion (Editions de La Martinière, 2002)

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Camelot et Terra nova (Canal +, janvier 2012)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Premier article consacré à une série TV sur ce blog. Bon, j’avoue, pas besoin de me soumettre à la question ! C’est juste un prétexte pour mettre en ligne une photographie d’Eva Green. Evidemment, tout cela est un peu superficiel, mais il n’y a pas de mal à se faire du bien, non ?

Canal + proposera donc à partir de lundi la formidaaaaaaable série -attention à ceux qui oseront émettre une critique négative !- produite par la chaîne Starz. Cette nouvelle version de la légende arthurienne, créée par Michael Hirst (Les Tudors), a été écrite par des habitués de la télévision, dont Chris Chibnall (Doctor Who, Torchwood). Au casting, outre Eva Green, dans le rôle de Morgan, figurent Joseph Fiennes (Merlin), Jamie Campbell Bower (Arthur), Tamsin Egerton (Guenièvre)... La sortie du DVD est annoncée pour le 15 février prochain.
 

 

La chaîne cryptée annonce également la diffusion à partir du 19 janvier de la nouvelle série produite par Steven Spielberg, Terra Nova. L’histoire se situe en 2149. La vie sur Terre est menacée d'extinction à cause de la pollution. Il ne reste qu’un seul espoir de survie pour l’humanité : envoyer quelques individus dans une faille spatio-temporelle découverte par des scientifiques. La famille Shannon rejoint la dixième expédition vers Terra Nova, où avec d’autres colons ils vont tenter de recréer une civilisation au milieu d’un monde hostile dominé par les dinosaures (site officiel).

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Killing fields (Texas killing fields)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
À Texas City, la police fait face à une série de disparitions, mais les rivalités internes qui minent le service compliquent l’enquête. Dans le comté voisin, les inspecteurs Mike Souder (Sam Worthington) et Brian Heigh (Jeffrey Dean Morgan) travaillent sur le meurtre d’une jeune prostituée de 15 ans. Quand Anne (Chloë Grace Moretz), une gamine des rues que Brian a prise sous son aile, est à son tour portée disparue, les deux inspecteurs commencent à se dire que la solution se cache peut-être du côté des bayous… 
 
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Film américain
Année de production : 2011
Durée : 1h45
Réalisation : Ami Canaan Mann
Scénario : Don Ferrarone
Image : Stuart Dryburgh
Avec Sam Worthington (Mike Souder), Jeffrey Dean Morgan (Brian Heigh), Chloë Grace Moretz (Anne Sliger), Jessica Chastain (Pam Stall), Sheryl Lee (Lucie Sliger)...  
 

 
Critique
 
Killing Fields est le deuxième long métrage de cinéma d’Ami Canaan Mann (après Morning, inédit en France), la fille de l’auteur de Heat, film sur lequel elle assistait le producteur exécutif, Pieter Jan Brugge. 
 
Sur le papier, ce projet laissait présager un polar dans la lignée de Dans la brume électrique, trouble et poisseux, Malheureusement, en jouant sur trop de strates narratives (suspense, intrigue amoureuse, peinture naturaliste d’une Amérique profonde frappée par la crise…), le récit finit par devenir assez inintelligible. D’autant que le découpage est des plus hasardeux. La réalisatrice ajoute à la confusion en se désintéressant de certains de ses personnages en cours de route, tel celui incarné par Jason Clarke, dont on n’entend plus parler après qu’il s’est débarrassé de son complice. La relation entre les trois agents n’est pas non plus très claire.
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A l’inverse, et de façon paradoxale, des éléments clés du scénario sont plus que transparents. Je pense notamment à l’identité de l’auteur de la série de crimes (je ne la dévoilerais pas, pour ne pas me faire lyncher, car depuis que les Français ont découvert cet anglicisme, c’est devenu un sacrilège de spoiler…). Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a la tête de l’emploi. D’autant que son interprète (je ne vous dirai pas qui c'est, n'ayez crainte !) n’a pas un jeu très subtil. Son regard oblique et libidineux, derrière ses lunettes (oups !), en fait un pervers évident… Quant à la fin, elle est plus que téléphonée. 
 
Côté interprétation, Sam Worthington a –comme d’habitude- autant de charisme qu’un nématode. Il retrouve dans ce film sa partenaire de  L’affaire Rachel Singer, Jessica Chastain, l’étoile montante du cinéma américain. Elle fait cependant ici assez pâle figure (aussi attends-je avec impatience Take Shelter). Jeffrey Dean Morgan est plus convaincant, apportant de la complexité à son personnage de flic très croyant, mais dont les tourments de l’âme s’expriment parfois par de brusques accès de violence. Sheryl Lee, davantage présente sur le petit écran ces dernières années, fait un retour remarqué -pour notre plus grand bonheur- au cinéma (on l’a vue cette année dans le très beau Winter’s bone de Debra Granik). Chloë Grace Moretz, qui à 14 ans possède déjà une très belle filmographie, joue également avec beaucoup de justesse.
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Tout n’est certes pas à jeter dans Killing Fields. La mise en scène est soignée (l’héritage paternel transparait clairement). La photographie de Stuart Dryburgh -le chef opérateur de La Leçon de piano- est élégante. Il n’empêche, la déception est au rendez-vous… 
 
Ma note - 1,5/5

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Bruegel, le moulin et la croix (The mill and the cross)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Alors que les Flandres subissent l’occupation brutale des Espagnols, Pieter Bruegel l’Ancien achève son chef-d’œuvre Le Portement de croix, où derrière la Passion du Christ on peut lire la chronique tourmentée d’un pays en plein chaos… 
 
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Film suédois, polonais
Année de production : 2011
Durée : 1h32
Réalisation : Lech Majewski
Avec Rutger Hauer (Pieter Bruegel l'Ancien), Charlotte Rampling (La Vierge Marie), Michael York (Nicolaes Jonghelinck)...  
 

 
Critique
 
Bruegel, le moulin et la croix fait partie de ces œuvres conceptuelles laissant rarement le spectateur indifférent : cela passe ou ça casse. Je ne serais pas honnête en ne reconnaissant pas avoir été déconcerté par les premières minutes de ce film. J’avoue même avoir été au bord de la rupture. Pourtant, au final, cette expérience m’a séduit. J’ai vu dans cet exercice un lien avec L’arche russe d’Alexandre Sokourov, que j’ai chroniqué il y a peu. Tous les deux sont bâtis sur un tour de force technique et des choix esthétiques radicaux. Et si l’un nous propose une plongée dans l’histoire et la culture russe au travers d’un lieu symbolique, l’autre nous immerge dans l’un des tableaux les plus énigmatiques de l’art flamand, Le Portement de croix de Pieter Bruegel l’Ancien (1564), un thème pictural très répandu (Albrecht Dürer, Matthias Grünewald, Jérôme Bosch ont laissé sur ce sujet des chefs-d’œuvre), mais que le peintre brabançon illustre d’une manière singulière, le principal protagoniste de la scène, le Christ, étant perdu dans l’immense perspective qu’il construit. Il n’en est pas moins au centre de la toile tissée par l’artiste, pour reprendre une belle analogie du film. 
 
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Le scénario de Bruegel, le moulin et la croix, coécrit par Lech Majewski et l’historien d’art Michael Francis Gibson, auteur d’une analyse du Portement de croix (The way to calvary), suit le parcours d’une douzaine de personnages parmi les cinq cents qui composent ce tableau : Jésus, la Vierge Marie, le marchand Nicolaes Jonghelinck, ami et mécène du peintre (il possédait seize œuvres du maître, dont Le Portement de croix et La tour de Babel), une troupe de cavaliers, un meunier…

Le calvaire du Christ sert de prétexte à Bruegel pour témoigner de la situation politique troublée des Flandres sous domination espagnole. Sous le règne de Philippe II s’exerça en effet une véritable terreur, en particulier à l’égard des hérétiques protestants. Ce qu’illustrent plusieurs séquences du film, d’une cruauté sans concession qui n’a rien à envier au Salò de Pasolini : l’homme supplicié sur une roue sous le regard de son épouse, et dont le visage est dévoré par les corbeaux, la femme enterrée vivante… Le martyr du Christ dépeint sur la toile est à l’image de celui de la population flamande décrit dans Bruegel
 
 
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La photographie de Lech Majewski (artiste complet, il est également l’auteur de la musique et est intervenu comme sound designer) et d’Adam Sikora -on lui doit cette année Essentiel killing de Jerzy Skolimowski- est somptueuse. Evidemment très picturale, elle me rappelle par certains aspects celle de Jack Cardiff sur Le narcisse noir. La palette du cinéaste polonais n’est certes pas aussi flamboyante que celle du chef opérateur britannique. Les tuniques rouges de la soldatesque espagnole n’en évoquent pas moins la robe pourpre de sœur Ruth, dans le final du chef-d’œuvre de Powell et Pressburger. Tout comme le hennin de la Vierge répond à la transparence éburnéenne des voiles de sœur Clodagh. De la même manière, on peut établir un parallèle esthétique entre les décors peints de Bruegel et les matte paintings de Walter Percy Day. 
 
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Le travail sur les sons est également impressionnant, notamment dans les scènes se déroulant dans le moulin. Les pas du meunier sur les marches de l’escalier menant à la plateforme du bâtiment, le grincement des engrenages, le claquement de la toile des ailes confèrent à l’édifice une double dimension : fantastique, pour ne pas dire démoniaque, dans ses entrailles grondantes et expressionnistes, spirituelle et divine dans sa partie aérienne noyée dans une pâleur de limbes. Sans cesse en mouvement, il est comme une métaphore du cosmos… 
 
Au final, Bruegel, le moulin et la croix est un joyau, une expérience visuelle enthousiasmante. On lui reprochera seulement sa radicalité, qui rend cette œuvre assez peu accessible. Comme pouvait l’être, par exemple, La grotte des rêves perdus d’Herzog…
 
Ma note - 4/5

A consulter : Press-book du film

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Malveillance (Mientras duermes)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
César (Luis Tosar) est un gardien d’immeuble toujours disponible, efficace et discret. En apparence, du moins. Car il ne trouve un apaisement à ses démons intérieurs que dans la destruction du bonheur des autres. Sa principale cible est Clara (Marta Etura), une jeune femme insouciante et heureuse, sur laquelle il va s’acharner jusqu’à l’obsession… 
 
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Film espagnol
Année de production : 2011
Durée : 1H42
Réalisation : Jaume Balagueró 
Scénario : Albert Marini
Image : Pablo Rosso
Avec Luis Tosar (César), Marta Etura (Clara), Alberto San Juan (Marcos), Iris Almeida (Úrsula), Pep Tosar (Le père d'Úrsula)...
 

 
Critique 
 
Malveillance nous rappelle, si besoin était, la prédilection de Jaume Balagueró pour les univers clos et la terreur nocturne. Lui-même avoue être obsédé par ce qui peut se passer autour de lui quand il dort. L’émission télévisée de [REC] s’appelait d’ailleurs Pendant que vous dormez. Précisément le titre original de ce nouvel opus, Mientras duermes 
 
Le réalisateur catalan abandonne ici l’horripilant genre du documenteur, qui a fait sa renommée, pour un thriller horrifique dans la lignée du Locataire de Polanski ou du cinéma d’Hitchcock (en voyant César un couteau de la main, on songe inévitablement à Psychose). Dans le même temps, son style se fait plus sobre, ce dont on ne se plaindra pas.
 
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Le cinéaste préfère se concentrer sur son récit, qu’il maîtrise parfaitement, manipulant habilement le spectateur, au point de rendre dans les premières scènes son héros sympathique. En butte à l’indifférence ou à l’hostilité de la plupart des occupants de l’immeuble qu’il garde, on éprouve d’abord de la compassion pour cet homme dont la vie ingrate et solitaire se résume à rendre service aux autres et à tenir compagnie à sa mère grabataire. En sorte que l’on pourrait presque comprendre ses actes. Bien sûr, la perception que l’on a de lui bascule lorsque l’on saisit ses motivations. D’autant que sa malévolence ne vise pas les locataires les plus antipathiques (Carlos Lasarte, déjà présent dans La secte sans nom et les deux premiers volets de [REC], campe ici un personnage assez odieux), mais la plus aimable d’entre eux, celle qui lui manifeste le plus d’attention, Clara. 
 
Au-delà du divertissement, Malveillance propose en filigrane une peinture assez sombre d’une humanité de plus en plus égoïste, où l’individu -en l’occurrence le gardien d’un immeuble- n’est guère plus qu’un élément du décor. La résidence n’est par ailleurs plus un lieu de vie collective. Ses habitants s’y croisent en s’ignorant poliment (dans le meilleur des cas). C’est aussi un théâtre de la cruauté et de la perversité, à l’image de la société.
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Malveillance doit forcément beaucoup à l’interprétation de Luis Tosar. Déjà impressionnant dans Cellule 211 de Daniel Monzón (où il partageait déjà l’affiche avec Marta Etura), il réussit le tour de force d’incarner un psychopathe avec une réserve qui le rend d’autant plus glaçant. Face à lui, on retiendra surtout la performance d’Iris Almeida (Úrsula), une gamine d’une dizaine d’années, dans un rôle plutôt casse-gueule pour son âge. Machiavélique et perverse, malgré son angélique visage et ses yeux très clairs, elle est la seule à tenir tête à César (dans une certaine mesure, tout de même…). 
 
Jaume Balagueró nous livre donc un suspense sans effets inutiles (pas de jump scares, pas de musique ronflante), mais très efficace et jusqu’au-boutiste, ce qui le différencie des productions hollywoodiennes classiques. Il confirme par la même occasion la bonne santé du cinéma d’horreur ibérique. Bref, une bonne surprise… 
 
 Ma note - 3/5

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Bilan 2011

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Tout le monde l’attendait ! Enfin, presque… Voici donc le panorama des films que j’ai aimés en 2011. Un bon cru, selon moi. En tous cas supérieur à 2010. Est-ce lié au fait que l’ami Nolan n’a pas pollué nos écrans cette année (spéciale dédicace à Gabriel !) ? Je ne dirai rien sur ce qui m’a déçu, irrité, ennuyé. Je préfère être positif, ne retenir que le meilleur. On relèvera quand même dans ma liste la présence d’un seul film asiatique. En 2010, ils étaient quatre : Poetry, Lola, The housemaid et Breathless… A noter que si j’élargissais ma liste, il y aurait de la place pour Carnage, A dangerous method, La guerre est déclarée, The murderer, Black Swan ou encore La balade de l'impossible. Essential killing, de Jerzy Skolimowski, pourrait également y figurer, mais je n’ai pas pu le chroniquer (à cause des dysfonctionnements d’AlloCiné). Mon regret : ne pas avoir vu Le cheval de Turin. Mais il est annoncé pour début février à Dijon… Côté acteur, je retiens deux belles révélations féminines : Elle Fanning (Somewhere et Super 8) et Jennifer Lawrence (Winter’s bone et Le complexe du castor). Bonne année 2012 à tous !

 

1---Melancholia.jpgMelancholia - N’en déplaise à ses détracteurs, Lars von Trier nous livre une nouvelle fois une œuvre d’une sidérante beauté et d’une rare intelligence. Thomas Vinterberg, l’auteur de Festen, a dit à son propos : Comment faire un film après ça ? Une remarque que je suis tenté de faire mienne.

 

 

 

2---L-apollonide.jpgL’Apollonide : souvenirs de la maison close - Un des films les plus ardemment féministes qu’il m’ait été donné de voir. Si la chair des femmes y ait blessée, souillée, humiliée, c’est pour mieux en clamer la beauté, le mystère, mais aussi pour dénoncer la domination exercée par les hommes sur elle.

 

 

 

3---Hara-kiri.JPG Hara-kiri : vie et mort d’un samouraï - Miike livre une œuvre aussi réussie sur le plan narratif que visuel. Chaque plan, très épuré, est composé avec une rigueur quasiment picturale. Ici, le style devient métaphore d’une société certes raffinée, mais sclérosée par ses traditions et ses codes. Un drame rouge sang.

 

 

 

4---Drive.jpgDrive - Une œuvre virtuose, qui transcende les codes du film d’action. Après Le guerrier silencieux, Refn s’affirme comme un très très grand du cinéma contemporain.

 

 

 

 

 

5---La-derniere-piste.jpgLa dernière piste - Une œuvre déroutante par la sécheresse de son propos et de sa mise en scène, mais sublime et magnifiquement portée par Michelle Williams, dont les choix audacieux -et judicieux- en font l’une des comédiennes américaines les plus attachantes de sa génération.

 

 

Winter’s bone - Ce second long métrage de Debra Granik nous offre une peinture de l’Amérique des laissés-pour-compte dont la noirceur oppressante a quelque chose de terrifiant. Avec un tel sujet, le risque était grand de basculer dans le sordide. Mais par sa photographie crépusculaire, par la grâce de Jennifer Lawrence, Winter’s bone trouve son équilibre entre naturalisme et poésie. Une œuvre belle et intense, dans la lignée du cinéma des frères Dardenne.

       

Habemus Papam - Nanni Moretti a l’intelligence de trouver un juste équilibre entre grotesque et gravité, évitant ainsi de tomber dans une charge trop lourde contre l’institution vaticane. Un beau portrait et un interprète en état de grâce.

 

Balada triste - Récit enragé et engagé, Balada triste est une réussite tant visuelle que thématique, qui marque une sorte d’accomplissement pour son auteur, Alex de la Iglesia. On aimerait que le cinéma français aborde d’une manière aussi frontale et audacieuse notre histoire.

 

Hugo Cabret - Avec cette adaptation d’un classique de la littérature enfantine signé Brian Selznick, Scorsese nous propose un somptueux livre d’images et un vibrant hommage à son art. Une splendeur.

 

Une séparation - Une œuvre dense et parfaitement maîtrisée, dans la lignée d’A propos d’Elly, du même auteur. Ce récit gagne cependant en densité, car il met en scène non plus un seul milieu, mais deux, que tout opposent. En sorte que la séparation annoncée dans le titre est moins celle d’un homme et d’une femme -même si celle-ci a lieu dès la première scène- que le signe d’une fracture entre les différentes composantes de la société iranienne.

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