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Prometheus

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Prometheus
 
Synopsis
 
En 2089, les archéologues Elizabeth Shaw (Noomi Rapace) et Charlie Holloway (Logan Marshall-Green) découvrent dans une grotte écossaise une peinture rupestre représentant un humanoïde pointant sa main vers six étoiles. De semblables pictogrammes ayant été découverts chez d'autres civilisations, une expédition scientifique financée par la compagnie Weyland est envoyée jusqu'au système solaire Zeta Reticuli, sur la planète LV-223, supposée être l'endroit indiqué par les peintures. Le voyage dure deux ans. Une fois proche de la destination, l'équipage, qui avait été placé en biostase, est réveillé par l'androïde David (Michael Fassbender). La chef de l’expédition, Meredith Vickers (Charlize Theron), organise bientôt une réunion, au cours de laquelle Elizabeth Shaw et Charlie Holloway expliquent les objectifs de la mission : explorer ce nouveau monde et découvrir une race d'extraterrestres qui seraient à l’origine de la création de l'humanité, les Ingénieurs… 
 
Fiche techniquePrometheus - Affiche
 
Film américain
Année de production : 2012
Durée : 2h04
Réalisation : Ridley Scott
Scénario : Jon Spaihts, Damon Lindelof 
Image : Dariusz Wolski
Avec Noomi Rapace (Elizabeth Schaw), Michael Fassbender (David), Charlize Theron (Meredith Vickers), Idris Elba (Janek), Guy Pearce (Peter Weyland)...    
 

 
Critique 
 
Avec Prometheus, Ridley Scott nous livre une copie visuellement très propre. Ceci dit, compte tenu de son savoir-faire et du budget confortable dont il a disposé, c’est la moindre des choses. Propre ne veut cependant pas dire original. Dans le meilleur des cas, le cinéaste britannique cite l’univers qu’il a créé il y a une trentaine d’années avec Dan O'Bannon, ou recycle ce que d’autres ont fait avant lui. Dans le pire, il entremêle les influences les plus hétérogènes dans un syncrétisme esthétique assez baroque, pour ne pas dire kitsch…
 
Sur le fond, le scénario de Prometheus ne nous offre pas non plus grand chose de nouveau. Les principaux thèmes qu’il développe ont été maintes fois ressassés. Ce n’est certes pas une raison pour ne pas les aborder (on ne ferait plus de films, sinon…). Cependant, compte tenu de l’ambition du sujet, on ne peut être que déçu par l’approche qui nous est proposée. On me rétorquera –à supposer que j’aie des lecteurs…- que je n’ai pas été aussi exigeant avec Dark shadows. C’est qu’avec ce film, Burton n’avait d’autre ambition que de nous livrer une farce macabre. Scott a quant à lui une certaine prétention philosophique, voire métaphysique. C’est pourquoi il est difficile de se contenter de ce salmigondis mystico-ésotérique sans grande saveur, sur les origines de la vie…

Prometheus comprend tout de même quelques idées intéressantes, hélas mal exploitées. C’est le cas, par exemple, de la tentative de David de se construire une identité par le cinéma (Lawrence d'Arabie)…
 
 
Prometheus 2 
Je donne la moyenne, car je reste incorrigiblement sensible aux images, même si on finit par ne plus être surpris par la pseudo-virtuosité offerte par les technologies numériques.

Prometheus est en fait symptomatique d’un certain cinéma d’aujourd’hui, qui cache sa misère derrière quelques effets de style flatteurs tout autant que trompeurs. Stéphane Delorme analyse brillamment ce phénomène dans un article intitulé Les experts (de la poudre aux yeux), publié dans les Cahiers du cinéma (mai 2012). Je ne suis pas complètement d’accord avec tous les exemples qu’il prend pour étayer sa thèse (notamment Drive et La taupe), cependant son propos me semble, sur le fond, très pertinent. Ainsi écrit-il : Trois films qui souffrent de maux communs ont pourtant reçu récemment tous les suffrages : Drive de Nicolas Winding Refn, Millenium de David Fincher et La taupe de Thomas Alfredson. Trois films accueillis non pas simplement comme de bons petits films de genre, mais comme de grands films. Cette exagération laisse perplexe, d’autant que beaucoup voient en eux une leçon de mise en scène, alors que la mise en scène, par-delà les effets de style, n’y est pas remarquable.
    Prometheus 6 
Delorme observe que ce cinéma est celui des experts. Ses héros -l’espion, le driver et le hacker- sont le reflet à peine masqué des auteurs en cause. Le temps des experts, écrit-il, c’est celui que nous vivons, autant dans la sphère capitaliste acculturée qua dans la sphère débridée d’Internet. Coté capitalisme, c’est le culte du concept, une idée appauvrie et vendeuse que l’expert manie avec cynisme […]. Côté web, c’est le geek, fan et collectionneur, qui connaît par cœur, compte ses points et ses amis. En bon spécialiste, il n’est impressionné que par ce qu’il connaît déjà. Sur ce point, je ne résiste pas au plaisir de reproduire ces lignes chères à mon cœur, et que j’aurais aimé écrire : Le cinéma de geek n’est pas un cinéma de cinéphile. Le geek est une figure d’expert, tandis que le cinéphile est une figure d’amateur […] Le geek sait et il montre qu’il sait. Il compte et il exclut. […] La cinéphilie, c’est l’art d’aimer, pour reprendre le titre définitif de l’ouvrage de Jean Douchet. 
 
S’il reconnaît que l’habillage de ces films est impeccable, Delorme stigmatise ce culte de la maîtrise, rappelant que cette qualité, qui suscite des roulements d’yeux d’admiration, peut être aussi le pire des défauts. Evoquant le cinéma de Renoir et Rossellini, il observe ainsi que ce qui échappe à la maîtrise, c’est précisément la vie, l’idée, l’émotion, tout ce qui fait qu’un film respire et n’est pas un produit. A propos de Prometheus et de la saga Alien, ne parle-t-on pas de licence ? Un bien vilain mot pour une création…
    Prometheus 7 
Pour les auteurs visés par cet article, et leurs amateurs, le critique note que Kubrick est la référence absolue. On le voit bien avec Nolan dans Inception (voir la chambre où Fischer retrouve son père mourant dans une chambre évoquant celle de 2001, l’odyssée de l’espace) : Nolan, exemplairement et dans une pompe assourdissante, transforme le petit malin en génie (Inception) et en philosophe (Batman begins, un blockbuster qui réfléchit : à quoi ? tout le monde s’en moque). Même référence pour Prometheus, où le visage de Peter Weyland évoque celui, prématurément vieilli, de David Bowman.
 
Delorme relève à juste titre que, non seulement le cinéma a existé avant Kubrick (il n’est pas inutile de le dire, car la mode dont il est aujourd’hui l’objet ne doit pas faire oublier d’autres auteurs, tout aussi passionnants), mais encore que ses admirateurs, focalisés sur les seules qualités formelles de son œuvre, en oublient l’essentiel : l’humanité et ce qui la borde, était le seul sujet de 2001. Et de conclure que, derrière l’obsession de séduire, les films de ces Narcisses manquent d’audace parce qu’ils manquent d’âme. […] Au royaume des effets, il n’y a plus de point de vue
     Prometheus 8
 
Je sais que certains me reprocheront ces trop nombreuses citations. Elles sont certes une solution de facilité. Mais il faut savoir être modeste : elles disent avec un talent que je n’ai pas ce que je pense exactement de Prometheus, et d’un certain cinéma très en vogue aujourd’hui...
 
Ma note - 2/5

Commenter cet article

Pascal 11/07/2012 23:54

très bonne critique de ce beau film pourtant tellement lassant. Je suis un grand fan des Alien, Aliens etc que j'ai vu des dizaines de fois. Prometheus, c'était beau; mais je me suis endormi au
milieu (oui, je me suis réellement endormi! et réveillé au générique de fin par mon voisin...)

CHRISTOPHE LEFEVRE 12/07/2012 00:15



Merci  Oui, en termes de scénario, on est loin de des premiers Aliens. Là, on a juste quelques belles images. Pas de
quoi soutenir l'attention, effectivement



louise 24/06/2012 14:07

j'ai vu prometheus hier soir,
je partage complètement ton point de vue.
un scénario pauvre, des thèmes éculés bien que comme tu le dis justement pourraient être réinterprétés.
Certes des belles images mais elles ne pallient pas ce manque de contenu, d'audace. Il y a des pistes non exploitées dans ce film. On sent une espèce de paresse intellectuelle.
Je vois ce type de film 1 fois tous les ans voire tous les deux ans pour mettre à jour mes connaissances de ce type de produit. Même les ados qui m'accompagnaient ont trouvé ce film sans intérêt.

CHRISTOPHE LEFEVRE 24/06/2012 20:42



C'est un film qui ne laisse aucune trace quand on l'a vu...



Squizzz 15/06/2012 00:51

Je ne te reprocherais pas tes trop nombreuses citations, vu que je les trouve très intéressantes. Maintenant, elles ne me feront pas changer d'avis sur le fait que j'aime le cinéma visuel, même si
c'est vrai qu'un film ne peut pas miser que là dessus. C'est pourquoi je ne met aussi que la moyenne à Prometheus, d'autant plus que ses ambitions étaient tout autres (au contraire de Dark Shadows
effectivement, même si je ne suis pas non plus complétement emballé par le film de Burton)

CHRISTOPHE LEFEVRE 15/06/2012 01:01



Je ne suis pas contre non plus les films visuels. Mais là, Scott n'invente rien... Donc, c'est joli, mais pas inventif.



soe 14/06/2012 21:47

je suis allée le voir avec mon fils, je ne donne meme pas la note de deux meme si les effets spéciaux ne sont pas mal, j'ai vu mieux, le scénario, mon dieu, on est tombé bien bas ! quel dommage...

CHRISTOPHE LEFEVRE 15/06/2012 00:28



Oui, j'ai été très gentil avec cette note... Car il n'y en quand même rien dans ce film...



fredastair 12/06/2012 12:10

Article intéressant et sujet à débat !
Je ne m'attarderai pas sur le cas "Prometheus" en lui-même, on en pense à peu près la même chose, le scénario est souvent aberrant de connerie (surtout à un tel niveau de
production/budget/promotion) et ne reste sauvé que par ses effets spéciaux et quelques séquences visuellement impressionnantes. N'étant pas fan absolu de la saga Alien, je n'en attendais pas des
montagnes non plus, et tant mieux.

Sur l'article de Delorme, je le trouve plutôt pertinent dans son ensemble, très bien pensé. J'adhère en grande partie à ces idées, qui me semblent symptomatiques de l'époque, et ce même si j'aime
beaucoup certains des films cités (en particulier "Inception" et "The Social Network"). Ces objets-là, tout maîtrisés soient-ils sur la forme, ont tendance à sonner creux (critique que j'avais
formulée à la sortie de l'incroyablement surestimé "Drive") et, surtout, à être dénués d'émotion.

Peut-on assimiler "Prometheus" à cette vague de films ? Oui et non, à mon sens.
- Oui, parce que le film de Scott sonne effectivement très creux lui-même et ne se donne que comme une suite de belles images à la mise en scène grand luxe. De plus, c'est du pur cinéma de geek,
celui qui cite et s'auto-cite à l'envi, celui qui ne se repose que sur le culte qu'il a précédemment installé (avec la saga Alien) pour rentabiliser dessus, attirer les foules et préjuger d'une
"qualité" qu'il aurait FORCEMENT (puisque le premier Alien est un classique dans le coeur des cinéphiles). Le tout en surenchérissant à grand coup de marketing efficace ; et ce qu'on pourra appeler
un "cinéma geek", c'est beaucoup de promo, un culte proclamé avant même la sortie et peu de fond derrière (sur ce sujet, cf l'édito de Félix et Rémi sur http://ilaose.blogspot.fr, qui décortique
les dangers de ce marketing viral de manière très pertinente). Voilà pourquoi Fincher n'en fait pas partie pour moi : ses films ont toujours quelque chose à nous dire du monde actuel et construit
de vrais personnages et de vraies émotions derrière leur façade froide et "parfaite".
- Non (du moins pas tout à fait), parce que Delorme fait un lien entre la maîtrise du produit (technique, scénario etc) et la maîtrise des personnages qu'il prend pour objets (hackers, drivers,
détective...), réunissant tout ce beau monde sous le nom générique d'"experts". Or, ce que nous donne à voir "Prometheus", c'est justement le récit d'une perte de contrôle : alors que George Smiley
ou Lisbeth Salander mèneront rondement leur mission, sans dévier de leur course, les scientifiques de Ridley Scott perdent les pédales, échouent dans leur mission (trouver l'origine de l'humanité
et, accessoirement, rester vivant) et finissent tous en bouillie. De la même manière, tout le film est une débâcle : scénario qui se délite sur place, montage de plus en plus incohérent, imagerie
kitsch qui grignote de partout, personnages et situations qui gagnent en ridicule à la minute... Ce film est un four monumental, d'un point de vue cinématographique du moins (il lui reste de bonnes
images), au contraire des autres exemples pré-cités. Ce qui pourrait le faire gagner en émotion, lui conférer une âme et une allure de "grand film malade"... Malheureusement, ce n'est pas ce qu'on
en retient (si on en retient quelque chose, parce qu'il y a fort à parier qu'il sera oublié dans 2 ans) : c'est un juste un essai fortement attendu, boursouflé de lui-même, gâché par un processus
de production proche de la catastrophe. Un produit emblématique de notre époque, certes, mais qui ne rentre pas dans les mêmes canons de la "maîtrise" lisse que ses autres camarades.
Voilà la différence que j'établis entre le film et l'article de Delorme :)

CHRISTOPHE LEFEVRE 12/06/2012 13:32



C'est presque un article que tu as écrit ici  Merci pour ce commentaire, sur lequel je suis essentiellement
d'accord. J'ai aussi des réserves qaunt aux exemples choisit par Delorme. De plus, c'est vrai que Prometheus est loin d'être du cinéma maîtrisé. Il n'empêche, je l'ai cité, d'une part parce que
ce texte dit fort bien ce que je pense, tout en étant incapable de formuler ces idées aussi bien, d'autre part parce qu'on est dans un cinéma de geek qui m'énerve, car, comme tu le dis, ce genre
de film est qualifié d'oeuvre culte avant même sa sortie, si qui est le comble de la bêtise pour moi. Alors, c'est vrai, cet article est un peu en décalage par rapport au fond, mais il ouvre un
débat que je trouve intéressant. Et je me rends compte, au vue des commentaires, qu'on est beaucoup à penser la même chose...