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Trust

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis

Annie (Liana Liberato), une adolescente de 14 ans, rencontre sur un tchat un garçon appelé Charlie (Chris Henry Coffey), qui dit avoir 16 ans. Will (Clive Owen) et Lynn (Catherine Keener), ses parents ne s’inquiètent cependant pas. Il leur semble normal que des adolescents échangent grâce aux nouvelles technologies. Au fil du temps, un lien amoureux se tisse entre les deux jeunes gens. Un jour, Charlie propose à Annie une rencontre. Mais l’inconnu se révèle être bien plus âgé que prévu… 
 
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Film américain
Année de production : 2010
Durée : 1h46
Réalisation : David Schwimmer
Scénario : Andy Bellin, Robert Festinger 
Image : Andrzej Sukula
Avec Clive Owen (Will), Catherine Keener (Lynn), Liana Liberato (Annie), Jason Clarke (Doug Tate), Viola Davis (Gail Friedman)... 
 

 
Critique
 
Le thème de Trust est si épineux que peu de réalisateurs osent l’aborder. Il faut dire qu’il est difficile de trouver le ton juste avec un tel sujet. Faut-il faire le choix d’un traitement distancié, au risque d’enlever de la force au propos ? Ou bien produire des images chocs, mais qui sont presque aussi inacceptables, par leur caractère racoleur, que ce que l’on cherche à dénoncer ? David Schwimmer évite avec intelligence ces deux écueils. En disséquant la manipulation mentale dont est l’objet Annie, il rend sensible la mécanique mise en œuvre par un prédateur sexuel, sans sombrer dans le sordide.

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La démonstration est glaçante. Le cinéaste nous montre comment des mois d’échanges virtuels peuvent avoir raison des défenses d’un individu encore immature. La perversité de l'hébéphile est telle qu’il met même à profit ses mensonges pour gagner la confiance de la jeune fille. Il réussit ainsi à faire passer ses aveux –partiels et graduels- concernant son âge
comme une preuve de sincérité. Aussi, lorsque l’innommable se produit, la jeune fille se laisse-t-elle faire sans résister, ou presque. Le sentiment d’être comprise, aimée, à une période de l'existence où l’on est éminemment fragile sur le plan émotionnel, l’empêchent de prendre conscience qu’elle est victime d’une agression. Elle se trouve dans le déni. Un refus de reconnaître la réalité qui va complètement déstabiliser ses proches (parents et meilleure amie). Je trouve que le regard porté par Schwimmer sur ses personnages est pertinent. Il envisage aussi le viol d’une manière complexe, qui devrait inciter à reconsidérer sa définition, encore essentiellement basée sur l’absence de consentement. Ce crime peut être en fait infiniment plus insidieux.
 
On saura gré également à l’auteur de ne pas tomber dans le piège du vigilant movie, façon Death wish. Cela aurait été tentant. Le sujet s’y prêtait. Le comportement de Will laisse un moment présager le pire, notamment par son obsession de surveiller l’un des habitants du quartier, fiché comme délinquant sexuel. Cependant, sa colère est celle d’un père à la fois dévasté par ce qu’a subit sa fille et ébranlé par la réaction de celle-ci. Les excès craints n’ont finalement pas lieu. Le réalisateur ne nous propose pas non plus une conclusion simpliste, avec happy end et triomphe de l’ordre sur le crime…

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C’est surtout au niveau de la forme que Trust pèche. Malgré la présence au générique de techniciens chevronnés, comme le chef opérateur Andrzej Sekula (Reservoir dogs, Pulp fiction) et le monteur Douglas Crise (Babel), la mise en scène est en effet assez paresseuse. L’idée de mettre en incrustation les échanges entre Annie et Charlie fait un peu cache-misère (en rose pour les messages de la fille, en bleu pour ceux du garçon...).

On retiendra toutefois l’interprétation très convaincante de la jeune Liana Liberato. C’est d’ailleurs une constante du cinéma américain de confier à de très jeunes gens des rôles souvent délicats. Une démarche assez rare en France (on peut quand même citer de rares exceptions, comme My little princess d'Eva Ioneso). Clive Owen et Catherine Keener forment pour leur part un couple crédible, pris dans la tourmente d'une tragédie qu’ils n’ont pas su prévenir et qui les plonge dans le désarroi. Viola Davis interprète quant à elle avec beaucoup d’humanité son personnage de thérapeute. Seul Jason Clarke (Rule dans Killing fields), en agent du FBI, est un peu hors sujet.
 

Avec ce film, David Schwimmer fait donc œuvre pédagogique, ce que l’on peut saluer, même si quelques-uns observeront que les dangers d’Internet sont bien connus. Il n’empêche, je ne crois pas inutile de rabâcher certains messages…
 
 
Ma note - 2,5/5

Commenter cet article

ffred 04/02/2012 14:13

Quelques incohérences et maladresses mais au final j'ai bien aimé...

CHRISTOPHE LEFEVRE 04/02/2012 14:51



Comme le dit l'un des commentateurs de mon article, c'est un film honorable, effectivement...



Wilyrah 31/01/2012 18:25

Une oeuvre pédagogique et une certaine sensibilité. Un film honorable. 3/5 pour moi.

CHRISTOPHE LEFEVRE 31/01/2012 18:47



J'ai hésité sur la note... J'aurais pu monté aussi à 3. En tous cas, un film qui mérite le détour....