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L'heure du crime (La doppia ora)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

L heure du crime 1
 
Synopsis
 
Sonia (Kseniya Rappoport) est femme de chambre dans un hôtel. Originaire de Ljubljana, en Slovénie, elle a émigré en Italie à la mort de sa mère pour retrouver son père. Mais celui-ci a refait sa vie et refuse de renouer avec elle. Sonia mène donc une vie assez terne et solitaire, qu’elle essaie de rompre en participant à des soirées de speed-dating, dans l’espoir de trouver l’âme-sœur. C’est lors de l’une d’elles qu’elle rencontre Guido (Filippo Timi). Veuf, séducteur, mystérieux, il paraît être celui qu’elle recherche. En retour, son charme discret, sa douceur semblent séduire le jeune homme. C’est donc naturellement qu’ils entament une liaison amoureuse… Un jour, Guido invite Sonia à visiter la luxueuse villa dont il est le gardien. Soucieux de l’impressionner, il lui propose une promenade dans l’immense parc qui entoure la propriété. Mais il doit auparavant neutraliser le système d’alarme. Mal lui en prend, puisqu’une équipe de cambrioleurs investit aussitôt les lieux. Les deux amants sont alors pris en otage. Cependant, ce qui ne devait être qu’un banal vol tourne mal : Guido est tué et Sonia grièvement blessée à la tête… 
 
Fiche techniqueL heure du crime - Affiche
 
Film italien
Année de production : 2009
Durée : 1h35
Réalisation : Giuseppe Capotondi
Image : Tat Radcliffe
Avec Kseniya Rappoport (Sonia), Filippo Timi (Guido), Antonia Truppo (Margherita), Gaetano Bruno (Riccardo), Fausto Russo Alesi (Bruno)...    
 

 
Critique
 
L’heure du crime repose d’abord sur une intrigue remarquablement construite. En effet, si elle multiplie les retournements de situation, elle évite l’excès de virtuosité, qui est l’un des travers des films à twists. Ici, jamais les scénaristes (Alessandro Fabbri, Ludovica Rampoldi, Stefano Sardo) ne semblent préoccupés par l’idée de faire la démonstration de leur habileté. Ce qui est le plus sûr moyen d’éviter les déceptions. Car tout ne repose pas sur les moments de surprise qu’ils nous ménagent. En sorte que, même si l’on parvient à dénouer les fils de cette histoire avant son dénouement (j’avoue humblement ne pas y être parvenu !), il reste tout de même le suspense et l’entrecroisement astucieux des genres (mélodrame, thriller, le tout nimbé de fantastique) pour troubler.
 L heure du crime 2
 
Le film doit également beaucoup à l'interprétation de son couple d'acteurs. Kseniya Rappoport a d’ailleurs reçu la Coupe Volpi de la meilleure Actrice lors de la 66ème Mostra de Venise pour ce rôle. A la fois d’apparence fragile, émouvante, tourmentée par d’indicibles blessures, elle incarne à merveille ce genre de personnage dont la vie semble sans cesse marquée par l’adversité : le suicide presque sous ses yeux d’une cliente de l’hôtel (première scène du film, qui place le spectateur en état de choc), le rejet de son père, l’assassinat de son fiancé… Dans le même temps, elle sait lui insuffler la part d’ambiguïté et de mystère nécessaire à l’intérêt de l’intrigue… 
 
 Ma note - 3,5/5

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Ondine

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Alors qu’il pêche au large des côtes d’Irlande, Syracuse (Colin Farrell) remonte dans ses filets une jeune femme (Alicja Bachleda-Curus) répondant au beau nom d’Ondine. Affolée, elle le supplie de ne pas révéler sa présence à bord de son bateau. D’abord réticent, Syracuse se laisse tout de même convaincre et l’accueille chez lui. Mais un tel parfum de mystère se dégage de la naufragée que Syracuse finit par s’interroger sur son identité réelle. Et si elle était une selkie ? C’est-à-dire une de ses créatures qu’une légende des îles Shetland nous décrit vêtues de peau de phoque et vivant dans la mer. Après tout, ne lui permet-elle pas de faire des pêches miraculeuses quand, l’accompagnant sur son chalutier, elle se met à chanter ? Annie (Alison Barry), sa fille, en est en tout cas persuadée… 
 
Fiche techniqueOndine---Affiche.jpg
 
Film irlandais, américain
Année de production : 2009
Durée : 1h51
Réalisation : Neil Jordan
Scénario : Neil Jordan
Avec Colin Farrell (Syracuse), Alicja Bachleda-Curus (Ondine), Alison Barry (Annie), Dervla Kirwan (Maura), Tony Curran (Alex)...    
 

 
Critique
 
La première partie d’Ondine baigne dans une atmosphère féérique auquel le spectateur se laisse volontiers prendre (pour peu, bien sûr, qu’il soit sensible à la poésie et que son âme ne soit pas complètement cynique…), grâce notamment à l’incroyable beauté des paysages du comté de Cork, où a été tourné le film, au charme mystérieux d’Alicja Bachleda-Curus et aux mélodies mélancoliques de Kjartan Sveinsson, auteur de la musique du film et pianiste du groupe islandais Sigur Rós. C’est d’ailleurs l’une des chansons de cette formation que fredonne Ondine (All alright) lorsqu’elle se trouve sur le bateau de Syracuse. Et l’on voudrait croire à cette histoire, comme Annie, remarquablement interprétée par la jeune Alison Barry… Alors, c’est vrai que la seconde moitié du film nous tire un peu brutalement de notre rêverie. On peut cependant reconnaître à Neil Jordan le mérite de ne pas avoir fait le choix de la facilité, ancrant finalement son récit dans la réalité.
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La réussite d’Ondine ne tient toutefois pas seulement à l’originalité de son scénario. Le film de Neil Jordan se distingue également par la qualité de sa mise en scène (voir à cet égard les plans sous-marins quand Ondine chante en mer) et le beau travail de Christopher Doyle, directeur de la photographie et collaborateur, entre autres, de Wong Kar-wai et Zhang Yimou. On retiendra enfin quelques jolies trouvailles visuelles, telle cette séquence où l’on voit Ondine allongée sur un rocher de l’île où l’a abandonnée Syracuse. Le contre-jour nous donne d’abord l’impression que la bas de son corps, comme chez une sirène, est celui d'un poisson. Mais lorsque la lumière devient plus intense, on comprend qu’il s’agit en fait d’une simple illusion…
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Finalement, Ondine démontre (si c'était nécessaire) qu’il n’est pas besoin d’une débauche d’effets spéciaux pour faire rêver. Pas besoin non plus de recourir à des intrigues prétentieusement complexe. Il suffit d’un peu de créativité, de fantaisie, de sensibilité. Bref, de subtilité, qualité qui manque cruellement à un… Christopher Nolan… Bon, c’est promis, c’est la dernière fois que je parle de lui ! Je pense que l’on a bien compris à quel point j’ai détesté Inception ! 
 
Ma note - 3,5/5

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Poetry (시)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Mija (Jeong-hie Yun) vit seul avec son petit-fils, Wook (David Lee), dans une petite ville de la province du Gyeonggi traversée par le fleuve Han. Pour gagner sa vie, cette sexagénaire à la mise toujours soignée travaille comme aide à domicile chez un vieil homme riche et handicapé. En dépit de ses problèmes de santé (elle présente les premiers symptômes de la maladie d’Alzheimer), elle porte sur le monde qui l’entoure un regard sensible, qui trouve son expression dans son désir d’écrire des poésies. Mais sa nature délicate sera bientôt profondément bouleversée par le suicide d’une collégienne victime d’un viol collectif auquel est mêlé Wook… 
 
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Film coréen
Année de production : 2010
Durée : 2h19
Réalisation : Chang-dong Lee 
Scénario : Chang-dong Lee
Image : Hyun Seok Kim
Avec Jeong-hie Yun (Mija), Nae-sang Ahn (Le père de Kibum), Da-wit Lee (Jongwook), Hira Kim (Monsieur Kang)...  
 

 
Critique 
 
Poetry est comme le pendant coréen de Lola, le magnifique film de Brillante Mendoza. Les deux cinéastes mettent en effet en scène deux grands-mères confrontées à un fait divers ignoble : l’une, Lola Sepa, lutte pour que justice soit faite à son petit-fils assassiné par un voleur de téléphone mobile ; l’autre, Mija, doit trouver l’argent nécessaire pour éviter à Wook la prison. Dans les deux cas, les deux femmes, physiquement affaiblies, font preuve d’une volonté remarquable, Mija allant jusqu’à s’offrir à son employeur afin d’obtenir la somme qui lui manque. Et toutes deux, malgré les humiliations dont elles sont victimes, conservent une dignité rare. 
 
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Poetry est d’abord illuminé par son interprète principale, Jeong-hie Yun (ou Yoon Jeong-hee, selon les transcriptions), une immense star du cinéma coréen (sa filmographie sur KMDB compte plus de 260 films !), particulièrement active entre 1967 et 1969 (plus d'une centaine de fois à l'affiche !). Poetry marque son retour à l'écran après une interruption de carrière de presque seize années. Sa grâce aérienne lui permet d'incarner magnifiquement ce personnage dont la haute valeur morale est sans cesse heurtée par un monde qu'elle ne semble plus comprendre : suicide de la collégienne, absence de remord de Wook, propos graveleux du policier amateur de poésie... En fait, on peut se demander si ses pertes de mémoire ne sont pas davantage un moyen inconscient d'échapper au cynisme auquel elle doit faire face, qu'un symptôme de la maladie qui la frappe. En témoigne peut-être cette scène où, envoyée auprès de la mère de la jeune fille qui a mis fin à ses jours par les parents des autres enfants complices de son petit-fils, elle oublie la raison de sa mission indigne (à savoir convaincre cette femme d'accepter un dédommagement financier en contrepartie de l'abandon de ses poursuites), pour s'intéresser à la maturation des fruits du verger qu'elle traverse. A la réalité sordide, elle substitue une autre vérité. Une manière de réenchanter la vie, comme le poète recourt à la métaphore pour révéler les beautés secrètes du monde... 
 
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Comme Breathless (de Yang Ik-joon) ou The chaser (Na Hong-jin), Poetry est aussi une peinture assez sombre des rapports humains dans la société coréenne d'aujourd'hui, même si le style de Chang-dong Lee est beaucoup plus apaisé que celui de ses deux confrères. Le quotidien de Mija n'est d'ailleurs pas sans évoquer celui de Yeon-hee, la lycéenne de Breathless. Les liens de celle-ci avec son frère sont en effet de même nature que ceux qui unissent Mija à Wook.

Si l'on devait apporter un bémol à Poetry, tout juste pourrait-on relever le portrait un rien caricatural de l'adolescent, ainsi que la pudeur un peu excessive qui caractérise ce film. Une retenue en soit louable, puisqu'elle permet de faire passer les situations les plus scabreuses (voir la scène où Mija accède à la demande obscène du vieil homme dont elle s'occupe), mais qui finalement tient le spectateur un peu à distance. Malgré cela, Poetry est une pure merveille, un authentique chef-d'oeuvre. Un peu d'humain dans ce monde de brutes, cela fait du bien, surtout après le spectacle frénétique et vain d'Inception...
 
 Ma note - 5/5 

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The killer inside me

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

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Synopsis
 
Lou Ford (Casey Affleck) est le shérif-adjoint de Central City, une petite ville du Texas. Apprécié de ses concitoyens, il rassure et a l'estime de tous. Un jour, son supérieur (Tom Bower) lui demande de rendre visite à Joyce Lakeland (Jessica Alba), une prostituée dont l’activité choque son voisinage bien-pensant. Cependant, au lieu de lui enjoindre de quitter la localité, Lou préfère entamer une liaison avec cette jeune femme séduisante. Mais cette relation va lui donner l’occasion de donner libre cours à sa perversité, ce qui va bientôt l’entraîner dans une spirale meurtrière… 
 
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Film américain, suédois, britannique, canadien 
Année de production : 2010
Durée : 1h49
Réalisation : Michael Winterbottom
Scénario : John Curran
Image : Marcel Zyskind
Avec Casey Affleck (Lou Ford), Kate Hudson (Amy Stanton), Jessica Alba (Joyce Lakeland), Ned Beatty (Chester Conway), Tom Bower (Bob Maples)...    
 

 
Critique
 
The killer inside me est l'adaptation d’un roman de Jim Thompson, polar ultraviolent qui fascine depuis longtemps Hollywood. Loué par Stanley Kubrick, envisagé avec Marilyn Monroe, il a déjà été porté à l’écran en 1976 par Burt Kennedy sous le titre Ordure de flic, avec Stacy Keach dans le rôle de Lou. Jim Thompson est d’ailleurs très lié à l’univers du cinéma, que ce soit par ses collaborations avec Kubrick -pour lequel il écrivit les scénarios de L'ultime razzia, tiré d'un roman de Lionel White, et des sentiers de la gloire- ou pour les adaptations de ses propres œuvres. Ainsi, en 1979, Alain Corneau réalisa Série noire d'après son roman A hell of a woman. En 1981, Bertrand Tavernier porta à l’écran Pop. 1280 (Coup de torchon). Un autre de ses romans, The grifters (Les arnaqueurs), adapté par Stephen Frears, obtint quatre nominations aux Oscars. 
 
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Michael Winterbottom est décidément un cinéaste prolifique (sa filmographie compte une vingtaine de films depuis 1990) et éclectique. Son précédent film, Genova (Un été italien), décrivait avec une sensibilité rare le parcours d’un homme après la mort accidentelle de sa femme, et de ses deux filles, dont l’une, jouée par Perla Haney-Jardine (remarquable), se croit responsable de la mort de sa mère. 
 
Cette fois, le cinéaste prend un plaisir sadique à filmer l’itinéraire meurtrier d’un odieux sociopathe, s’attardant avec une rare complaisance sur les détails les plus abjects de ses actes. Si encore ces images avaient un sens ! Le problème, c’est qu’elles paraissent n’avoir d’autre raison d’être que de s’inscrire dans une stratégie marketing malsaine (à l’instar des scènes de sexe non simulées de 9 songs, du même Winterbottom). Un objectif globalement atteint, si l’on en juge par le scandale provoqué au festival de Sundance, lors de la présentation du film. Certes, l’auteur a tenté de justifier sa démarche et de se défendre des accusations de misogynie dont il est l'objet en affirmant qu’il est bien plus problématique de banaliser la violence en la minimisant qu’en la poussant à son paroxysme. Un argument un peu facile et malhonnête. Car pourquoi a-t-il traité d’une manière si inégale les victimes féminines et masculines de Lou ? En effet, si le réalisateur nous décrit avec de gros plans à la limite du supportable les passages à tabac de Joyce et d’Amy (Kate Hudson), il recourt curieusement à l’ellipse lorsqu’il évoque la mort de Johnnie (Liam Aiken) dans sa cellule. Se pourrait-il que la mise en image d’une femme rouée de coups soit plus vendeur ? Ce serait ignoble, mais pas impossible…
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Au-delà du reproche que l’on peut faire sur cette débauche gratuite de brutalité, on pourra regretter que Winterbottom ne s’intéresse pas davantage aux personnages secondaires et au contexte politique et social de l’époque. On sera aussi gêné par les invraisemblances du scénario. Ainsi, comment la police peut-elle se laisser abuser par la grossière mise en scène de Lou ? Comment peut-elle croire que Joyce, le visage horriblement tuméfié, ait pu tirer quatre balles dans la tête d’Elmer Conway (Jay R Ferguson) ? Certes, un inspecteur, Howard Hendricks (Simon Baker, le héros de la série Mentalist) paraît douter du récit de Lou. Mais il est le seul. Quant à la fin, et son twist plus qu’attendu, elle est vraiment too much
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Surnage de cet ensemble déplaisant (pour ne pas dire écœurant) l’interprétation de Casey Affleck, déjà formidable dans The assassination of Jesse James by the coward Robert Ford (Andrew Dominik) et Gone baby gone (Ben Affleck). L’inexpressivité de son visage, sa voix trainante conviennent parfaitement à ce type de rôles, auxquels il semble d’ailleurs abonné. 
 
 Ma note - 2/5

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