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Bérénice - Roman de Christophe Lefèvre

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Bérénice - Roman de Christophe Lefèvre

Sortie de mon premier roman, Bérénice. Vous pouvez l'acheter en suivant ce lien.

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Bon voyage (Alfred Hitchcock – 1944)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Bon voyage (Alfred Hitchcock – 1944)

Bon voyage est l’un des deux films de propagande – l’autre étant Aventure malgache – réalisé par le maître du suspense pendant le dernier conflit mondial.

Ce court métrage (26 minutes) produit par le Ministry of Information, pour soutenir la Résistance, met en scène l’interrogatoire d’un sergent de la RAF par le Bureau des services de renseignements français en Angleterre. Le sous-officier est sommé d’éclaircir les circonstances de son évasion d’Allemagne, en compagnie d’un autre détenu, Stéphane…

Dans un Londres dévasté par les bombardements, Hitchcock disposa, on s’en doute, d’un budget extrêmement modeste. Pour autant, avec son scénariste, Angus MacPhail (Spellbound, The wrong man), il ne se limita pas au cahier des charges généralement assigné à ce type de production. Au-delà du propos propagandiste, il construisit en effet une intrigue complexe, articulée autour d’un double flashback en miroir – l’un montrant les apparences, l’autre dévoilant la vérité – avec rebondissement final. Bref, un vrai thriller (avec, en point d’orgue, le meurtre de la jeune résistante, d’une densité dramatique qui n’a rien à envier à d’autres scènes équivalentes tirées de la filmographie du cinéaste), photographié dans la plus pure tradition de l’Expressionniste allemand par le grand Günther Krampf, chef opérateur de Murnau (Nosferatu, eine Symphonie des Grauens), Pabst (Die Büchse der Pandora) ou encore Wiene (Orlacs Hände). Ce choix esthétique, fondé sur des contrastes puissants entre ombres et lumières, symbolise parfaitement le combat dichotomique entre le bien et le mal.

Interprété par des acteurs français réfugiés dans la capitale britannique (les Moliere Players), Bon voyage était l’un des films préférés d’Hitchcock. Au point qu’il songea, dans les années 1950, en faire un long métrage.

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Les innocents (Jack Clayton)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Les innocents (Jack Clayton)

Ma critique à lire ici.

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Le vaisseau fantôme (Mark Robson – 1943)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Le vaisseau fantôme (Mark Robson – 1943)

Cette série B du studio RKO, produite par Val Lewton (La féline, Vaudou, L'homme-léopard), porte un titre trompeur. En effet, aucun fantôme dans ce film, ni même de fantastique, mais une réflexion pénétrante sur l'autorité, sur l'isolement et la pression psychologique qu'entraîne son exercice.

L'autorité est ici incarnée par le capitaine de l'Altaïre, Will Stone, interprété par un Richard Dix littéralement habité par son personnage. Ployant sous le poids de son commandement, de ses responsabilités, on le voit insensiblement perdre contact avec le réel, s'enfoncer dans la psychose. L'évocation de son basculement dans la folie préfigure celle de Jack Torrance dans Shining, trente-sept ans plus tard...

Le vaisseau fantôme fut réalisé avec un budget très modeste. Pour autant, son auteur, Mark Robson, n'en néglige pas la dimension artistique. Avec son chef opérateur, l'injustement méconnu Nicholas Musuraca (L'inconnu du troisième étage, La féline), il compose une photographie expressionniste très soignée, éminemment symbolique des tourments du héros. Son sens du rythme - sans doute faut-il lier cette qualité à sa formation de monteur (il travailla sur The magnificent Ambersons de Welles, au côté de Robert Wise) - pourrait par ailleurs inspirer nombre de cinéastes contemporains, trop souvent enclins à étirer leurs scénarios au-delà du raisonnable - pour ne pas dire de l'ennui !

Concernant le casting, on retiendra encore l’énigmatique prestation de Skelton Knaggs, en marin muet, un acteur fabuleux dont le visage si particulier hanta pas mal de films plus ou moins horrifiques des années 1930-50.

Le vaisseau fantôme fait donc partie de ces nombreuses pépites de la RKO que les Éditions Montparnasse nous ont permis de (re)découvrir en DVD, il y a quelques années.

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La terre et l'ombre (César Acevedo)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

La terre et l'ombre (César Acevedo)

César Acevedo évoque ici les retrouvailles d'un homme avec sa famille, 17 ans après avoir quitté celle-ci. Au travers de la maladie de son fils, il prendra conscience du drame, plus collectif, des ouvriers employés dans les grandes exploitations agricoles colombiennes, où les orangers et les arbres à pluie ont cédé la place à des cultures plus lucratives...

Deux cadres délimitent l'espace de ce film : l'intérieur caravagesque de la maison familiale, lieu d'agonie du fils, et l'extérieur, où s'étendent à perte de vue des champs de canne à sucre, qui s'éploient autour de la demeure, comme pour l'étrangler, l'étouffer. C'est que dehors, pour récolter plus facilement la canne, celle-ci est d'abord brûlée. L'air est alors ensemencé de cendres, sorte de pluie noire toxique, telle qu'il en tomba sur Hiroshima, le 6 août 1945...

Dans ce paysage d'apocalypse, où la nature est suppliciée, industrialisée, pour mieux entretenir le diabète des sociétés occidentales, et où les paysans ne sont plus que des ombres lacérées, couvertes de suie, des morts-vivants enveloppés d'un linceul de fumée, le malade, dont la respiration est de plus en plus douloureuse, ne trouve un peu d'apaisement que dans les ondoiements d'un voilage de dentelle. Le message est le même que dans L'étreinte du serpent, autre film d'origine – en partie – colombienne : les blessures infligées à la nature ne laisse pas l'Homme indemne !

Ce premier long métrage, empreint d'une tristesse profonde, se distingue par une maîtrise technique impressionnante. Chaque plan est construit avec un soin ciselé, avec, souvent, comme point de repère, l'ultime arbre à pluie de la ferme familiale. Son port majestueux, semblable à celui d'un arbre-monde, apparaît comme le souvenir mélancolique d'un éden a jamais disparu...

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El clan (Pablo Trapero)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

El clan (Pablo Trapero)

Pablo Trapero, auteur il y a quelques années du très beau Carancho, dresse ici le portrait glaçant d'un ancien agent des services de renseignements argentins, devenu commerçant à la chute de la dictature, qui, sous des dehors aimables, presque placides, se révèle en réalité aussi impitoyable avec ses victimes (des notables, qu'il fait enlever, contre rançon), que pervers et manipulateur avec les siens, en particulier son fils Alex (Alejandro), star de l'équipe des Pumas.

Pour camper ce personnage, le cinéaste argentin fait appelle à Guillermo Francella, vu dans l'excellent Dans ses yeux de Juan José Campanella. Son visage imperturbable, ses yeux clairs, offrent une dimension encore plus inquiétante, par contraste avec ses soudaines explosions de violence, à ce patriarche mafieux.

Construit sur un flash-back, El clan paraît d'abord trop livrer de clefs dans ses premières scènes. Il n'en est en fait rien, car le final réserve pas mal de sensations, dont un affrontement père-fils terrifiant...

Pablo Trapero nous propose donc ici une réflexion sur l'effrayante banalité du mal. Le tout sur une bande originale des plus réussies, très anglo-saxonne, avec, notamment, Sunny afternoon des Kinks.

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Spotlight (Tom McCarthy)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Spotlight (Tom McCarthy)

Un film-enquête, dans la lignée des Hommes du Président, comme seuls les Américains savent en produire, c’est-à-dire combinant sérieux de la reconstitution, respect des faits et efficacité scénaristique.

Spotlight, du nom de la cellule du Boston Globe qui enquêta sur le scandale pédophile dont le diocèse de Boston fut le théâtre, nous fait pénétrer dans les arcanes d’une affaire que toute une ville s’appliqua à ignorer (ou à cacher), des plus hauts responsables catholiques, tel le cardinal Law (Jean-Paul II le « récompensa » de son silence criminel dans cette affaire en le nommant archiprêtre de Sainte-Marie-Majeure, l’une des quatre basilicae maiores de Rome), en passant par l’institution judiciaire, la presse – qui négligea certaines informations ou méprisa plusieurs témoignages – et, même, les familles – souvent modestes – des victimes, convaincues, à force de manipulations ou de pressions, que l’Église devait être préservée...

Il démonte également la stratégie perverse des pédophiles et éclaire sur le travail d’investigation des journalistes, incarnés avec beaucoup de conviction par un Michael Keaton en pleine renaissance, depuis Birdman, et, surtout, Mark Ruffalo, ici dans l'une des prestations les plus marquantes de sa carrière, tant il insuffle fougue et passion à son personnage. Il est d’ailleurs nommé aux prochains Oscars pour ce rôle (meilleur acteur dans un second rôle, bien qu’il eût mérité de concourir dans la catégorie supérieure).

Spotligth est donc un très efficace thriller, en dépit de quelques subtilités juridiques assez absconses pour le non-initié. Cerise sur le gâteau, ce n'est pas un produit dérivé, ce qui est devenu rare, aujourd'hui, dans le cinéma américain...

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L'étreinte du serpent (Ciro Guerra)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

L'étreinte du serpent (Ciro Guerra)

Ma critique détaillée ici.

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Jane got a gun (Gavin O'Connor)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Jane got a gun (Gavin O'Connor)

L’histoire risque de ne retenir de ce film que les nombreuses vicissitudes ayant marqué sa production. Et si l’on considère les premiers chiffres du box-office américain (800 000 dollars pour 1 200 écrans, lors du premier week-end d’exploitation), il semble que ces difficultés ont sérieusement entamé l’attente des spectateurs...

Le résultat n’est pourtant pas indigne, avec un beau plan d’ouverture, d’inspiration fordienne (The searchers) et un embrasement crépusculaire pour le final, évoquant High plains drifter. Entre les deux, hélas, la mise en scène se déroule sur un faux rythme, avec des flash-back plus ou moins bien insérés. Le scénario manque également de souffle et ne surprend guère.

Natalie Portman ne s’en sort pas mal. En revanche, ses partenaires masculins, Joel Edgerton et Ewan McGregor, ne convainquent guère. La faute à un casting ayant connu trop de changements ?

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Les délices de Tokyo (Naomi Kawase)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Les délices de Tokyo (Naomi Kawase)

Naomi Kawase s’attache ici à rendre palpable la beauté de notre monde, dans sa simplicité, dans ses manifestations en apparence les plus insignifiantes, les plus fragiles, et pourtant si essentielles par leur singularité.

Elle joue à la fois sur notre vue, grâce à une caméra caressante, sensible aux moindres palpitations de la vie, et sur notre ouïe, fondant harmonieusement le bruissement soyeux des fleurs de cerisiers, les pépiements d’un canari avide de liberté ou le frémissement de haricots rouges en train de confire lentement dans une bassine de cuivre. « La marque constante de la sagesse est de voir le miraculeux dans le banal » notait Ralph Waldo Emerson dans Nature. En ce sens, ce nouvel opus de la cinéaste japonaise est d’une profonde sagesse et illustre parfaitement la philosophie de son héroïne, Tokue : « Nous sommes nés pour regarder et écouter ce monde », dit-elle au seuil de la mort.

La cuisine se fait ici leçon de vie. Elle est à la fois synonyme de respect – pour les aliments utilisés, dont il convient de se représenter le parcours, du champ à l’assiette, pour en obtenir le meilleur – et d’attitude face au destin. « Et même si nous n’avons pas réussi notre vie, nous pouvons trouver un sens à notre existence », relève Tokue. La réalisation de la pâte An a donner une raison d’être à cette femme reléguée au début de l’adolescence dans une léproserie, au cœur de la forêt – d’ailleurs, ce milieu où elle a grandi et vécu n’est sans doute pas pour rien dans son approche transcendantaliste du monde.

L’auteur de Still the water propose également un éloge de la marginalité, qu’elle oppose à la fade standardisation de notre société. Les deux héros sont des proscrits. Pour autant, ils vont s’élever mutuellement et, en dépit de leurs difformités (physiques pour l’une, morales pour l’autre), parviendront à l’excellence. Une excellence cependant empreinte d’humilité, non pas d’arrogance, les deux allant souvent de pair, aujourd’hui…

Comme dans tous les films de Kawase, l’histoire se déploie selon un rythme apaisé, même si en arrière-plan, à l’occasion de brefs inserts (des trains lancés à pleine vitesse dans un décor urbain impersonnel), la réalisatrice nous rappelle l’agitation un peu vaine d’une époque semblant impatiente de se consumer. Cette mesure est à l’image de la cuisine de Tokue. Et l’on peut affirmer que Les délices de Tokyo sont au frénétisme dominant du cinéma contemporain, industriel tout autant que formaté (tant il paraît désormais empêtré dans des produits dérivés d’œuvres originales), ce que la recette de la pâte An est au fast-food : un mets délicat et raffiné, propre à ravir le gourmet-cinéphile.

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Birdman (Alejandro González Iñárritu)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Birdman (Alejandro González Iñárritu)

Séance de rattrapage dans le cadre du festival Télérama.

Un propos intéressant sur ce qu’est devenu Hollywood aujourd’hui (une machine à fabriquer des produits dérivés). Une réflexion également captivante sur le métier d’acteur, la célébrité, sur le rôle des critiques, les limites et frustrations de ces derniers, la notion de prise de risque. Michael Keaton est juste. Le rôle se prêtait au cabotinage, à l’autodérision outrée. Il connait parfaitement les limites à ne pas franchir.

Il est donc regrettable que la mise en scène d’Iñárritu ne soit pas au diapason de cette simplicité, de cette réserve. Comme toujours, le cinéaste mexicain se croit obligé d’épater la galerie, afin de satisfaire le goût prononcé des jeunes cinéphiles pour le clinquant facile. Hier, cela passait par les puzzles scénaristiques d’Arriaga. Aujourd’hui, ce penchant s'exprime par la virtuosité aussi factice que vaine d’un long plan-séquence – un procédé pour moi antinomique du cinéma, qui est un art reposant sur le montage. Factice, car, contrairement à L’arche russe de Sokourov, il s’agit d’un faux plan-séquence. Vain, parce qu’il n’apporte rien au film, si ce n’est un détournement d’attention du spectateur, dont le regard est rapidement accaparé par la recherche des failles – nombreuses – susceptibles de révéler l’imposture.

Bien sûr, j’entends déjà l’antienne du labyrinthe mental, dont cette technique serait la traduction visuelle – un argument d’autant plus fort, pour certains, que le motif du tapis des loges fait écho à celui de Shining. La différence entre Kubrick et ceux qui s’en réclament (ou lui font références), c’est que sa maîtrise n’était pas ostentatoire : entièrement au service de l’histoire, elle était à peine perceptible. Elle se fondait dans le décor. Aujourd’hui, Iñárritu, mais aussi Villeneuve, Nolan ou Fincher, nous la jettent à la face, comme pour nous dire : « Voyez comme nous sommes talentueux ! ». Il en ressort une impression d’autosatisfaction, de leur part, assez irritante.

Birdman ne manque pas de qualités, même s’il m’a paru assez bavard (l’influence de Tarantino, qui a exactement le même âge qu’Iñárritu ?). Je trouve néanmoins ce film très surévalué.

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Danish girl (Tom Hooper)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Danish girl (Tom Hooper)

Si j’étais Serges Kaganski, l'inénarrable critique des Inrocks, je dirais que ce film est légèrement « encaustiqué » (voir mes critiques de Mr. Turner et Carol). Mais je ne le suis pas. Cependant, le décorum très pictural de Danish girl – un peu moins dans la seconde partie – est tout de même too much. Tout est trop « composé » pour ne pas paraître excessivement artificiel et figer les émotions. Tout comme l’interprétation d’Eddie Redmayne, qui relève plus de la performance à Oscar que de l’incarnation.

De ce fait, ce récit – considérablement simplifié par rapport à l’histoire véritable de Lili Elbe, qui subit en réalité plusieurs opérations, dont une greffe d’utérus, aux conséquences fatales, et à laquelle le roi du Danemark accorda un changement d’identité – est incapable de susciter autre chose qu’un ennui poli. Une belle scène, toutefois, celle où Einar Wegener assiste à un show érotique, et mime les gestes, reflétés sur la vitre derrière laquelle il se trouve, de la jeune femme s’offrant à son regard.

Danish girl n’est pas à proprement parlé un film médiocre. Beaucoup de talents sont réunis ici. Mais il manque d’âme.

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J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd (Lætitia Carton)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

J’avancerai vers toi avec les yeux d’un sourd (Lætitia Carton)

Un beau documentaire sur le monde des sourds, dont l’ambition est de jeter un pont avec celui des entendants.

Qu’on ne s’offusque pas du mot sourd. L’hypocrisie moderne lui préfère le terme aseptisé de malentendant. Mais Lætitia Carton n’hésite pas à l’utiliser. De fait, il n’a rien de honteux, et la réalité qu’il décrit non plus. Appeler les choses par leur nom est déjà une reconnaissance de celles-ci…

La cinéaste nous fait découvrir dans ce film la belle langue des signes, étonnamment riche et expressive, car mettant en jeu aussi bien les mains que l’ensemble du corps. Elle impose à l’autre une plus grande attention du regard, bien plus que ne l’exigent les mots, et de ce fait donne lieu à des échanges beaucoup plus intenses. Cette langue est infiniment cinématographique, tant la gestuelle et les expressions de celui ou celle qui la pratique évoquent l’art des acteurs du muet.

Lætitia Carton met également l’accent sur les obstacles rencontrés pour l’apprendre – elle fut interdite en Europe pendant prés d’un siècle, au profit de la méthode oraliste – en raison du manque de structures, du peu d’empressement du monde de l’enseignement à appliquer la loi de 2005 (qui introduit cette langue dans le code de l’Éducation nationale) et, plus encore, des pressions d’un milieu médical majoritairement favorable aux solutions de réparation (implant cochléaire), en dépit de leurs résultats parfois imparfaits…

Ce documentaire est aussi émouvant par sa dimension très personnelle, puisque prenant la forme d’une lettre à un ami de la réalisatrice, décédé il y a une dizaine d’années.

Bref, une œuvre sensible, offrant une ouverture salutaire sur un « pays » – pour reprendre l’expression de l’auteur – où ce que nous, entendants, qualifions de « handicap », est perçu de la part des sourds comme une culture. Comme disait Victor Hugo, cité par Lætitia Carton : « Qu'importe la surdité de l'oreille quand l'esprit entend ? La seule surdité, la vrai surdité, la surdité incurable, c'est celle de l'intelligence ».

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Paranoia Park (Bruno Mercier)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Paranoia Park (Bruno Mercier)

Un genre peu pratiqué en France : un thriller filmé presque en temps réel (six heures de tournage aux Buttes-Chaumont, plus trois heures dans l'appartement du réalisateur), façon found footage. Quelques idées de scénario intéressantes, une conclusion en deux temps, un peu bancal, comme si Bruno Mercier n’avait pas su vraiment choisir. L’ensemble, s’il procure un relatif sentiment d’oppression, n’en est pas moins assez artisanal dans sa mise en œuvre. Mais l’auteur fait preuve d’une vraie passion pour le cinéma et n’hésite pas à prendre des risques, rendant sa démarche, en dépit de ses insuffisances, qu’il admet lui-même, sympathique.

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Carol (Todd Haynes)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Carol (Todd Haynes)

L’auteur de Far from heaven évoque ici la passion amoureuse de deux femmes que tout devrait éloigner, la condition sociale, l’âge et le tempérament, dans l’Amérique des années 1950.

Cette liaison est évoquée ici avec beaucoup de sensibilité et de fièvre (l’une n’excluant pas l’autre), en dépit de la froideur des apparences. Il suffit, pour s’en convaincre, de citer le dernier plan, d’une beauté et d’une sensualité bouleversantes : un échange de regards, de sourires, entre les deux actrices, suffit à susciter le trouble. Serge Kaganski des Inrocks compare Carol à La vie d’Adèle, pour regretter la trop grande sagesse du premier, à laquelle il préfère « le torrent de lave érotique » du film de Kechiche. Remarque d’une stupidité affligeante – mais rien ne m’étonne de sa part… Comme si tous les films ayant pour thème une relation lesbienne devaient proposer le même cadre de représentations ! Comme si un abîme ne séparait pas l’Amérique de Truman et la France des années 2010 sur le plan du comportement sexuel…

Todd Haynes offre un éblouissant écrin visuel à cette histoire, grâce à la photographie au grain vibrant d’Edward Lachman (chef opérateur régulier du cinéaste américain), qui s’inspire ici tout autant de l’œuvre d’Edward Hopper que de celle du grand Saul Leiter, avec un rendu évanescent, prodigieusement mélancolique, que renforce encore la déchirante partition de Carter Burwell.

Bien sûr, les qualités esthétiques de Carol sont un autre motif de rejet du sieur Kaganski. Lorsque j’avais chroniqué Mr. Turner, j’avais souligné son intolérance aux reconstitutions soignées. Ainsi écrivait-il à propos du film de Mike Leigh : « Biopic pictural dans toute sa splendeur encaustiquée ». L’argument a tout d’une antienne lancinante, tant il revient fréquemment sous sa plume. Il déprécie en effet dans des termes très proches Leopardi (Mario Martone) : « On doit aussi en passer par […] tous les écueils répertoriés du film en costumes : chandelles, mobilier et vêtures d’époque, encaustique passéiste ». Pour L’autre Dumas, il soulignait de la même façon : « Safy Nebbou ne parvient pas à échapper totalement à ce cinéma encaustiqué, figé par le décorum et la noblesse culturelle de son sujet ». Jane Campion se vit adressée le même reproche imbécile à la sortie de Bright star : « Ça sent presque l’encaustique et le spectateur est prié de chausser les patins ». En remontant plus loin encore dans le passé, on constate que le raisonnement est toujours le même : « Tout semble ici charmant et léger, certes, mais trop ludique ou encaustiqué dans le décorum pour captiver ou concerner en profondeur », écrivait-il au sujet du Parfum de la dame en noir. On le voit, Kaganski fait un usage abusif d’encaustique ! Carol n’est évidemment pas épargné, puisque, là encore, le critique ressort la cire : « Carol est plastiquement splendide. Trop sans doute. Car il s’agit d’une splendeur sous cloche, figée dans l’encaustique ». Bref…

Un mot encore, sur les deux actrices, sans lesquelles le film ne serait sans doute pas animé d’une âme aussi ardente. Cate Blanchett est, comme à son habitude, parfaite. Mais Rooney Mara étonne, exprimant à la fois une grâce fragile – on songe à Audrey Hepburn, et ce n’est pas rien ! – et la détermination.

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Creed : l'héritage de Rocky Balboa (Ryan Coogler)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Creed : l'héritage de Rocky Balboa (Ryan Coogler)

Beaucoup de situations et de dialogues convenus dans ce spin-off de Rocky. Pourtant, ce film dégage une certaine puissance, grâce a des scènes de combat filmées de main de maître par Ryan Coogler et, surtout, l’interprétation de Michael B. Jordan. Stallone se fait paternel. Cela ne lui va pas si mal, au-delà du cabotinage. Bref, un honnête divertissement. Dommage, seulement, de ne pas mettre les talents déployés ici au service d’une œuvre originale. Mais c’est le Hollywood d’aujourd’hui : un arbre encore vigoureux, s’élançant toujours plus haut grâce à ses racines, mais dont les nouveaux rameaux portent des fruits de moins en moins savoureux. Cependant, comme on a fait de nous des consommateurs peu exigeants, on se contente aisément de ces produits bien calibrés, bien colorés, à l'image de ce que l'on nous sert sur les étals de produits frais des hypermarchés...

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Les innocentes (Anne Fontaine)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Les innocentes (Anne Fontaine)

L’auteure de Gemma Bovery nous plonge ici dans les ruines de la Pologne, au lendemain de la Deuxième guerre mondiale. S’inspirant du journal de Madeleine Pauliac, jeune médecin de la Croix-Rouge ayant officié dans ce pays, en décembre 1945, elle nous raconte l’histoire de Bénédictines violées par des soldats de l’Armée rouge. Un sujet lourd, que la réalisatrice a su traiter sans emphase émotionnelle, en prenant une certaine distance par rapport à son sujet, usant notamment avec mesure des effets musicaux (essentiellement limités aux chants grégoriens rythmant la vie monastique) et permettant à Vincent Macaigne d’exprimer sa fantaisie empreinte de tendresse.

Anne Fontaine évoque avec beaucoup de pudeur et de dignité ces femmes confrontées, de façon inattendue et violente, à leur féminité, à leur corps. Chacune de ses héroïnes fera face à la situation à sa manière. Certaines répondront par le déni, d’autre vivront leur maternité subie comme un appel à un retour à la vie extérieur…

Les innocentes met en scène des religieuses. Il symbolise cependant le drame de toutes les femmes ayant connu le traumatisme d’un viol, un sujet auquel fait douloureusement écho l’actualité…

Le propos ne se limite toutefois pas au martyr enduré par cette communauté. Avec beaucoup d’intelligence, il n’élude pas la question de la Shoah, et l’attitude des Polonais, en particulier Catholiques, pendant la guerre.

Visuellement, ce film est porté par la subtile photographie de Caroline Champetier, qui fit ses premières armes, excusez du peu, aux côtés de Godard, Akerman, Doillon, Rivette, Jacquot, et qui officia, plus récemment, sur le tournage des Hommes et des Dieux et plusieurs films de Carax. Elle compose ici une lumière à la fois vibrante, pour les extérieurs dans la neige, et tout en clairs-obscurs, dans le style de Georges de La Tour, pour les intérieurs.

Lou de Laâge fait montre d’une grande maturité dans son rôle. Mais on retiendra surtout les interprétations des actrices polonaises, impressionnantes, spécialement Agata Buzek et Agata Kulesza.

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Je vous souhaite d’être follement aimée (Ounie Lecomte)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Je vous souhaite d’être follement aimée (Ounie Lecomte)

Au premier abord, le récit peut sembler reposer sur un improbable hasard : la rencontre fortuite entre une mère et sa fille abandonnée, qui la recherche. Et puis les mots d’André Breton (auquel le film doit son titre), slamés par Grand Corps Malade sur le générique de fin, m’ont rappelé qu’il n’y a pas de hasard : « Ma toute petite enfant […] vous saurez alors que tout hasard a été rigoureusement exclu de votre venue, que celle-ci s’est produite à l'heure même où elle devait se produire, ni plus tôt ni plus tard ».

Ounie Lecomte et sa coscénariste Agnès de Sacy ont la belle idée d’organiser cette rencontre à travers des séances de kinésithérapie, où la fille découvre sa mère - dont elle ignore longtemps l’identité - par le touché et des étreintes qui, si elles soignent d’abord le corps, apaiseront aussi, et surtout, les âmes blessées. Il émane de ces gestes une douceur qui nimbe tout le film…

On signalera encore la grâce lumineuse de Céline Sallette, comme toujours parfaite, et les belles compositions d’Ibrahim Maalouf, qui contribuent également à faire de ce film une œuvre peut-être pas inoubliable, mais délicate et sensible.

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The big short : le casse du siècle (Adam McKay)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

The big short : le casse du siècle (Adam McKay)

Un thriller didactique sur la crise des prêts hypothécaires, qui nous éclaire sur cet immense scandale, dont les principaux responsables ne furent guère inquiétés. La mise en scène ne manque ni d’originalité, sous ses faux airs de documentaire, ni d’humour, avec les apartés des acteurs à l’adresse des spectateurs… Le tout est porté par d’excellents interprètes, Christian Bale en tête, malgré sa tendance naturelle à surjouer. L’ensemble aurait cependant mérité un traitement plus resserré, d’autant que le sujet, très technique, reste souvent abscons, en dépit des explications…

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Le goût des merveilles (Eric Besnard)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Le goût des merveilles (Eric Besnard)

Une comédie romantique agréable, genre peu abordé par le cinéma français, qui préfère le rire bien gras… Le goût des merveilles n’est certes pas un film majeur, mais le jeu des acteurs (Virginie Efira et Benjamin Lavernhe forment un couple sympathique), la photographie lumineuse de Philippe Guilbert, les paysages de la Drôme distillent une légèreté bien venue.

Un divertissement honorable, donc, qu’on n’attendait pas de la part du réalisateur de 600 kilos d'or pur…

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Mes coups de cœur cinéma 2015...

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Mes coups de cœur cinéma 2015...

Il faudrait aussi ajouter Summer d'Alanté Kavaïté, Muche loved de Nabil Ayouch, Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore, Miss Hokusai de Keiichi Hara, Crimson Peak de Guillermo del Toro ou encore La belle saison de Catherine Corsini...

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L’étreinte du serpent (Ciro Guerra)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

L’étreinte du serpent (Ciro Guerra)

Un film à la beauté plastique sidérante (pour une fois le mot n’est pas exagéré), qui nous emmène au cœur de l’Amazonie, filmée ici comme un organisme vivant. Bien que blessée par les saignées que lui imposent les Occidentaux, avides d’or blanc (le caoutchouc), elle se défend, s’oppose, hypnotise l’imprudent qui s’aventure dans ses méandres, le faisant basculer dans une folie qui n’est pas sans évoquer celle du colonel Kurtz dans Apocalypse now. Ce poumon vert étouffe celui qui n’est qu’un corps vide, un chullachaqui, selon l’expression de Karamakate, le chaman solitaire du film. Il faut une âme pour vivre en connexion avec cette nature primordiale. Ce que n’ont plus les deux explorateurs Blancs du film qui, à notre image, se montrent infatués de leur technologie (la boussole de Théo), de leur savoir, tout en ne sachant rien…

Ce voyage initiatique nous entraîne Au cœur des ténèbres, aux limites du fantastique, en particulier lorsque nous croisons la route d’un Messie régnant sur une poignée d’adeptes, d’anciens enfants élevés par un prêtre sadique quarante ans plus tôt, adeptes auxquels il offre littéralement son corps, en une eucharistie cannibale.

Une belle année pour le cinéma d’Amérique du Sud ou Centrale, qui nous a également offert Le bouton de nacre et Ixcanul !

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La montagne magique (Anca Damian)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

La montagne magique (Anca Damian)

Un documentaire d'animation singulier, mélangeant les styles et les techniques, ainsi que les références culturelles (Les Nibelungen de F. Lang, entre autres), pour narrer l'histoire d'Adam Jacek Winker, un Polonais ayant combattu les nazis, puis les soviétiques, notamment au côté du commandant Massoud. Il en ressort souvent une très grande poésie, en particulier dans les petits détails qui jalonnent la grande histoire (la mort du cheval du narrateur, par exemple) ou lorsque le récit se fait onirique (la magnifique scène du Phoenix, pour illustrer la capacité du héros à sans cesse échapper à la mort). Une petite merveille, portée par les belles voix de Miossec et Lizzie Brocheré... Eh oui, il n'y a pas que SW 7 dans la vie !

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Au-delà des montagnes (Jia Zhangke)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Au-delà des montagnes (Jia Zhangke)

Un film d’une ampleur rare, qui nous entraîne à travers le temps (trois époques : 1999, 2014 et… 2025) et l’espace, d’où surgit une vague (comme le prénom de l’héroïne, Tao) d’émotions.

Jia Zhangke nous propose ici une double fresque, à la fois individuelle, à travers le destin d’une femme, magnifiquement incarnée par Zhao Tao (femme et égérie du cinéaste), et collective, où l’auteur de Still life nous donne à voir son pays basculant dans un capitalisme sauvage, brisant les êtres, leurs sentiments, leurs liens… Pour mieux rendre cette évolution, il multiplie les formats, passant du 1.37 pour nous décrire une Chine encore industrielle et rurale, au 1.85 et, enfin, au 2.35, dans le final, un futur - proche - aseptisé (à l’image des tablettes, devenues transparentes) où la difficulté de communiquer est douloureusement rendue par la nécessité, pour le fils, de prendre son professeur comme interprète pour s’adresser à son père…

La scène qui clôt Au-delà des montagnes est d’une beauté absolument renversante. S’il se résumait à elle seule, ce film serait déjà un chef-d’œuvre…

Go West… Cette chanson des Pet Shop Boys ouvre et ferme le film. Sur la première image, Tao est tout sourire. Sur la dernière, nous sommes comme elle… En larmes. Le rêve d'un monde meilleur, où tout serait possible, est illusoire...

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Le pont des espions (Steven Spielberg)

Publié le par CHRISTOPHE LEFEVRE

Le pont des espions (Steven Spielberg)

Probablement pas le meilleur Spielberg, mais on retrouve ce formidable sens de la narration qui fait une grande part de son talent. Avec le concours, ici, des frères Coen, collaboration qui transparaît dans une forme d’humour absurde assez réjouissante ! La reconstitution du Berlin Est de la Guerre froide est très soignée. Tom Hanks est impeccable. Effort appréciable, pour un film américain : les Allemands parlent essentiellement allemands (on a le plaisir de retrouver le héros de La vie des autres, Sebastian Koch), les soviétiques parlent russe, ce qui donne de la crédibilité au propos…

Avec ce film, Spielberg montre qu’il sait se renouveler. Et en ces temps où les jeunes cinéastes se contentent de régler leurs pas sur ceux de leurs aînés (JJ Abrams, le « demi-dieu » du moment, à qui l’on doit les très « originaux »… Mission Impossible 3, Star Trek 11 et 12, ainsi que Star Wars 7, sans oublier les scénarios de Mission Impossible 4 et 5), c’est rafraichissant !

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