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La parade est passée... de Kevin Brownlow

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Les éditions Actes Sud et l’Institut Lumière ont la bonne idée de publier l’opus magnum de l’historien Kevin Brownlow, La parade est passée..., qui n’avait jamais été traduit en français. Ce livre indispensable pour les amateurs de cinéma muet rassemble les témoignages des plus grands réalisateurs et acteurs de l’âge d’or d’Hollywood. Au fil des pages, le monde de Louise Brooks, Douglas Fairbanks, Buster Keaton ou Gloria Swanson revit sous la plume alerte et érudite d’un homme qui, à lui seul, a contribué à sauver des dizaines de chefs-d’œuvres du cinéma. On lui doit notamment la reconstitution la plus importante du Napoléon d'Abel Gance, auquel il a consacré une vingtaine d'années, identifiant dix-neuf versions différentes.

 

A noter que Kevin Brownlow a été récompensé par un Oscar d'honneur lors de la dernière cérémonie des Oscars, le 27 février 2011. Pour ceux qui veulent en savoir plus sur cet auteur, je recommande le passionnant entretien qu’il accorda au site DVD Classik en novembre 2008 (voir ce lien).

La parade est passée, Kevin Brownlow (Actes Sud – Institut Lumière, 2011)

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A thief catcher

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Synopsis
 
Un homme est poursuivit par deux bandits qu’il a eu la mauvaise idée de photographier. Il trouve refuge dans une cabane, qui se révèle en fait être le repère des deux malfrats. Alors qu’ils s’apprêtent à éliminer ce témoin gênant se présentent deux policiers…
 
Fiche techniqueCharles Chaplin 1
 
Film américain
Année de production : 1914
Durée : non renseignée
Réalisation : Ford Sterling
Scénario : non renseigné
Image : non renseigné
Avec Ford Sterling (John, le suspect), Charles Chaplin (Un policier), William Hauber (Un policier), George Jesk (Un policier), Mack Swain (Un voyou)...
 


Critique
 
A thief catcher apparaissait dans les filmographies de Chaplin jusque dans les années 1920-30. Il en disparut plus tard, sans doute par confusion avec un autre film perdu du réalisateur, Her friend bandit, qui avait été réédité quelques années après sa sortie sous le titre The thief catcher. Cette erreur, reprise par Theodor Huff dans sa biographie du cinéaste, se perpétua ensuite. Ce film fut redécouvert en juin 2010 par un collectionneur américain, Paul E Gierucki. Il s’agit en fait d’une copie incomplète en 16 mm, dont un extrait d’environ six minutes figure dans le coffret Keystone commercialisé par Lobster. A thief catcher a été tourné entre le 15 et le 26 janvier 1914 et est sorti en salles le 19 février de la même année.
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Chaplin apparaît dans ce film en Keystone cop, un des ces policiers loufoques qui peuplent nombre de comédies de la Keystone. Cette apparition non créditée n’est pas la seule de sa carrière. Il interpréta ainsi un arbitre dans The knockout, une comédie signée Roscoe Arbuckle. On le vit également en vagabond dans His regeneration de G M Anderson. Il tint aussi son propre rôle dans Soul for sale de Rupert Hughes, Hollywood de James Cruze et Show people de King Vidor.
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Chaplin est ici dirigé par Ford Sterling, l’un des acteurs les plus prolifiques de son temps, puisque sa fiche sur IMDB compte 285 entrées. Aux côtés du créateur de Charlot, on peut reconnaître Mack Swain, dont le rôle le plus célèbre est sans doute celui de Big Jim McKay dans La ruée vers l'or.

Charles Chaplin sur ce site : intégrale Charles Chaplin

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Polisse

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 
 
Le quotidien des policiers de la Brigade de protection des mineurs ce sont les gardes à vue de pédophiles, les arrestations de pickpockets mineurs mais aussi la pause déjeuner où l’on se raconte ses problèmes de couple ; ce sont les auditions de parents maltraitants, les dépositions des enfants, les dérives de la sexualité chez les adolescents, la solidarité entre collègues et les fous rires incontrôlables dans les moments les plus impensables ; c’est savoir que le pire existe, et tenter de faire avec… 
 
Fiche techniquePolisse---Affiche.jpg
 
Film français
Année de production : 2011
Durée : 2h07
Réalisation : Maïwenn Le Besco
Image : Pierre Aïm
Avec Karin Viard (Nadine), Joey Starr (Fred), Marina Foïs (Iris), Nicolas Duvauchelle (Mathieu), Maïwenn Le Besco (Melissa)...
 


Critique 
 
Maïwenn Le Besco nous propose ici une plongée dans le quotidien à la fois professionnel et personnel de policiers de la Brigade de protection des mineurs. Un sujet délicat, qui aurait pu vite sombrer dans le manichéisme. La diversité des personnages et des situations permet cependant à la cinéaste d’éviter le piège d’une vision simpliste, voire démagogique. Par le rire, elle échappe aussi à l’écueil du sordide et du pathos. L’humour est certes parfois en décalage avec des situations particulièrement dérangeantes. Je pense, par exemple, à cette scène où une adolescente avoue avoir accepté de faire une fellation à plusieurs garçons pour récupérer son téléphone mobile. Si les rires des policiers qui l’interrogent peuvent sembler obscènes, ils permettent également de dédramatiser l’instant. De plus, ils sont pour moi d’un total réalisme. Dans des métiers au quotidien éprouvant, on exorcise en effet souvent l’intolérable ainsi. Ce n’est peut-être pas très fin, mais cela permet de tenir. 
 
Cette impression de vérité est l’autre point fort du film de Maïwenn. Elle tient d’abord à l’incroyable implication des acteurs, tous formidables. Comme dans L’Apollonide, le magnifique film de Bertrand Bonello, ils forment un ensemble cohérent et parfaitement crédible, duquel il est difficile de faire ressortir une personnalité. Je citerai tout de même la prestation de Joey Starr. Si je continue de ne pas tenir en haute estime l’homme (et c’est un euphémisme), son jeu à fleur de peau est ici bluffant. Et inattendu. La vérité se dégage aussi du style nerveux de la réalisatrice, qui, contrairement à ce que prétendent certains critiques (Le Monde, Cahiers du cinéma), ne fait pas du sitcom. 
 
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Si Polisse ne cède pas à la tentation du pathétique, il n’en contient pas moins quelques scènes très poignantes. La plus marquante étant celle du petit garçon africain arraché à sa maman SDF. Son désespoir résonne longtemps dans le cœur du spectateur. A moins d’être insensible… 
 
Ce film n’est bien sûr pas parfait. La seconde partie s'étire en longueur. Les situations sont un peu répétitives. Maïwenn aurait certainement gagné à resserrer son propos. Le rôle qu’elle s’attribue n’est pas non plus d’une grande utilité. Certains personnages sont en outre un peu caricaturaux, tel ce père accusé d’inceste, dont l’attitude provocante face aux enquêteurs me paraît peu crédible. Malgré tout, Polisse est une œuvre forte, qui prend aux tripes. Et tant pis si elle agace les cérébraux ou les spectateurs avides de sensations plus troubles ! En tous cas, le cinéma français nous a offert en cette fin d’année trois très belles surprises, dont deux signées par des femmes (La guerre est déclarée). Seraient-elles l’avenir du Septième art hexagonal ? 
 
Ma note - 3,5/5

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Actualité DVD - Blu-ray

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Gaumont annonce la sortie en DVD, pour le 16 novembre prochain, du Chagrin et la pitié de Marcel Ophüls, un documentaire dressant la chronique de la vie à Clermont-Ferrand et dans l’ensemble de l’Auvergne entre 1940 et 1944. D'une durée d'environ 4 heures, ce film est constitué d'entretiens et d'images d'actualité de l'époque présentées sans aucun commentaire, ainsi que d’une interview de Maurice Chevalier évoquant les accusations de collaboration portées contre lui.

 

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Le chagrin et la pitié représente la première plongée cinématographique effectuée dans la mémoire collective française sur la période de l'Occupation allemande au cours de la Seconde guerre mondiale. À une idéologie qui ne faisait pratiquement état jusque-là que des faits de Résistance, Ophüls permit de mettre l'accent sur des comportements quotidiens beaucoup plus ambigus à l'égard de l'occupant. Ce documentaire fut pour cela interdit à la télévision pendant dix ans. L'une des plus farouches opposantes à sa diffusion fut Simone Veil, au prétexte, entre autres, qu’il ne reflétait pas les réalités de l’époque. Il fit néanmoins l'objet d'un fort engouement par le bouche-à-oreille.

 

Le chagrin et la pitié est proposé dans un nouveau master restauré, dans un coffret trois DVD incluant, notamment, un entretien de l’auteur avec Michel Ciment (L’importance des anecdotes). 

 

Les éditions Wild Side viennent quant à elles de mettre en vente une nouvelle édition du Rôdeur de Joseph Losey, un film tourné dans l’urgence par le réalisateur américain, juste avant son exil européen. Commercialisée dans la collection Classics Confidential, elle est accompagnée d’un documentaire (The cost of living : creating the prowler) et d’un livre de 80 pages signé Eddie Muller, fondateur de la Film noir Foundation et auteur de nombreux ouvrages consacrés au film noir. 

 

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Pour les admirateurs de Terrence Malick (dont je fais partie, en dépit des apparences), je signale également la sortie à la Fnac d’une intégrale de l’œuvre du cinéaste. Pas de bonus, mais un livret inédit de 36 pages.

Enfin, petit coup de gueule pour conclure, puisqu‘on annonce un nouveau coffret d’Apocalypse now incluant le journal d’Eleanor Coppola consacré au tournage de ce film… Et ce, six mois seulement après la mise en vente d’une édition blu-ray réputée définitive. Ce pourrait-il qu’on nous prenne pour des cons

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L'étrange aventure de Mabel (Mabel's strange predicament)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Synopsis
 
Un vagabond ivre (Charles Chaplin) pénètre dans le hall d’un hôtel. Entre deux incidents causés par son ébriété, il engage un flirt avec chaque femme qui passe, dont Mabel (Mabel Normand), qu’il retrouve plus tard dans un couloir de l’établissement. La jeune femme s’est laissée surprendre à l’extérieur de sa chambre, vêtue d’un simple pyjama. Pour échapper à ses avances, elle se réfugie dans la chambre voisine, occupée par un couple. Une situation à l’origine de multiples quiproquos…
 
Fiche techniqueCharles Chaplin 1
 
Film américain
Année de prodcution : 1914
Durée : 0h17
Réalisation : Mabel Normand
Avec Charles Chaplin (Le vagabond), Mabel Normand (Mabel), Chester Conklin (Le mari), Alice Davenport (L'épouse), Harry McCoy (L'admirateur de Mabel)...
 


Critique 
 
Comme je l’avais signalé à propos de Charlot est content de lui, L’étrange aventure de Mabel est le premier film tourné par Chaplin dans le costume qui l’a rendu célèbre. Il est aussi celui où l’acteur commença à mettre en place ses propres effets comiques. Ceux-ci impressionnèrent d’ailleurs tellement Sennett, le directeur de la Keystone, que celui-ci se laissa convaincre de conserver l’intégralité de sa prestation dans la scène du hall, soit une prise de près d’une minute, alors que l’habitude du studio était de privilégier des plans très courts, de quelques secondes seulement.
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Selon IMDB, ce court métrage est la quatrième réalisation de Mabel Normand. David Robinson, dans sa biographie de Chaplin, indique une coréalisation Lehrman-Sennett. Quoi qu’il en soit, ce film est structuré selon un schéma typiquement keystonien, à base de vaudeville, de chassés-croisés…

Un mot sur Mabel Normand. Née à New Brighton le 10 novembre 1895 (source IMDB), la jeune femme fit ses débuts au cinéma en 1910 à la Vitagraph, dans Indiscretions of Betty. En 1912, elle rejoignit la Biograph, où elle tourna plusieurs fois sous la direction de D W Griffith. Repérée par Mack Sennett, elle suivit celui-ci en Californie lorsqu'il prit la direction du studio créé par Adam Kessel et Charles O Bauman, la Keystone, dont elle devint rapidement la vedette. De The water nymph (1912) à Bright lights (1916), elle apparut dans plus de 130 films et dirigea 17 courts métrages. Elle signa ensuite un contrat avec la Goldwyn Pictures Corporation. Mais associée à plusieurs scandales (son nom fut notamment cité lors de l’assassinat du metteur en scène William Desmond Taylor), sa carrière déclina rapidement. Elle mourut le 22 février 1930, terrassée par la tuberculose.

L'étrange aventure de Mabel est disponible dans le splendide coffret consacré aux films tournés par Charles Chaplin pour la Keystone et distribué en France par la société Lobster.

Charles Chaplin sur ce site : intégrale Charles Chaplin

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The thing

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

The thing 1
 
Critique 
 
La paléontologue Kate Lloyd (Mary Elizabeth Winstead) part en Antarctique rejoindre une équipe de scientifiques norvégiens qui a localisé un vaisseau extraterrestre emprisonné dans la glace. Elle y découvre un organisme qui semble s'être éteint au moment du crash, de multiples années auparavant. Mais une manipulation élémentaire libère accidentellement la créature de sa prison glacée. Capable de reproduire à la perfection tout organisme vivant, elle s'abat sur les membres de l'expédition, les décimant un à un. Kate s'allie au pilote américain Carter (Joel Edgerton) pour tenter de mettre fin au carnage. Aux confins d’un continent aussi fascinant qu’hostile, le prédateur protéiforme venu d’un autre monde tente de survivre et de prospérer aux dépens d’humains terrorisés qu’il infecte et pousse à s’entre-tuer… 
 
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Film américain
Durée : 1h43
Année de production : 2011
Scénario : Eric Heisserer 
Avec Mary Elizabeth Winstead (Kate Lloyd), Joel Edgerton (Braxton Carter), Ulrich Thomsen (Sander Halvorson), Eric Christian Olsen (Adam Goodman)... 
 
 
Critique 
 
The thing version 2011 est plus un remake qu’une préquelle du film de John Carpenter. Comme la chaîne Action a eu la bonne idée de rediffuser ce dernier samedi soir, j’ai pu comparer ces deux adaptations de La chose d’un autre monde, de l’écrivain John W Campbell (déjà portée à l’écran en 1951 par Howard Hawks et Christian Nyby). Et force est de constater que les évènements représentés ici sont pour l’essentiel une réplique de l'original. On y retrouve les mêmes effets narratifs (dysfonctionnements du lance-flamme, isolement des individus suspectés d’avoir été infectés, évasion de ceux-ci…) et esthétiques (usage des lens flares, qui connaissent aujourd’hui un retour en grâce (Super 8)). Aussi est-il singulier de constater que ceux qui crient au génie devant le film de Carpenter font la fine bouche devant ce spectacle, presque en tous points identique. Tout au plus peut-on reprocher à Matthijs van Heijningen Jr son manque d’originalité (même s’il se démarque de son modèle en introduisant –n’y voyez pas un mauvais jeu de mots de ma part !- un élément féminin dans son intrigue) ou l’inutilité de sa démarche. 
 
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Cependant, la copie qu’il nous livre est honorable. Les scènes d’action sont efficacement menées, les métamorphoses de la créature plutôt réussies… De plus, il a le bon goût de ne pas abuser de certaines ficelles un peu usées (il y a quelques jump scares, mais pas trop). Enfin, il réussit à relier assez astucieusement son film à celui de Carpenter, justifiant ainsi -in extremis, certes- son statut de préquelle.
 
Le casting est également convaincant. Joel Edgerton, après ses prestations dans Animal Kingdom et Warrior, confirme sa belle année. Mary Elizabeth Winstead, quant à elle, se voit enfin confier un rôle plus dense qu’à l’accoutumée. Son personnage n’est en effet pas uniquement là pour satisfaire le public masculin (même si elle est loin d’être désagréable à regarder !). Il possède une véritable autorité sur l’équipe de scientifiques. Et puis, il est le seul à échapper à la Chose. Si bien que l’on peut imaginer –craindre- une rencontre future entre Kate Lloyd et MacReady.
 
Ma note - 2/5

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La princesse aux huîtres d'Ernst Lubitsch (Arte, 25 octobre 2011 à minuit)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Arte diffusera le 25 octobre prochain, à minuit, La princesse aux huîtres d’Ernst Lubitsch. Cette comédie tournée en 1919 raconte l’histoire d’Ossi (Ossi Oswalda), la fille d’un magnat des huîtres, qui, apprenant qu'une autre riche héritière va épouser un comte, menace de tout détruire dans la maison si on ne lui trouve pas dans l'heure un mari aristocrate. Par l'intermédiaire de l'agent matrimonial Seligson (Max Kronert), le choix se porte sur le prince Nucki (Harry Liedtke). Ce dernier est en fait un buveur notoire, un pique-assiette et un noceur. Curieux d'en savoir plus sur la proposition d'union, le prince envoie son valet chez les Quaker. À peine arrivé, le domestique est marié à la riche héritière...

 

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Trois ans avant son départ définitif pour les Etats-Unis, Lubitsch signe avec ce film son premier triomphe, où l’on retrouve déjà tous les ingrédients de ce qu'on appellera la Lubitsch's touch. Il a été restauré par la Fondation Murnau à partir d’un négatif original redécouvert en 2005 par le Bundesarchiv. Une nouvelle musique a été par ailleurs composée par le pianiste Aljoscha Zimmermann, qui avait déjà œuvré pour Nosferatu et Metropolis. 

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The artist

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 
 
Hollywood, 1927. George Valentin (Jean Dujardin) est une vedette du muet à qui tout sourit. Son dernier film, A russian affair, est un succès. Mais le studio qui l’emploie, la Kinograph, est convaincu que l’avenir du cinéma passe par le parlant. Or, George refuse cette évolution. C’est le début pour lui de la chute. Dans le même temps, Peppy Miller (Bérénice Bejo), une jeune figurante qu’il avait croisée à la première de son ultime triomphe, va être propulsée au firmament des stars… 
 
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Film français
Année de production : 2011
Durée : 1h40
Réalisation : Michel Hazanavicius
Scénario : Michel Hazanavicius
Avec Jean Dujardin (George Valentin), Bérénice Bejo (Peppy Miller), John Goodman (Zimmer), James Cromwell (Clifton)...
 

 
Critique 
 
The artist n’est pas un objet si unique qu'on veut bien le dire. S’ils ne sont pas légion, d’autres films muets ont en effet été tournés bien après l’avènement du parlant. On peut citer, parmi les plus récents, Dracula, pages tirées du journal d'une vierge (2002), du Canadien Guy Maddin. Cependant, le plus souvent il s’agit de démarches expérimentales.

Comme toujours chez Michel Hazanavicius, on se situe ici au niveau du pastiche. Un genre dont les qualités artistiques peuvent être réelles (Proust imita à merveille Balzac, Flaubert ou encore Sainte-Beuve dans Pastiches et mélanges), mais qui a aussi ses limites. The artist nous le rappelle. Car si l’auteur d’OSS 117 rend une copie plaisante, le résultat est somme toute assez impersonnel, ce qui fait qu’on peine à se sentir concerné par la déchéance de cette gloire du muet et par son histoire d’amour avec une étoile montante.
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The artist pose également problème sur un plan plus formel. J’ai eu le sentiment d’un décalage entre ce à quoi mon œil d’amoureux du muet est habitué et ce que nous propose Hazanavicius. Je ne sais comment expliquer clairement cette impression. Car l'habillage est parfait... En fait, si le film est en noir et blanc et sans parole, il n’en appartient pas moins à notre époque. Sa grammaire, son montage sont contemporains, malgré ses multiples allusions aux grands maîtres du genre (voir la belle scène où Peppy Miller passe, avec une tendresse toute chaplinesque, son bras dans la manche de la redingote de George, ou cet effet de surimpression d’une bobine sur l’œil de ce dernier, qui lui donne un faux-air de Fritz Lang). En sorte que The artist apparaît aussi un peu artificiel…
 
Michel Hazanavicius nous apporte une nouvelle fois la preuve de ses talents d'imitation. J’attends maintenant qu’il nous démontre qu’il possède un style propre. Néanmoins, son pari audacieux et son amour du cinéma –que l’on devine sincère- méritent d’être salués, même s'il doit se méfier : à force de faire des films-hommages, il risque de faire un cinéma nécrologique... On retiendra également le jeu de Dujardin et de sa partenaire. Le visage du premier, d’une plasticité rare, lui permet de retrouver l’expressivité des acteurs du muet. Quant à Bérénice Bejo, elle n’a sans soute jamais été aussi juste.
 
Ma note - 2,5/5

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L'argent

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis 
 
Nicolas Saccard (Pierre Alcover) et Alphonse Gundermann (Alfred Abel), deux hommes d’affaires sans scrupules, se livrent une bataille sans merci à la bourse. Le premier, Président de la Banque universelle, souhaite obtenir une augmentation de capitale de l’une de ses filiales, la Caledonian Eagle. Cependant, Salomon Massias (Alexandre Mihalesco), l’actionnaire principal de l’entreprise, mais aussi homme de paille de Gundermann, s’oppose à cette opération. Cet échec place Saccard au bord de la ruine et lui fait perdre l’affection de sa maîtresse, la baronne Sandorf (Brigitte Helm), qui prend le parti de son ennemi. Il n’est toutefois pas homme à se laisser abattre. Grâce à un journaliste, Huret (Jules Berry), il rencontre bientôt l’aviateur Jacques Hamelin (Henry Victor) et sa femme, Line (Marie Glory). Hamelin posséderait une option sur des terrains pétrolifères en Guyane. Intéressé tout à la fois par la perspective de contrecarrer Gundermann sur le terrain de l’exploitation pétrolière, dont il est le leader mondial, et par Line, Saccard n’hésite pas financer le raid aérien entre la France et la Guyane projeté par l’aventurier. Une traversée qui, espère-t-il, assurera sa publicité et lui permettra de conquérir la jeune femme… 
 
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Film français
Année de production : 1928
Durée : 3h15
Réalisation : Marcel L'Herbier
Image : Jules Kruger
Avec Brigitte Helm (La baronne Sandorf), Pierre Alcover (Nicolas Saccard), Alfred Abel (Alphonse Gundermann), Marie Glory (Line Hamelin)...  
 

 
Critique 
 
En regardant ce film, on a l’impression que le monde de la finance n’a pas changé depuis 1928. Cette peinture des dérives d’un capitalisme boursier dont les désirs de gain immédiat relèguent au second plan les vies humaines -Saccard n’hésite pas à entretenir la rumeur de la mort d’Hamelin pour profiter de sa résurrection, au mépris de la douleur causée à sa femme- est en effet d’une étonnante actualité. Et elle l’était déjà, par anticipation sur la crise de 1929, lorsque L’Herbier adapta librement ce roman de Zola, lui-même inspiré par le krach de l’Union générale (1881-1882), dans lequel Eugène Bontoux vit sa société ruinée en grande partie par les manoeuvres des Rothschild. Saccard et Gundermann, spéculateurs amoraux et sans scrupule, sont les Madoff d’hier.
       
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Mais L’argent, avant-dernier film muet de L’herbier (le dernier étant Nuits de princes), est surtout un poème visuel d’une incroyable modernité. On sent l’influence de Griffith et d’Eisenstein, notamment au niveau du montage. L’une des scènes les plus spectaculaires du film est sans doute celle du départ de l’avion d’Hamelin. L’auteur d’El Dorado met alors en parallèle la fébrilité des courtiers à la bourse, emportés par l’enthousiasme du raid de l’aviateur et la perspective de découvrir de nouvelles richesses susceptibles de les enrichir, et la rotation de l’hélice de son appareil. Un effet qui traduit le vertige d’une société obsédée par le pouvoir de l’argent. Pour l’obtenir, le cinéaste imagina une installation étonnante : une caméra attachée à un câble descendant de la coupole du Palais Brongniart sur la foule des agents de change rassemblée autour de la corbeille. L’Argent contient cependant bien d’autres séquences virtuoses, tel ce travelling d’une incroyable fluidité dans une pièce circulaire, pour lequel l’équipe technique déploya des trésors d’ingéniosité (le caméraman fut installé sur un trépied de projecteur). 
 
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Quelques plans moins techniques n’en sont pas moins d’une grande puissance expressive. Je pense en particulier à la séparation de Jacques et Line, avant le départ de l’aviateur pour la Guyane. La jeune femme, vue de dos, fait ses adieux à l’ombre de son mari. Dans le même ordre d’idée, il y a cette scène à haute teneur érotique entre Saccard et la baronne Sandorf, où celle-ci fait comprendre à son ancien amant que Gundermann spécule sur sa faillite. En arrière-plan de son visage se profilent les ombres projetées au plafond de joueurs de cartes présents dans la pièce voisine (photo). Une image qui est comme le symbole des manœuvres complexes auxquelles se livrent les deux adversaires.

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Toujours sur le plan formel, il faut saluer le travail très stylisé de Jules Kruger, un des grands chefs opérateurs de l’époque, puisqu’on lui doit, entre autres, la photographie du Napoléon d’Abel Gance, des Croix de bois de Raymond Bernard, de La Bandera, La belle équipe et Pépé le Moko de Julien Duvivier, ou encore des Perles de la couronne de Sacha Guitry. On notera également la grande beauté des décors, signés Lazare Meerson, l’un des collaborateurs privilégiés de Jacques Feyder (Gribiche, Carmen, Les nouveaux messieurs, La kermesse héroïque) et René Clair (Sous les toits de Paris, Le million, A nous la liberté, Quatorze juillet).
 
Côté interprétation, on retiendra surtout les prestations de Brigitte Helm, Pierre Alcover et Alfred Abel. La première était devenue l’année précédente, et dès sa première apparition à l’écran (la femme-machine de Metropolis), une immense star. Il suffit pour s’en convaincre de regarder, dans les bonus du DVD de L’argent commercialisé par Carlotta, le reportage de son arrivée à Paris. Son jeu empreint de sensualité offre ici un magnifique contrepoint au jeu sanguin d’Alcover, dont le physique de colosse est ici accentué par de nombreuses prises de vue en contre-plongées (photo). Son personnage est sans doute le plus humain de cette histoire. Il est certes vil, mais animé par la passion, ce qui le différencie beaucoup du froid calculateur Gundermann, incarné par Alfred Abel, qui comme Helm et Alcover (Liliom) passa aussi par la case Fritz Lang (Docteur Mabuse : le joueur et Metropolis). On le vit également chez Lubitsch (Rausch, Die Flamme) et Murnau (La terre qui flambe, Le fantôme, Les finances du grand duc).
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A noter encore la présence au générique d’Antonin Artaud (photo), qui tourna la même année sous la direction de Dreyer La passion de Jeanne d’Arc. Dreyer qui écrivit en 1915 pour Karl Mantzius un scénario inspiré de… L’Argent de Zola (voir mon article). La boucle est bouclée. Nul doute que si le cinéaste danois vit cette adaptation, il dut être séduit par l’idée de L’Herbier de faire de l’un de ses héros un aviateur. Je rappelle enfin que Jean Dréville réalisa sur le tournage de ce film l’un des premiers making-of de l’histoire du cinéma (voir mon article)… 
 
 
 Ma note - 5/5

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Actualité DVD - Blu-ray

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Les amateurs du cinéma de Sacha Guitry pourront redécouvrir, grâce à Gaumont, cinq de ses films tournés dans l’immédiate après-guerre : Aux deux colombes, Le trésor de Cantenac, Adhémar ou le jouet de la fatalité, La poison et Je l’ai été trois fois. Comme pour toutes ses oeuvres de patrimoine, l’éditeur propose un très beau travail de restauration, ainsi que de nombreux bonus, dont beaucoup sont dus à Patrick Buisson, le Directeur général de la chaîne Histoire. 

 Coffret Guitry 2

 

Ce coffret vient compléter celui édité en 2008, intitulé L’âge d’or 1936-1938 et regroupant huit longs métrages de l’auteur : Mon père avait raison, Le nouveau testament, Le roman d’un tricheur, Faisons un rêve, Les perles de la couronne, Désiré, Quadrille, Remontons les Champs-Elysées.

La qualité des restaurations, la richesse des compléments et l’élégance du produit rendent celui-ci essentiel aux amoureux du cinéma du verbe, même si son prix est très élevé. Côté bonus, on citera d’abord le moyen métrage Le mot de Cambronne, inspiré de la pièce éponyme écrite par Guitry en 1936. On citera également des documents rares issus des archives de l'Inathèque, notamment des entretiens avec des cinéastes de La nouvelle vague (Jacques Rivette, Eric Rohmer, François Truffaut). Dispersés sur différentes galettes, quelques mini-documentaires signés Philippe Durant reviennent sur les aspects esthétiques et thématiques du cinéma guitrien (la séduction, l'adultère, l'utilisation du téléphone dans la mise en scène…).

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Drive

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

  Drive 1

 

Synopsis 

 

Un jeune homme solitaire, Driver (Ryan Gosling), conduit le jour à Hollywood pour le cinéma en tant que cascadeur et la nuit pour des truands. Dans ce dernier cas, il a son propre code : jamais il ne prend part aux crimes de ses employeurs autrement qu’en conduisant. Shannon (Bryan Cranston), le manager qui lui décroche tous ses contrats, propose à Bernie Rose (Albert Brooks), un malfrat notoire, d’investir dans un véhicule pour que son poulain puisse participer à des compétitions de stock-car. Celui-ci accepte mais impose son associé, Nino (Ron Perlman), dans le projet. C’est alors que la route du pilote croise celle d’Irene (Carey Mulligan) et de son fils… 

 

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Film américain

Année de production : 2011

Durée : 1h40

Réalisation : Nicolas Winding Refn 

Scénario : Hossein Amni 

Image : Newton Thomas Sigel 

Avec Ryan Gosling (Driver), Carey Mulligan (Irene), Bryan Cranston (Shannon), Albert Brooks (Bernie Rose), Ron Perlman (Nino)...  

 


 

Critique 

 

Pour certains, Drive serait un exercice de style virtuose, mais creux. Pour d’autres, Nicolas Winding Refn se contenterait ici de faire du Tarantino. Ce qui n’est évidemment pas, sous leur plume, un compliment. Car après l’avoir porté injustement aux nues, de nombreux cinéphiles vouent aujourd’hui le cinéaste américain -avec tout en autant d’excès- aux gémonies (et j’ai le sentiment que Tim Burton est en train de subir le même sort…).

 

La première critique me semble très imméritée et bien dans la mentalité française, toujours prompte à intellectualiser, donc à regarder avec une sorte de dédain la forme. Or, qu’est-ce que le cinéma ? Un art essentiellement visuel. Aussi les seules qualités esthétiques peuvent-elles suffire à faire un grand film. Je vois aussi poindre derrière ce type de propos un mépris -également très ancré dans notre culture- pour le cinéma de genre.

 

Le second reproche me semble tout aussi ténu. Il y a en effet pour moi peu de liens entre les œuvres des deux réalisateurs fréquemment associés dans les chroniques des blogueurs. Ils ont une manière différente de représenter la violence. Chez Refn, elle est brute et sans concession, chez l’auteur de Kill Bill elle a souvent un côté ludique, presque folklorique. L’univers du Danois est par ailleurs très éloigné des logorrhées tarantinesques, certes parfois brillantes (voir l’échange entre le major Dieter Hellstrom et Hicox dans Inglourious Basterds), mais aussi souvent abrutissantes (Boulevard de la mort)… 

 

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Si je devais chercher une influence à Drive, ce serait –outre Martin Scorsese et Michael Mann, bien sûr- dans le cinéma coréen que je la trouverais. D’abord par l’importance des scènes nocturnes, par la manière avec laquelle Newton Thomas Sigel, le directeur de la photographie du film (un fidèle de Bryan Singer), utilise les lumières de la nuit. Il réalise ici un travail d’une élégance absolue, captant chaque nuance de l’éclairage urbain, chaque reflet. Autre point commun avec les productions venues du pays du Matin calme, Drive raconte la trajectoire solitaire d’un homme usant d'une violence sans limite pour jouer les bons samaritains. Ce schéma est celui de The chaser (Jung-ho, l’ex-flic devenu proxénète, se lance dans une chasse à l'homme pour tenter de sauver l'une de ses filles, Mi-jin), Breathless (Sang-hoon impitoyable recouvreur de dettes, s’humanise au contact d’une jeune lycéenne) ou encore The man from nowhere (Cha Tae-sik, un ancien agent des forces spéciales, décide de sortir de sa retraite pour arracher aux mains d’un parrain de la drogue la fille de sa voisine). Une trame narrative certes classique, mais terriblement efficace. Et elle n’est pas moins dense ici que chez Na Hong-jin, Yang Ik-joon ou Lee Jeong-beom.

 

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Refn ne se contente cependant pas d’appliquer des recettes éprouvées. Il s’en joue aussi, notamment grâce à une galerie de personnages des plus atypiques. Driver, magnifiquement incarné par Ryan Gosling, visage lisse et blouson satiné, est ainsi très éloigné du héros viril auquel le cinéma d’action a habitué le spectateur. Carey Mulligan, avec son expression douce et mélancolique, est également à des lieues du cliché de l’épouse de détenu. De la même manière, le réalisateur se démarque de ses modèles par son refus d’une mise en scène tape-à-l’œil (pas de montage frénétique à la Tony Scott, par exemple).

 

Drive, œuvre viscérale et virtuose, n’est donc pas -contrairement à ce que prétendent ses détracteurs- qu’un exercice de style appliqué. Refn transcende les codes du film d’action, qu'il réinvente. Alors, bien sûr, il ne nous fait pas voyager dans différentes strates de rêves. Il ne nous ménage pas non plus une rencontre avec un velociraptor prenant soudain conscience, au détour d’une rivière, des notions de bien et de mal. Mais ce n'est pas moi qui vais m'en plaindre ! 

 

Ma note - 4,5/5

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Charlot est content de lui (Kid auto races at Venice)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Synopsis
 
Un vagabond (Charles Chaplin) joue les trublions lors d’une course de voiturettes pour enfant, multipliant les apparitions inopinées dans le champ de la caméra d’un reporter (Henry Lehrman)…
 
Fiche techniqueCharles Chaplin 1
 
Film américain
Année de production : 1914
Durée : 0h11
Réalisation : Henry Lehrman
Avec Charles Chaplin (Le vagabond), Henry Lehrman (Le réalisateur)...
 


Critique
 
Bien que son intrigue soit assez simpliste, Charlot est content de lui, comme Making a living, fait date dans l’histoire du Septième art. D’abord parce que Chaplin y apparaît pour la première fois dans le costume de Charlot (en fait, le premier film dans lequel il endossa la célèbre défroque du vagabond fut Mabel's strange predicament, cependant ce dernier sortit un peu plus tard sur les écrans).

Selon la légende, l'accoutrement de Charlot aurait été composé par un après-midi pluvieux de janvier 1914, dans la loge commune des acteurs de la Keystone, l’acteur empruntant un pantalon trop large de Fatty Arbuckle, une veste de Charles Avery, les chaussures de Ford Sterling, un chapeau melon du beau-père d’Arbuckle et une moustache destinée à Mark Swain. Une version que Chaplin ne confirma jamais. David Robinson, dans la biographie qu’il consacre au réalisateur, relève pour sa part des précédents au costume de Charlot dans le music-hall anglais et rappelle que Fred Kitchen, l’une des stars de la compagnie Karno, revendiqua la paternité de cette tenue.
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Charlot est content de lui est également précieux, car il nous permet de voir les premières réactions du public au jeu de l’acteur. Dans un premier temps, la foule des spectateurs se montre intriguée par ce curieux personnage, qui ne cesse de gêner le travail de l'équipe de prise de vue. Puis, peu à peu, le charme opère. Elle commence à sourire. Dans cette demi-bobine d'à peine sept minutes, l'un des plus grands génies comiques du cinéma est en train de naître...

Charlot est content de lui 2

 
Mais ce court métrage est surtout remarquable par la manière très moderne qu'à Chaplin de capter l’attention de la caméra. Dans The silent clowns, le critique Walter Kerr note d’ailleurs qu'il utilise dans ce film cet instrument comme un moyen d'établir une relation directe et manifeste entre lui et son public... Il regarde la caméra et, en la traversant, il nous rejoint. Son emprise future sur le public et le lien mystérieux et presque inexplicable entre l’interprète et Monsieur tout le monde sont ici en germe. 
 
Comme tous les films tournés par Chaplin pour la Keystone, Charlot est content de lui est disponible dans le coffret commercialisé par la société Lobster.

Charles Chaplin sur ce site : intégrale Charles Chaplin

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Fritz Lang au travail de Bernard Eisenschitz

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Toujours dans le cadre de l’exposition Fritz Lang qui se déroulera cet automne à la Cinémathèque française, les Cahiers du cinéma (et les éditions Phaidon) publieront très prochainement Fritz Lang au travail, un ouvrage de référence sur le cinéaste allemand. Signée Bernard Eisenschitz, éminent critique et historien du cinéma, cette étude exhaustive conduit le lecteur des premiers films expressionnistes du réalisateur à ses derniers films noirs américains. Quatre focus mettent l'accent sur un aspect d'un film, un thème ou un genre. Une iconographie exceptionnelle, provenant des archives de Lang, illustre par ailleurs le propos de l’auteur : photographies de plateaux, de tournages, affiches, storyboards, dessins et scripts annotés, dont certains inédits…

 Fritz Lang au travail 2

 

Je signale également la sortie chez Steidl d’un livre reproduisant l’album photographique réalisé par Horst von Harbou (le frère de la scénariste et femme de Fritz Lang) sur le tournage de Metropolis, ainsi qu’un numéro spécial de L’avant-scène cinéma (n° 585) consacré à ce monument du Septième art.

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Dream house

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis

 

Editeur à succès, Will Atenton (Daniel Craig) quitte son emploi à New York pour déménager avec sa femme, Libby (Rachel Weisz) et ses enfants dans une ville pittoresque de Nouvelle Angleterre. En s’installant, ils découvrent que leur maison de rêve a été le théâtre du meurtre d’une mère et de ses deux enfants. Toute la ville pense que l’auteur n’est autre que le père, qui a survécu aux siens…

 

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Film américain

Année de production : 2011

Durée : 1h31

Réalisation : Jim Sheridan 

Scénario : David Loucka 

Image : Caleb Deschanel 

Avec Daniel Craig (Will Atenton), Naomi Watts (Ann Patterson), Rachel Weisz (Libby), Elias Koteas (Boyce), Marton Csokas (Jack Patterson)... 

 


 

Critique 

 

Ce thriller psychologique a été très fraichement accueilli –c’est un euphémisme- par la critique. Il faut bien avouer que cette histoire n’est pas d’une folle originalité : un couple récemment installé dans une nouvelle maison se retrouve bientôt confronté à d’étranges phénomènes. Autour de ce sujet, on peut citer, rien que pour cette année, The silent house, Insidious, Derrière les murs. Les deux premiers n’ont pas laissé dans mon esprit une trace indélébile, si ce n’est, pour le deuxième, le craquant minois de Rose Byrne. Ici, le spectateur masculin n’est pas mal servi non plus, puisqu’il a droit, pour le prix d’une place, à Rachel Weisz et Naomi Watts…

 

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Il est vrai également qu’on a connu Jim Sheridan plus inspiré. A sa décharge, on doit signaler qu’il n’est pas vraiment aidé par le scénario imaginé par l'obscur David Loucka. L’intérêt d’un film à twists, c’est que ceux-ci soient suffisamment bluffants pour nous donner envie à la fin de la projection de remonter mentalement le fil du récit, afin de déterminer à quel moment on s’est laissé abuser et de vérifier si tous les éléments sont cohérents. M Night Shyamalan nous a offert un modèle avec Sixième sens. On ne retrouve pas ici cette virtuosité narrative. Les rebondissements sont très vite éventés. La faute peut-être à Shutter Island, qui nous donne pas mal de pistes quant au profil psychologique du personnage incarné par Daniel Craig. Et les explications sont parfois un peu capillotractées (voir celle donnée par le psychiatre sur la construction du nom de Will). 

 

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Dream house n’est cependant pas aussi infâmant que certains se plaisent à le dire. L’auteur d’Au nom du père ne manque pas de talent, même si l’orientation prise par sa carrière est aujourd’hui un peu décevante. Son équipe technique est par ailleurs solide. Le travail de Caleb Deschanel -directeur de la photographie de L’étoffe des héros, The patriot : le chemin de la liberté ou encore de La passion du Christ- est d’excellente facture. Il a su créer une ambiance assez intrigante, en particulier grâce au contraste entre les scènes extérieures, essentiellement nocturnes et hivernales, et les intérieurs, éclairés de lumières chaudes. Entre les deux, les fenêtres, très présentes, forment une sorte d'interface mentale entre la réalité et le monde fantasmé par Will. Givrées ou couvertes de buée, elles sont pour moi comme le symbole de ses désordres psychologiques… 

 

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Côté interprétation, Rachel Weisz et Naomi Watts sont parfaites, même si la seconde est un peu sous-employée. Rachel Weisz excelle dans ce type de rôle empreint de douceur maternelle. Daniel Craig est en revanche moins à l'aise. C’est un acteur physique, pas un cérébral. Aussi peine-t-il à rendre sensibles (et crédibles) les tourments de son personnage. 

 

Dream house est évidemment très loin de rivaliser avec Shining, le chef-d’œuvre absolu du genre. Mais ce n’est pas non plus un honteux navet. A voir, pour son casting en tétons… Heu ! en béton (merci Nicolas de m’avoir suggéré ce délicat jeu de mots)… 

 

 Ma note - 2/5

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Actualité DVD - Blu-ray

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

La règle du jeu

 

Les éditions Montparnasse nous offre la possibilité de revoir Paulette Dubost, récemment disparue, grâce à l’édition Blu-ray de La règle du jeu, sortie il y a quelques jours. Cette œuvre, dont Truffaut -désolé de le citer une nouvelle fois- disait dans Les films de ma vie qu’elle est le credo des cinéphiles, le film des films, bénéficie ici d’une restauration impressionnante. On retrouve par ailleurs l'intégralité des bonus présents sur le DVD commercialisé par l'éditeur en 2005, complétés du documentaire Il était une fois… La règle du jeu, dans lequel interviennent, outre le réalisateur, les comédiennes Paulette Dubost et Leslie Caron, ainsi que le neveu de Jean Renoir, Jacques Renoir.

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A l’occasion de l’exposition Fritz Lang à la Cinémathèque française, MK2 met en vente une édition Blu-ray de Metropolis. Cette version intégre les éléments retrouvés en 2008 au Musée du cinéma de Buenos Aires, soit une trentaine de minutes inédites, qui donnent une idée du montage original de 1927. Parmi les compléments proposés, on citera un livret de seize pages, ainsi que plusieurs documentaires, dont l’inédit Voyage à Metropolis. Seul bémol : le visuel. Je sais qu'on achète un contenu, pas un objet. Mais quelle idée d'avoir mis en relief sur le boîtier le buste de la femme-machine ? C'est d'un goût ! Alors que l'éditeur anglais Eureka ! propose, pour un contenu et une qualité de restauration équivalents (si ce n'est supérieurs), un magnifique coffret.

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Grisou (Schlagende Wetter)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Délaissée par son amant, George (Carl de Vogt), et chassée du domicile familial par son père (Hermann Valentin) parce qu’elle est enceinte, Maria (Liane Haid) trouve refuge à Saint-Anton, où elle est recueillie par un mineur, Thomas (Eugen Klöpfer). Emu par le sort de la jeune fille, ce dernier lui propose de reconnaître son fils et de l’épouser. Ce que sa mère (Adele Reuter-Eichberg) voit d’un mauvais œil. Le mariage a néanmoins lieu. Cependant, le jour des noces, Maria retrouve le père de son enfant, qui occupe un poste de contremaître dans la mine où travaille son mari. George va alors harceler son ancienne maîtresse, provoquant ainsi la jalousie de Thomas. Les deux hommes régleront leur différent au fond de la mine… 
 
 
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Film allemand
Année de production : 1923
Durée : 1h05
Réalisation : Karl Grune
Scénario : Max Jungk, Julius Urgiss
Image : Karl Hasselmann
Avec Liane Haid (Maria), Carl de Vogt (George), Eugen Klöpfer (Thomas), Adele Reuter-Eichberg (La mère)... 
 

 
Critique 
 
Karl Grune a tourné Grisou en 1923, peu de temps avant Die Straße, son film le plus connu. A une époque où la mode est à l'Expressionnisme et à ses décors peints (voir Das Cabinet des Doktor Caligari de Robert Wien ou Von Morgens Bis Mitternacht de Karl Heinz Martin), cette oeuvre se démarque par son naturalisme. De fait, l'intrigue est avant tout le prétexte à une description très réaliste de la vie et du travail des mineurs. Cette évocation se double par ailleurs d'une critique sociale, qui, par certains aspects, n'est pas sans évoquer Metropolis de Fritz Lang (voir le défilé presque mécanique des mineurs devant l'ascenseur qui les conduits au fond de la mine).
 
La séquence finale, qui nous montre Thomas poursuivant George dans les galeries envahies de flammes, suite à un coup de grisou, marque cependant un retour à l'esthétique Expressionniste. Outre son caractère extrêmement spectaculaire, le jeu des ombres et lumières se situe en effet dans la lignée de Nosferatu ou de Faust de Murnau.
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A noter qu'il ne subsiste de Grisou qu'une copie lacunaire allemande et une version courte italienne colorisée à la main. La nouvelle partition qui accompagne aujourd'hui le film a été écrite par Georg Gräwe, compositeur et pianiste de jazz. 
 
Pour conclure, un mot sur l’actrice principale du film, Liane Haid, qui peut être regardée comme la première star du cinéma autrichien. Née le 16 août 1895, à Vienne, elle étudia très tôt le chant et la danse, devenant au début des années 1910 première ballerine de l’opéra de Vienne et… partenaire de danse de l’Archiduc Max de Habsbourg, frère du futur empereur Charles. Sa carrière cinématographique débuta en 1915, dans Mit Herz und Hand fürs Vaterland de Jacob et Luise Fleck. Sous la direction du couple de réalisateurs, Liane tourna une vingtaine de films. Dans les années 1920, elle fut la vedette, entre autres, de Lady Hamilton, Lucrèce Borgia, Die insel der träume, Die Brüder Schellenberg (également de Karl Grune), The white slave ou encore SOS Schiff in Not.
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Liane Haid effectua avec succès la transition du cinéma muet vers le parlant, jouant dans les premières productions sonores de la UFA. Au début de la Seconde guerre mondiale, Liane interrompit sa carrière cinématographique et s'orienta vers le théâtre. Son nom apparut une dernière fois au générique d’un film en 1953 (Die fünf Karnickel). À presque soixante ans, elle se retira à Berne, où elle mourut le 28 novembre 2000… à l’âge de 105 ans ! Sa filmographie compte 94 titres.
 
 Ma note - 4/5

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Dictionnaire des acteurs du cinéma muet en France de Jacques Richard

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Dictionnaire des acteurs du cinéma muet

 

Les Editions de Fallois viennent de publier un Dictionnaire des acteurs du cinéma muet en France. Un ouvrage essentiellement destinés aux spécialistes et aux amateurs du cinéma des origines. Cette somme de plus de 900 pages, fruit de quelques vingt années de travail, vaut tout de même d’être signalée et saluée.

 

Signé Jacques Richard, qui fut journaliste à L’Aurore et au Figaro, ce livre représente un apport unique à la connaissance des premiers temps du Septième art, époque de toutes les innovations. D’Aimos à Fred Zorilla, ce sont près de 750 acteurs qui sont évoqués ici. Beaucoup de ces étoiles du silence ont disparu à l’arrivée du parlant sans laisser de trace. Ce dictionnaire leur offre la part de mémoire qu’elles méritent, notamment grâce à une iconographie très riche (690 photos). La grande variété des sources (presse de l’époque, écrits autobiographiques, souvenirs…) rend la lecture de cet ouvrage particulièrement vivante. Car se ne sont pas seulement des carrières qui sont évoquées, mais les destins, heureux ou tragiques, de cette chair du cinéma français, pour reprendre une belle expression de l’avant-propos.

 

Dictionnaire des acteurs du cinéma muet en France, Jacques Richard, en collaboration avec Mireille Beaulieu, François Francart, Philippe d’Hugues, Jacques Malthête (Editions de Fallois – 2011) 

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We need to talk about Kevin

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

We need to talk about Kevin 1

 

Synopsis

 

Eva (Tilda Swinton) a mis sa vie professionnelle et ses ambitions personnelles entre parenthèses pour donner naissance à Kevin (Ezra Miller). Mais la communication entre mère et fils s’avère d’emblée très compliquée. A l’aube de ses 16 ans, il commet l’irréparable. Eva s’interroge alors sur sa responsabilité. En se remémorant les étapes de sa vie avant et avec Kevin, elle tente de comprendre ce qu’elle aurait pu ou peut-être dû faire. 

 

Fiche techniqueWe need to talk about Kevin - Affiche 1

 

Film britannique

Année de production : 2011

Durée :

Réalisation : Lynne Ramsay

Scénario :

Image :

Avec

 


 

Critique

 

Voilà le genre de film qui donne raison à la fameuse phrase de Truffaut : On peut se demander s’il n’y a pas incompatibilité entre le mot cinéma et le mot Angleterre. Il ne dément pas non plus l’analyse de Godard à propos du cinéma des années 1940-45 : Les Russes ont fait des films de martyre. Les Américains ont fait des films de publicité. Les Anglais ont fait ce qu'ils font toujours dans le cinéma, rien. Ni celle de la critique Pauline Kael : Les Anglais savent écrire, ils savent jouer la comédie (ou à tout le moins ils savent merveilleusement dire un texte, ce qui suffit à nous remplir d'admiration), mais ils ne savent pas réaliser des films. Bon, je reconnais que ces propos sont aussi méprisants qu’injustes -Hitchcock et Powell, pour ne citer qu’eux, ce n’est quand même pas rien- et que je fais preuve d’une parfaite mauvaise foi en m’appuyant sur eux pour critiquer ce film dégueulasse

 

We need to talk about Kevin 2 

Désolé pour ce mot vulgaire, mais c’est le premier qui me vient à l’esprit lorsque je repense à We need to talk about kevin. Je sais que je ne vais pas m’attirer de nouveaux amis en écrivant ces lignes, cependant, après ce que j’ai déjà dit sur Harry Potter, je crois que je n’ai plus rien à craindre… Il faut dire que j’en ai assez de voir qualifier de chef-d’œuvre des films malsains qui n’ont souvent d’autre objet que de provoquer, de choquer... Certes, ce troisième long métrage de Lynne Ramsay est glaçant et le trouble qu’il provoque dure longtemps après la projection (pour reprendre des expressions largement usitées à son propos). Est-ce pour autant un gage de qualité ? Pas toujours, ainsi que le prouve ce film. Le propos de la cinéaste est d’un symbolisme si insistant -la couleur rouge, omniprésente- qu’il frise très vite le ridicule. Et ce n’est pas son évocation d’une relation mère-enfant dénaturée qui rattrape l’affaire. C’est de la psychologie de hussard. Ta mère préférait le bruit d’un marteau-piqueur à tes pleurs d’enfant ? Tu seras donc un sociopathe ! Une thèse aussi subtile que celle qui explique l’antisémitisme pathologique d’Hitler par l’origine juive du médecin qui soignait sa mère… 

 

Démonstratif (Ezra Miller surjoue son personnage), tape-à-l’œil, We need to talk about kevin interroge tout de même sur la manière dont les sociétés anglo-saxonnes envisagent -via leurs cinéastes- leur jeunesse. Que l’on songe à l’éprouvant Eden Lake de James Watkins ou au récent Neds de Peter Mullan, mais aussi à Elephant ou Bowling for Columbine. Le tableau est très sombre, voire inquiétant… Quant au cinéma britannique, je trouve que sa production actuelle relève de la surenchère. Une évolution qui ne m'intéresse pas...

 

Ma note - 1/5

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Le voleur de Bagdad (The thief of Bagdad)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Le voleur de Bagdad 1
 
Synopsis
 
Ahmed (Douglas Fairbanks), habile détrousseur de rue, s’empare un jour d’une corde magique dont il se sert pour s’introduire avec son complice (Snitz Edwards) dans le palais du Calife de Bagdad (Brandon Hurst). Mais tandis qu’il s’apprête à dérober le contenu d’un coffret à bijoux, une musique attire soudain son attention : ce sont les servantes de la princesse (Julanne Johnston) qui jouent pour leur maîtresse. Subjugué par la beauté de celle-ci, Ahmed n’a désormais plus qu’une obsession : enlever la jeune femme. Il décide de profiter de l'arrivée prochaine de prétendants à sa main pour mettre à exécution son projet.
 
Le jour de l’anniversaire de la princesse se présentent aux portes du palais le prince des Indes (Noble Johnson), le prince des Perses (Mathilde Comont) et Cham Shang, grand prince des Mongols, roi de Ho-Sho, gouverneur de Wah et de l’île de Wak (Sôjin). Ahmed, qui s’est procuré des habits précieux dans les bazars, se fait quant à lui passer pour le prince des Iles, des Mers et des Sept palaces. La princesse succombe aussitôt à son charme. D’autant qu’une de ses esclaves avait prédit que son futur époux serait celui qui toucherait le rosier de son jardin. Or, suite à l’emballement de sa monture, Ahmed se trouve projeté contre le dit arbuste. La princesse informe donc son père que son choix s’est porté sur ce mystérieux personnage.

L’imposture de ce dernier est cependant bientôt découverte par Cham Shang. Ahmed est arrêté sur-le-champ, fouetté et condamné à être mis en pièces par les singes du Calife. Toutefois, l’intervention de la princesse auprès des gardes chargés d’exécuter la sentence lui permet d’avoir la vie sauve. Mise en demeure de faire un nouveau choix, la princesse déclare, pour gagner du temps, qu’elle prendra pour mari le prince qui lui apportera avant la fin de la septième Lune le trésor le plus rare. Informés des désirs de la jeune femme, les trois prétendants se mettent aussitôt en quête.

Mais avant de quitter Bagdad, Cham Shang communique ses instructions à son esclave : il devra s’occuper de lever une armée secrète qui, en temps voulu, permettra au grand Khan de s’emparer de la ville. De son côté, Ahmed se rend à la mosquée où l'Imam lui explique qu’il ne conquerra l’élue de son cœur qu’en s’engageant dans le voie de l’humilité. Il devra pour cela gagner la montagne de la Sombre aventure, où il lui faudra affronter un certain nombre d’épreuves... 
 
Fiche techniqueLe-voleur-de-Bagdad---Affiche.jpg
 
Filme américain
Année de production : 1924
Durée : 2h35
Réalisation : Raoul Walsh
Image : Arthur Edeson
Avec Douglas Fairbanks (Le voleur de Bagdad), Julanne Jonhston (La princesse), Sôjin (Le prince des Mongols), Anna May Wong (L'esclave mongole), Mathilde Comont (Le prince des Perses)... 
 


Critique
 
Les contes des Mille et une nuits n’ont cessé d’inspirer le cinéma. Certains sites recensent près de trois cents adaptations. L’une des premières variations sur ce thème date de 1902, avec Ali Baba et les 40 voleurs de Ferdinand Louis Zecca, une scène comique en douze tableaux. Méliès ne fut pas en reste, avec Le palais des mille et une nuits (1905), tout comme Albert Capellani, qui porta à l’écran Aladin et la lampe merveilleuse en 1906. Mais il fallut attendre 1921 pour que sorte l’une des premières grandes productions sur ce thème : Les trois lumières (Der müde Tod), de Fritz Lang, film dont Douglas Fairbanks acquit les droits dans le but, dit-on, d’en retarder la sortie américaine, et ainsi pouvoir copier les effets visuels des séquences persanes pour Le voleur de Bagdad. L’anecdote est plausible, car elle est cohérente avec la forte implication de l’acteur sur ce projet, qui peut d’ailleurs être regardé comme le véritable promoteur de celui-ci. Il ne se contenta en effet pas d’incarner le rôle titre, il en fut aussi le producteur. Il fut également l’un des quatre auteurs du scénario (sous le pseudonyme d’Elton Thomas), avec l’ukrainien Achmed Abdullah, James T O'Donohoe et Lotta Woods. Ce fut lui aussi qui engagea William Cameron Menzies comme décorateur. Enfin, il est clair que la personnalité d’Ahmed doit beaucoup aux valeurs qu’il défendait depuis le début de sa carrière.
    Le voleur de Bagdad 8
 
En dépit d’une intrigue cousue de fil blanc et d’une morale un brin naïve (le héros, d’abord incroyant et égoïste, se tourne subitement vers la religion en découvrant l’amour), Le voleur de Bagdad est un conte enchanteur qui s’impose encore aujourd’hui par la créativité de ses trucages (voir les épreuves subies par Ahmed dans les montagnes de la Sombre aventure) et la démesure de ses décors. Ces derniers furent conçus, comme je l'ai dit, par William Cameron Menzies, jeune directeur artistique de 28 ans, qui n’avait alors travaillé que sur une dizaine de films, dont The deep purple, Sérénade et Kindred of the dust de Raoul Walsh, Robin des bois d’Allan Dwan et Rosita de Lubitsch. Plus tard, il collaborera, entre autres, avec Frank Borzage (The lady), George Fitzmaurice (Le fils du cheik, Le signe sur la porte), Lewis Milestone (Two arabian knights,The garden of Eden), David Wark Griffith (Drums of love, Le lys du faubourg, Abraham Lincoln)… Il officiera également sur Autant en emporte le vent (également réalisateur de la seconde équipe), pour lequel il obtint une récompense technique spéciale aux Oscars. Les décors du Voleur de Bagdad reprennent pour partie les structures utilisées pour Robin des bois, notamment le monumental château de Richard Cœur de Lion.

Le voleur de Bagdad vaut également par l’interprétation bondissante d’un Douglas Fairbanks alors au sommet de son art. Sa grâce aérienne, proche par moment de la danse, équilibre ce film en contrebalançant certains aspects un peu pesant de cette superproduction. Le jeu de Julanne Johnston apparaît en revanche beaucoup plus daté. 
    Le voleur de Bagdad 5
   
A noter deux curiosités dans ce casting : la présence de l’actrice française Mathilde Comont… dans un rôle masculin (le prince des Perses) et celle d’Anna May Wong, la première vedette américaine d’origine chinoise. Née le 3 janvier 1905 dans le quartier de Chinatown, à Los Angeles, Anna (de son vrai nom Wong Liu Tsong) débuta sa carrière en 1919 dans The red lantern d’Albert Capellani (non créditée au générique). C’est en 1922 qu’elle obtint son premier grand rôle, dans le film de Chester M Franklin, The toll of the Sea, dans lequel elle interprétait Fleur de Lotus. Prestation qui fut unanimement saluée par la critique de l’époque : Miss Wong stirs in the spectator all the sympathy her part calls for, and she never repels one by an excess of theatrical feeling. She has a difficult role, a role that is botched nine times out of ten, but hers is the tenth performance. Completely unconscious of the camera, with a fine sense of proportion and remarkable pantomimic accuracy... She should be seen again and often on the screen (The New York Times). Mais cantonnée dans des rôles exotiques, elle décida de relancer sa carrière en Europe, où elle joua dans plusieurs productions majeures (Shanghaï Express de Josef von Sternberg, par exemple).
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De retour à Hollywood au milieu des années 1930, elle connut l’humiliation de voir sa candidature refusée par la Metro-Goldwyn-Mayer pour le rôle principal de The good earth (Visages d'Orient ou La terre chinoise) de Sidney Franklin (d’après l’œuvre de Pearl S Buck), au seul prétexte que le Motion picture production code (Code Hays) interdisait les gestes intimes (tel un baiser) entre acteurs issus d’origines ethniques différentes. Luise Rainer, actrice d'origine allemande, lui fut alors préférée, ce qui valut à celle-ci l’Oscar de la meilleure actrice en 1938. Désabusée, Wong tenta sa chance en Chine. Mais victime de la propagande du gouvernement de Tchang Kaï-chek, qui considérait que ses rôles donnaient une mauvaise image du peuple chinois, elle revint en Amérique, où elle tourna dans plusieurs films de série B. Durant la guerre sino-japonaise, elle mit sa carrière entre-parenthèses et consacra son temps à défendre la cause de la Chine. Elle revint à l'écran dans les années 1950 dans plusieurs séries télévisées (dont The gallery of madame Liu-Tsong). Elle est morte d'une crise cardiaque en 1961.
 
 
Visuellement impressionnant, Le voleur de Bagdad ravira donc tous ceux que le cinéma muet n'indispose pas. Il est disponible dans une très belle édition restaurée avec ses teintes d'époque chez Arte. 
 
Ma note - 4/5

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Les Nibelungen de Fritz Lang (Arte, 3 octobre 2011, à partir de 20h40)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Je concluais ma chronique récente des Nibelungen : la mort de Siegfried sur la restauration de ce chef-d’œuvre de Fritz Lang, présentée en avril 2010 à l’Opéra allemand de Berlin. Arte, qui diffuse cette nuit une autre merveille du cinéma muet (La femme du pharaon d’Ernst Lubitsch), offrira aux cinéphiles la possibilité de découvrir cette version le 3 octobre prochain. Les deux volets de cette fresque seront suivis d’un documentaire de 70 minutes signé Anke Wilkening et Guido Altendorf, soit au total près de six heures de programme, en prime time, une démarche assez audacieuse pour être saluée.

Les Nibelungen 2

 

Rappelons que la restauration a été menée sous les auspices de la Fondation Murnau, qui a mis plus de quatre années pour reconstituer le plus fidèlement possible cette œuvre. Pour la première fois, il a été possible de prendre en compte un matériau d’une extrême richesse, réparti dans les archives des cinémathèques du monde entier, soit dix-huit copies d’époque. Un nouvel enregistrement de la musique originale de Gottfried Huppertz -également auteur de la partition de Metropolis- a par ailleurs été réalisé, sous la responsabilité de la ZDF/ARTE et de l’Orchestre symphonique du Hessischer Rundfunk. Frank Strobel et Marco Jovic ont été chargés du calage de la musique en se fondant sur le manuscrit tel qu’il nous est parvenu.

 

Fritz Lang sera donc à l’honneur cet automne puisque, outre cette diffusion, il fera l’objet d’une exposition et d’une rétrospective à la Cinémathèque française. De plus, Metropolis bénéficiera d’une sortie Blu-ray au mois d'octobre.

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Manifestons notre soutien aux cinéastes iraniens emprisonnés

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Les dernières informations en provenance d’Iran sont très alarmantes, elles concernent la situation des cinq cinéastes iraniens emprisonnés depuis le 18 septembre. Rappelons leurs noms : Mojtaba Mirtahmasb, Nasser Saffarian, Hadi Afarideh, Mohsen Shahrnazdar, Marzieh Vafamehr, tous réalisateurs, ainsi que Katayoun Shahabi, productrice de films.

Mojtaba Mirtahmasb


Mojtaba Mirtahmasb

Les médias gouvernementaux, les délégués du Sénat de Téhéran, le ministre de l’Information, celui de la Police secrète, le ministre de la Culture, le directeur général du ministère de la Culture, trois réalisateurs islamiques proches du régime, douze associations d'étudiants islamiques, le site du gouvernement et les télévisions, ont accusé les six réalisateurs arrêtés en les traitant d'espions, annonçant que l'espionnage en Iran était passible de longues peines de prison. Les familles des réalisateurs emprisonnés ont appris qu'elles n'avaient pas le droit de rendre visite à leur proche. Le gouvernement iranien a également arrêté le caméraman, Touraj Aslani, alors qu’il se trouvait dans un avion en partance pour la Turquie.

La Maison du Cinéma en Iran avait lancé un appel pour la défense et la libération des cinéastes emprisonnés. Les médias gouvernementaux ont annoncé que la Maison du Cinéma en Iran n'aurait désormais plus de reconnaissance officielle, accusée d’être un parti politique en contact avec l'étranger. Selon nos informations, le gouvernement iranien a l’intention de museler tous les organismes et artistes indépendants. Le ministre de l'Information en Iran a demandé aux familles des réalisateurs de s’en tenir au silence, et de ne pas évoquer la situation des cinéastes emprisonnés.

Un grand nombre d'artistes iraniens, en France, en Europe, au Canada et aux Etats-Unis, viennent de créer le Comité de Soutien aux Cinéastes iraniens Emprisonnés. Le Festival de Cannes, La Cinémathèque française, La SRF, La SACD, France Culture.

Pétition accessible via ce lien.

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