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127 heures (127 hours)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Un samedi d’avril 2003, Aron Ralston (James Franco) part en randonnée dans le parc national de Canyonlands, près de Moab, dans l'Utah. Sur son parcours, il rencontre deux jeunes femmes égarées, Megan (Amber Tamblyn) et Kristi (Kate Mara), qu’il remet sur le bon chemin. Puis il s’engage seul dans le Blue John canyon. C’est là, dans l’un des passages les plus étroits de la gorge, qu’il est surpris par la chute d’un rocher, qui emprisonne son bras droit contre la paroi. Le voilà pris au piège, menacé de déshydratation et d’hypothermie… 
 
Fiche technique127-heures---Affiche.jpg
 
Film américain, britannique
Année de production : 2010
Durée : 1h34
Réalisation : Danny Boyle
Scénario : Danny Boyle, Simon Beaufoy
Avec James Franco (Aron Ralston), Kate Mara (Kristi), Amber Tamblyn (Megan), Clémence Poésy (Rana), John Lawrence (Brian)... 
 

 
Critique
 
127 heures est une expérience de cinéma dont on sort vidé. En raison d’abord de la formidable énergie de la mise en scène de Danny Boyle. Bien sûr, certains trouveront sa virtuosité un brin tape-à-l’œil. Je trouve pour ma part que ses excès stylistiques illustrent à merveille la quête de sensations quasi frénétique de son héros. 
 
Ensuite, parce que le cinéaste parvient à nous faire ressentir viscéralement l’intensité des épreuves vécues par le jeune homme. La perte de repère que son patchwork d’images et de sons génère chez le spectateur suggère en effet remarquablement l’altération progressive de lucidité d’Aron. A cet égard, on peut saluer ici le travail des deux directeurs de la photographie, Anthony Dod Mantle et Enrique Chediak, des habitués d’univers un peu barrés, puisqu’on leur doit respectivement Antichrist et Rabia. 
 
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Mais pour faire saisir au public la dimension intérieure de cette histoire, il fallait un acteur à la hauteur. James Franco se révèle digne du défi qui lui est proposé, offrant dans 127 heures ce qui est sans doute sa prestation la plus bluffante à ce jour. Ce n’était pourtant pas aisé de susciter l’empathie avec un tel rôle. Et comme Jeff Bridges dans True grit, Franco me fait reconsidérer la performance de Colin Firth dans Le discours d’un roi. Car, au-delà du travail sur le bégaiement, il m’apparaît plus facile d’émouvoir en incarnant un homme guidé par le seul désir de surmonté son handicap et de servir son peuple dans une période troublée, qu’en interprétant un personnage aussi égoïste et irresponsable -du moins avant son accident- qu’Aron Ralston. 
 
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Je comprends que, par ses choix artistiques, son propos, son personnage, ce film en ait agacé plus d'un. Cependant, si on dépasse les simples questions de forme, il me semble que 127 heures, par sa mise en abîme d’un homme perdu dans une nature indomptable, n’est finalement pas très éloigné d’Into the wild, que beaucoup ont encensé… 
 
Ma note - 3/5 

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True grit

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
En 1873, dans le comté de Yell. Mattie Ross (Hailee Steinfeld), une jeune fille de 14 ans, est déterminée à mener devant la justice l’assassin de son père, Tom Chaney (Josh Brolin). Mais il lui faut pour cela le rejoindre en territoire Choctaw, où il s’est réfugié avec la bande de Lucky Ned Pepper (Barry Pepper). Sur les conseils du juge Parker (Jake Walker), elle fait appelle au marshal Rooster Cogburn (Jeff Bridges) pour l’aider à le retrouver. Après plusieurs refus, celui-ci se laisse tout de même emporté par sa force de conviction. Ils se lancent alors à la poursuite du criminel, bientôt rejoints par un Texas ranger, LaBoeuf (Matt Damon), qui recherche lui aussi Chaney pour le meurtre d’un sénateur... 
 
Fiche techniqueTrue grit - Affiche
 
Film américain
Année de production : 2011
Durée : 1h50
Réalisation : Ethan Coen, Joel Coen
Scénario : Ethan Coen, Joel Coen
Image : Roger Deakins
Avec Jeff Bridges (Rooster Cogburn), Matt Damon (Laboeuf), Hailee Steinfeld (Mattie Ross), Josh Brolin (Tom Chaney),  Barry Pepper (Ned Pepper)...
 

 
Critique
 
Les frères Coen redonnent ici ses lettres de noblesse à un genre un peu moribond, en dépit de quelques brefs sursauts ces dernières années, notamment L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford. Car True grit est brillamment écrit et servi par des dialogues magistraux (comme souvent avec le tandem). Impossible, évidemment, de citer toutes les répliques. On retiendra surtout les insolences de Mattie, particulièrement savoureuses (il n’y a pas de clown de rodéo dans le comté de Yell, lance-t-elle à LaBoeuf en découvrant le Texas ranger à son réveil, assis dans sa chambre). 
 
Sur le plan esthétique, True grit est également parfaitement maîtrisé. La photographie signée Roger Deakins, un fidèle des deux cinéastes (il a officié sur Barton Fink, Le grand saut, Fargo, The big Lebowski, O’Brother, The barber, Intolérable cruauté, Ladykillers, No country for old men, A serious man), est une pure merveille, dans la lignée du film d’Andrew Dominik… auquel il a également collaboré.
  True grit 2
 
L’interprétation est aussi éminemment réjouissante. Jeff Bridges est une nouvelle fois parfait et me fait relativiser la performance finalement un peu trop scolaire de Colin Firth dans Le discours d’un roi (ce crime de lèse-majesté ne devrait pas manquer de faire pousser des cris d'orfraie à certains !). Matt Damon, méconnaissable, joue avec beaucoup d’humour avec son image. Mais la révélation du film est bien la jeune Hailee Steinfeld, absolument bluffante, et qui mérite largement l’Oscar du meilleur second rôle féminin, pour lequel elle est nommée.  
 
Mais True grit est bien plus qu’un simple film de genre appliqué. Centré sur le personnage de Mattie, il est surtout un conte initiatique, une sorte d’Alice au pays des merveilles à l’époque de l’Ouest sauvage, avec son bestiaire fabuleux (le cheval monté par un ours), son univers absurde (le pendu accroché à l’une des plus hautes branches d’un arbre, dont le cadavre devient l'objet d’un troc surréaliste), ses paysages sauvages plongés dans une lumière irréelle, presque fantastique, et la chute finale de l’adolescente dans un puits sans fond, comme l’héroïne de Burton.
 True grit 3
 
Je parle de conte, mais je pourrais tout autant qualifier ce film de parabole biblique (la morsure de Mattie par un serpent, la chevauchée nocturne -splendide- de Cogburn sur fond de ciel étoilé). Une orientation que semble confirmer la musique du générique de fin, le cantique Leaning on the everlasting arms, tiré de La nuit du chasseur, de Charles Laughton. Le parallèle entre les deux films est d’ailleurs une évidence, puisque tous les deux sont construits sur des dichotomies (le bien-le mal, le jour-la nuit…).  
 
Même si les frères Coen s'adressent ici à un public plus large qu'avec A serious man (il suffit pour s'en convaincre de regarder les chiffres du box-office), ils n'en sacrifient pas pour autant leurs ambitions, en sorte que True grit devrait occuper une place importante dans leur filmographie. Bref, un film qui a tout pour devenir un classique. 
 
Ma note - 3,5/5

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L'espion noir (Spy in black)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
En 1917. Sous la pression de l’amiral Tirpitz, l’Allemagne mène une guerre sous-marine à outrance en coulant tous les navires se rendant au Royaume-Uni, même les neutres. Les Allemands espèrent ainsi étouffer l’économie britannique et la contraindre à se retirer du conflit. C’est dans ce contexte que le capitaine Hardt (Conrad Veidt), commandant de l’U-Boot 29, reçoit l’ordre de reprendre la mer. Mais il ne s’agit pas cette fois d’une mission de combat. L’objectif est de rejoindre avec son sous-marin l’archipel des Orcades, au nord de l’Ecosse, et d’entrer en contact avec Frau Tiel (Valerie Hobson), une espionne allemande ayant pris l’identité d’une institutrice, Anne Burnett (June Duprez). Débarqué de nuit sur la côte écossaise, Hardt entre bientôt en relation avec la jeune femme, qui lui fait rencontrer le lieutenant Ashington (Sebastian Shaw), un officier anglais aigri d’avoir été dégradé à la suite du naufrage de son navire à Chypre. Il offre la possibilité à Hardt d’attaquer la flotte britannique au mouillage dans l’île…
 
Fiche techniqueL-espion-noir---Affiche.jpg
 
Film britannique
Année de production : 1939
Durée : 1h22
Réalisation : Michael Powell
Image : Bernard Browne
Avec Conrad Veidt (Capitaine Hardt), Sebastian Shaw (Lieutenant Ashington/David Blacklock), Valerie Hobson (Frau Tiel/Jill Blacklock), Marius Goring (Lieutenant Schuster)...  
 


Critique
 
L’espion noir, adaptation d’un roman de J Storer Clouston, est une curiosité à plus d’un titre. D’abord parce qu’il marque la première collaboration entre Michael Powell et Emeric Pressburger. Une rencontre rendu possible par Alexandre Korda, l'un des principaux artisans de l'industrie du film britannique de l’époque (il est le fondateur de la London Films et l’auteur, entre autres, de Marius (1931), de La Vie privée d'Henry VIII (1933) et de Rembrandt (1936)). Ensuite, n’ayant pas été distribué en France après la guerre, il resta longtemps invisible du public français. Et comme aucune édition DVD n’est actuellement proposée à la vente (du moins à ma connaissance), cette situation ne devrait pas s'arranger. A moins d'avoir la chance, comme moi, que l'une des rares copies circulant actuellement en France soit projetée dans un cinéma proche de chez vous.
        
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L’espion noir, film de genre somme toute assez classique, n’en est pas moins pleinement maîtrisé. Le récit se déroule avec précision, sans temps mort, multipliant les renversements de situation, les fausses pistes. Comme dans un film d’Hitchcock (il faut se souvenir que Powell fit la connaissance de celui-ci sur le tournage de Champagne, où il officiait en tant que photographe de plateau, et qu'il l'assista ensuite sur Blackmail), le suspense est parfaitement préservé jusqu’à la fin. Les paysages brumeux des Orcades contribuent largement à entretenir ce climat de tension, que nuance néanmoins avec bonheur une galerie de seconds rôles assez pittoresques, en tête desquels on peut citer le révérend Matthews (Athole Stewart) et sa femme (Agnes Lauchlan), ainsi que le fiancé d’Anne Burnett, le révérend Harris (Cyril Raymond), dont l’arrivée inopinée donne lieu à une scène pleine d'humour. 
 
Sur le plan esthétique, on relèvera l’influence encore marquée de l’expressionnisme allemand, que l’on doit sans doute à Alexander Korda, qui travailla à Vienne et Berlin dans les années 1920. L’un des plus beaux plans du film -celui où Hardt surprend la conversation entre Frau Tiel et le lieutenant Ashington- s’inscrit d’ailleurs fortement dans ce mouvement artistique.
     
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Ce film est encore l’occasion de revoir, dans l’une de ses dernières apparitions à l’écran, Conrad Veidt, célèbre pour avoir tenu le rôle de Cesare dans Le Cabinet du docteur Caligari (1920). Il fut également à l’affiche du très beau Cabinet des figures de cire (1928) de Paul Leni et Leo Birinsky. Son personnage dans L'Homme qui rit, du même Paul Leni, inspirera plus tard celui du Joker, ennemi juré de Batman. Avant son décès, en 1943, il eu l’occasion de retourner sous la direction de Michael Powell, dans le remake du film de Raoul Walsh, Le voleur de Bagdad, puis incarna le major Strasser dans Casablanca (1942), de Michael Curtiz. On retiendra également la présence à l’affiche de L’espion noir de Marius Goring, qui débuta sa carrière dans Rembrandt de Korda et tiendra en 1948 le rôle de Julian Craster dans Les chaussons rouges. 
 
Faisons un rêve, pour conclure : que ce film bénéficie un jour d’une édition DVD… 
 
Ma note - 4/5

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Fighter (The fighter)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Micky Ward (Mark Wahlberg) est un jeune boxeur américain prometteur. Mais sous l’influence négative de sa mère, Alice (Melissa Leo), qui gère maladroitement sa carrière en le faisant affronter des adversaires de catégorie supérieure, et de son demi-frère, Dicky (Christian Bale), une ancienne gloire du ring tombé dans la drogue, sa carrière stagne. Jusqu’au jour où il rencontre Charlene (Amy Adams), une jeune barmaid au caractère bien trempé. Grâce à elle, et à son père, George (Jack McGee), il va réussir à s’affranchir de son milieu familial… 
 
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Film américain
Année de production : 2011
Durée : 1h56
Réalisation : David O Russell
Avec Mark Wahlberg (Micky Ward), Christian Bale (Dicky Ecklund), Melissa Leo (Alice), Amy Adams (Charlene Fleming), Jack McGee (George Ward)...   
 


Critique
 
Encore un film based on a true story, un genre que le cinéma américain affectionne de plus en plus (Le rite, 127 heures, Sanctum, Jewish connection…). Mais un label qui m’agace au plus haut point, car il tend à devenir une sorte de caution artistique. Ce n’est heureusement pas le cas avec Fighter… Pour mémoire, on rappellera tout de même que Micky remporta le 11 mars 2000 le titre de champion du monde WBU, à l'Olympia de Londres, face à Shea Neary au huitième round, après avoir mis à deux reprises son adversaire au tapis. Ce combat fut suivi de plusieurs confrontations avec le boxeur canadien Arturo Gatti. Deux d’entre elles furent qualifiées de combat de l’année par Ring magazine (2002 et 2003).
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Si Fighter n’est pas une simple mise en image plus ou moins appliquée d’une histoire vraie, c’est que la boxe et le parcours sportif de Ward ne constituent que la toile de fond du film. En effet, à l’exception du combat contre Neary (qui n’évite pas le côté success story façon Rocky), la plupart des affrontements sont filmés de manière elliptique. Ce qui intéresse David O Russell, c’est l’humain, c’est-à-dire les relations entre les deux demi-frères et entre Micky et Alice (la place des femmes dans cet univers typiquement masculin est d’ailleurs l’un des aspects les plus originaux et les plus intéressants de Fighter), ainsi que le combat de l’aîné contre son addiction au crack et du cadet contre l’influence castratrice de son entourage. Un choix qui aurait pu tourner au pathos sans un humour omniprésent. Certaines scènes -par exemple celles où l’on voit Dicky sauter de la fenêtre du squat où il se drogue pour échapper à Alice- sont d’une drôlerie absolue.

On doit bien sûr saluer l'implication de Mark Wahlberg, dont la prestation, ici, est sans doute l'une des plus convaincantes de sa carrière. Cependant, j'ai surtout été sensible à la performance de Christian Bale, qui mérite amplement son Oscar. Tout comme Melissa Leo, géniale en mère maquerelle. Amy Adams, également parfaite, confirme l’étendue de son talent. On retiendra encore le très beau travail du directeur de la photographie, Hoyte van Hoytema (on lui doit le chef-d’œuvre de Tomas Alfredson, Morse), qui me rappelle, par certains aspects, celui de John Alcott sur Orange mécanique.
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Fighter, David O Russell (2010)

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 Orange mécanique, Stanley Kubrick (1971)
 
Avant de conclure, je voudrais attirer l'attention sur un court métage d'animation diffusé avant Fighter. Il s'agit d'Ark, de Grzegorz Jonkajtys et Marcin Kobylecki. Je ne sais s'il est programmé systématiquement avant le film de David O Russell. J'en doute, car il est déjà un peu ancien (il a été présenté au festival de Cannes en 2007). Pour ma part, j'ai eu la chance de le voir à l'Eldorado, à Dijon. Ark évoque un monde décimé par un virus inconnu, dans lequel quelques survivants embarquent à bord d'immenses navires, à la recherche de nouvelles terres. L'animation est somptueuse et l'histoire pleine de finesse. Le final réserve une petite surprise... Pour en savoir plus, je vous invite à voir la vidéo sur YouTube. 
 
 Ma note - 3/5

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Black Swan

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Nina (Natalie Portman) est danseuse au New York City Ballet. Entièrement vouée à son art, la jeune femme est prête à tous les sacrifices pour atteindre la perfection, y compris à perdre la raison. Elle est encouragée dans cette voie destructrice par Erica, sa mère (Barbara Hershey), une ancienne danseuse qui reporte sur elle le poids de ses ambitions déçues, et par Thomas Leroy (Vincent Cassel), le chorégraphe de la compagnie. Celui-ci va en effet la pousser au-delà de ses limites afin de faire ressortir le côté obscur de sa personnalité, et ainsi lui permettre d’interpréter le Cygne noir dans une adaptation révolutionnaire du Lac des cygnes. Pour cela, il n’hésitera pas à la mettre en concurrence avec Lilly (Mila Kunis), une nouvelle venue…
 
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Film américain
Année de production : 2010
Durée : 1h43
Réalisation : Darren Aronofsky
Scénario : Mark Heyman, Andres Heinz, John J McLaughlin
Image : Matthew Libatique
Avec Natalie Portman (Nina), Mila Kunis (Lilly), Vincent Cassel (Thomas Leroy), Winona Ryder (Beth MacIntyre), Barbara Hershey (Erica)...
 


Critique 
 
Un film qui m’a happé dès la première scène : la musique de Tchaïkovski, l’éclairage expressionisme dans lequel évoluent Rothbart et le Cygne blanc, le mouvement virtuose de la caméra autour des deux personnages, m’ont littéralement plongé dans le cauchemar de Nina. Ce que n’avait pas réussit Nolan avec Inception (je parle évidemment pour moi...).
 
Pour cette œuvre à la beauté sombre, baroque, l’auteur de Pi opte ici pour un style brut, filmant Nina caméra à l'épaule, souvent de manière subjective, ce qui a pour effet de restituer pleinement son énergie, sa souffrance. Certes, ne soyons pas complètement naïf : la multiplication de plans serrés a sans doute aussi pour objectif de dissimuler certains trucages, des doublages… Il n’empêche, le résultat est là : on ressent viscéralement les émotions de la ballerine, sa plongée dans l’abîme. Expérience étrange et déconcertante, et cependant fascinante, hypnotique, puisque finalement il devient difficile pour le spectateur lui-même de faire la distinction entre le réel et le fantasme. Comme s’il n’était plus simplement observateur, mais aussi acteur, par identification à Nina. 
 
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Bien sûr, Black Swan ne nous procurerait pas ces sensations sans son casting. Natalie Portman, présente à chaque plan, investit son rôle avec la même implication physique et psychique qu’une Charlotte Gainsbourg dans Antichrist. Vincent Cassel, inquiétant mentor de la jeune femme avec son visage de faune, livre ici l’une de ses prestations les plus aboutie. On citera également les belles performances de Winona Ryder, bouleversante en danseuse étoile déchue et humiliée ; de Mila Kunis, qui insuffle à son personnage sa nature instinctive, animale ; enfin, de Barbara Hershey, qui nous rappelle ici qu'elle fut l'une des actrices les plus marquantes des années 1980 (entre autres, L'étoffe des héros, Hannah et ses soeurs, La dernière tentation du Christ).
 
Depuis la sortie de Black Swan, nombre de commentateurs (professionnels ou blogueurs) ont été tentés par une comparaison avec Les chaussons rouges (1948). C’est une démarche certes séduisante, mais à mon sens pas complètement pertinente, car si ces deux films évoquent le monde secret de la danse classique, si tous deux mettent en scène une héroïne consumée par le désir d’excellence, si leur épilogue est également tragique, il n’y a rien de commun entre la flamboyance du chef-d’œuvre de Michael Powell et d’Emeric Pressburger -ce n’est pas pour rien que Martin Scorsese dit à son propos qu’il s’agit du plus beau film en technicolor- et les choix esthétiques de Darren Aronofsky. De plus, Les chaussons rouges ne baignent pas dans la même atmosphère schizophrénique mêlée de fantastique que Black Swan. Si l’on devait absolument trouver une filiation à ce dernier, il me semblerait plus juste d’évoquer Répulsion (1966) de Roman Polanski, pour la dérive psychotique de son héroïne, ou La mouche (1986) de David Cronenberg, pour ses transformations corporelles. 
 
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Deux interrogations, avant de conclure. Black Swan est-il un film révolutionnaire ? Probablement pas. De toute façons, je ne crois pas qu’il y ait de révolution en matière d’art. A la rigueur, j’admets des tournants décisifs, dus à quelques génies. Car, comme je l’ai dit par ailleurs, chaque grand créateur se nourri de ce qui l’a précédé. Il n’y a pas de génération spontanée. Ainsi, dans Citizen Kane, Orson Welles ne fait-il que reprendre des innovations de réalisateurs qui l’ont précédé (Marcel Carné recourut au flashback dès 1939, dans Le jour se lève). Sa véritable contribution réside dans leur systématisation.
 
Black swan est-il un chef-d’œuvre ? Il serait bien présomptueux de prétendre répondre à cette question avec aussi peu de recul. L’histoire de la critique montre que celle-ci n’a pas toujours eu cette élémentaire prudence, encensant des films vite oubliés, se livrant par ailleurs à un jeu de massacre contre des œuvres aujourd’hui unanimement saluées. Restons donc modeste et contentons-nous de dire que Black Swan restera sans doute assez longtemps dans les mémoires des spectateurs comme un tourbillon d’émotions d’une intensité rare. C’est déjà beaucoup.
 
It was perfect, lance Nina dans un dernier souffle à Thomas à la fin du film. C’est aussi mon sentiment.
 
Ma note - 4/5 
 

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Le discours d'un roi (The king's speech)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
31 octobre 1925 - Le duc d'York (Colin Firth), fils du roi George V, doit prononcer le discours de clôture de l'exposition de l'Empire britannique au stade de Wembley. L'allocution est retransmise à la BBC. Mais pour le duc, qui soufre de difficultés d'élocution depuis l'enfance, l'expérience tourne à la catastrophe. Sa femme, Elizabeth (Helena Bonham Carter), va tout mettre en œuvre pour l'aider à surmonter son handicap. Elle rencontre alors Lionel Logue (Geoffrey Rush), un thérapeute d'origine australienne connu pour avoir guéri des vétérans de guerre traumatisés... 
 
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Film britannique
Année de production : 2010
Durée : 1h58
Réalisation : Tom Hooper
Scénario : David Seidler
Image : Danny Cohen
Avec Colin Firth (Le roi George VI), Helena Bonham Carter (La reine Eilzabeth), Geoffrey Rush (Lionel Logue), Michael Gambon (Le roi George V)...     
 


Critique 
 
Le discours d'un roi est le parangon du film à Oscars. Tout est en effet parfaitement calibré pour lui permettre de triompher le 27 février prochain : une histoire vraie abordée sous l'angle de l'émotion, une reconstitution soignée et une performance d'acteur. 
 
La mise en scène de Tom Hooper ne contient pas de réelles fausses notes. Mais elle est aussi sans surprise. Loin de moi l'idée de stigmatiser son classicisme. Je suis le premier à affirmer que ce n'est pas un critère suffisant pour dédaigner une œuvre. Et je me suis suffisamment fait le défenseur, sur d'autres blogs, d'auteurs dit académiques pour ne pas me livrer ici à cette critique. Cependant, là où une Jane Campion, par exemple, sait émouvoir avec subtilité (voir le magnifique Bright star), Hooper recourt ici à des effets si ostentatoires qu'ils produisent souvent un résultat contraire à celui recherché : gros plans sur les visages, théâtralité excessive de certaines séquences et, surtout, musique envahissante (concernant ce dernier aspect, on va dire que je ne sais pas ce que je veux, ayant adressé le reproche inverse à Peter Weir pour ses Chemins de la liberté : il doit néanmoins être possible de trouver un juste milieu...). Prenons la fameuse scène du discours. Trop présente, la partition de Beethoven accapare entièrement l'attention du spectateur, diluant ainsi le potentiel émotionnel du texte de l'allocution et du jeu de Collin Firth. 
 
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Par instant, toutefois, Hooper se laisse aller à plus de fantaisie. Malheureusement, ses efforts de stylisation, faute d'être maitrisés, se révèlent assez hasardeux. Ainsi, lorsque George VI quitte la salle d'accession pour se présenter devant les dignitaires du royaume, les prises de vue alternant plongées et contreplongées, censées rendre le malaise du nouveau souverain, sont pour le moins maladroites. Pour quelle raison le cinéaste n'a-t-il pas fait confiance au talent de son acteur ? Je suis certain qu'il aurait su mieux exprimer le trouble que ces artifices de mise en scène. 
 
Sur le fond, on pourra être dérangé par la tentation hagiographique de ce biopic. Car même si Hooper montre parfois le tempérament colérique du duc d'York, l'image que l'on nous donne de lui est tout de même un peu lisse. De plus, on regrettera que le cinéaste n'ait pas eu l'ambition d'approfondir davantage la question de la communication en politique. Ce n'était évidemment pas le thème du film, il n'empêche, cela lui aurait donné du corps. D'autant que le sujet s'y prêtait, puisque l'époque évoquée ici vit l'émergence de la radio et fut marquée par une opposition entre un roi bègue et un orateur terrifiant. Sur ce point, on relèvera cependant la belle remarque (presque un peu envieuse) de George VI au sujet d'Hitler : Au moins, lui, il sait parlé.
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Malgré tout, Le discours d'un roi est un spectacle humainement touchant, car porté par des acteurs en état de grâce. Colin Firth est réellement habité par son personnage rongé par des responsabilités qui l'écrasent. Aussi serait-il étonnant que l'Oscar lui échappât. Geoffrey Rush est également parfait. Et l'on est heureux de voir qu'il est descendu -hélas, temporairement !- du Black Pearl. Helena Bonham Carter, dans un registre plus sobre que ses dernières prestations, et enfin à visage découvert (après La planète des singes, Sweeney Todd, Alice au pays des merveilles ou Harry Potter, on finissait par ne plus savoir à quoi elle ressemblait !) illumine cette histoire par sa beauté. Ce film nous offre aussi le grand plaisir de revoir Claire Bloom, inoubliable interprète de Thérèse Ambrouse dans Limelight, ici dans la rôle de la reine Mary. Timothy Spall en Churchill est en revanche moins convaincant. Sans doute un problème de ressemblance... 
 
Au final, Le discours d'un roi est un film agréable et raffiné, bien qu'un peu trop sage, comme Les chemins de la liberté...  
 
 Ma note - 3/5

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